Débat exceptionnel Onfray-Zemmour : la recomposition à l’oeuvre

Publié le 7 décembre 2011 - par - 5 406 vues

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Onfray-Zemmour-Naulleau, trio inattendu, qui nous a offert le 2 décembre un vrai débat. Économisez les 36 minutes du début de la vidéo, c’est BHL qui pontifie, casqué de ses certitudes gominées. Mettez un philosophe libertaire d’extrême gauche, un polémiste de droite condamné pour racisme et un chroniqueur plutôt bien pensant qui officiait chez Ruquier, et vous aurez droit à un des débats les plus libres et intelligents qu’on ait écouté depuis longtemps. Un débat digne de ce nom, car les adversaires d’hier, arrivent à coïncider sur des points essentiels. Issus de mouvances apparemment opposées, ils se rejoignent au terme d’une réflexion personnelle et originale. Belle démonstration de l’existence d’une pensée libre et de la capacité d’évolution de ceux qui la pratiquent. Les lignes bougent, les contraires se rapprochent, il y a de l’inédit à venir.
La première et primordiale convergence se fait autour des concepts de droite et de gauche. L’antilibéralisme étant la préoccupation première d’ Onfray comme de Zemmour, il est logique qu’ils prennent une distance par rapport à ces labels déposés et dépassés. La gauche comme la droite sont traversées par des courants libéraux. Onfray se déclare plus proche d’un antilibéral de droite que d’un libéral de gauche. Et de pointer la lourde responsabilité de la gauche dans sa défaite de 2002. « Jospin a perdu , parce qu’il a dit « je ne suis pas socialiste » . Et a fait le lit du FN : « Le FN est un problème de la gauche », assène Onfray.
Deuxième thème de discussion : le FN. On l’aborde sereinement. Sur ce plateau on n’insulte pas, on ne fait pas de procès d’intention, on s’interroge. Le FN pourquoi ? Il a la clé du problème, car il est le seul à poser les problèmes éludés par les autres formations politiques. Il est l’exutoire au désespoir du peuple. Mais Onfray est soucieux de ne pas confondre les cadres du parti et l’électorat du FN, où se retrouvent des gens de tout bord.
Ils tombent d’accord : il n’y pas d’offre politique pour des gens comme eux.. Lâchés dans la nature comme nous, comme la grande majorité de nos concitoyens.
Alors quelle solution ? Onfray, déçu de Mélenchon va voter blanc. On apprend ainsi qu’il a coupé avec Mélenchon, à qui il ne pardonne pas deux phrases terribles « Cuba n’est pas une dictature » et « Il vaut mieux un Tibet chinois que dirigé par des lamas ». Pour lui, il n’y a plus qu’une solution : le vote blanc. Mais il veut que se constitue un front uni des gauches antilibérales. Pas très nouveau. On l’a tenté maintes fois. Sans succès. Zemmour , lui, va plus loin et affirme qu’on ne constituera pas de front uni sans y inclure des éléments de la droite antilibérale. Et sans associer d’une façon ou d’une autre le FN, dans la mesure où il est un réservoir qui capte les désemparés de la politique. Logique : si les gauches sont incapables d’aborder les problèmes sensibles, islam, immigration, il faut faire appel à ceux qui, à droite, les envisage. Il faut oser mélanger. Mais les chantres de la mixité sociale et autres métissages, sont les mêmes qui observent une stricte orthodoxie en matière politique.
Ces discussions, nous les avons entre nous, les gens les ont entre eux. Mais jamais dans les médias officiels, ne filtrent ces interrogations . Pour une fois on entend sur un plateau des figures connues, étiquetées, sortir de leur case pour jeter des passerelles entre eux. Exemple encourageant de cette recomposition du paysage politique, dont RL offre un modèle.
Comme la forme sert le fond, le ton était à la conversation, pas à l’invective, on s’écoutait, on s’interrogeait, on entrouvrait l’avenir. Quel plaisir de retrouver en Onfray le philosophe, c’est-à-dire quelqu’un qui se questionne, qui est susceptible d’évoluer, qui accepte de dialoguer avec des supposés adversaires. Il se dégage de sa gangue d’extrême gauche, oppose son hédonisme de l’être face à l’hédonisme consumériste, avatar du libéralisme. Celui-ci n’est pas qu’économique, il a gangrené nos manières d’ être, en a évacué la gratuité et la générosité, a circonscrit notre relation à l’autre à une tractation de supermarché. Oui, le corps a pris le dessus sur l’esprit, juste revanche de la suprématie millénaire de ce dernier. Le retour des religions les plus rétrogrades est un signe de protestation contre cet impérialisme de la matière. Nous crevons tous d’être coincés dans nos corps jamais assez performants, siliconés, jeunes, il nous faut retrouver l’autre rive de notre être .

Anne Zelensky

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