Débat Hessel-Hollande : sur les retraites, on verra… sur l’accueil des étrangers, là on va agir !

Publié le 30 janvier 2012 - par - 1 174 vues
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Le site officiel de campagne du candidat PS a publié la page consacrée au débat entre Stéphane Hessel et François Hollande, animé par un Laurent Joffrin dont le visage fermé laissait penser qu’il s’emmerdait ferme, ou qu’il était simplement lui-même : un journaliste du mondial-Système, tout en morgue et suffisance. Il est impératif de consulter cette page de nos amis socialistes (avant qu’ils ne l’effacent, on ne sait jamais) qui diffuse d’ailleurs deux vidéos différentes. La première est un extrait (à mes yeux le plus lamentable), où l’on voit un Stéphane Hessel obséquieux adouber François Hollande comme le meilleur candidat de l’Indignation, futur arbitre et « animateur visionnaire » de la République du renouveau post-sarkozyste (animateur visionnaire, pour désigner Flanby, on ne me l’avait encore jamais faite, celle-là… ) La seconde vidéo retransmet, elle, l’intégralité du débat, que je me suis tapé jusqu’au bout, interventions du public comprises (le Lecteur, je l’espère, plaindra mes souffrances).

http://francoishollande.fr/actualites/stephane-hessel-francois-hollande-rappelle-de-gaulle-et-mendes-france/


Ce fut très long, et j’épargne au Lecteur certains détails inutiles.

Je passe sur le rappel des millions d’exemplaires vendus d’Indignez-vous ! dont l’auteur accueille le triomphe avec une gourmande fausse-modestie ; sur cette vanité du vieux bonhomme, qui se sent une vocation de sage, mi-prophète et mi-coach, capable d’éclairer le désormais meilleur candidat (à ses yeux) du futur quinquennat placé sous les auspices de la déesse Indignation ; sur les flagorneries d’Hollande quant au glorieux passé du vieux Résistant dont l’austère stature rallie désormais la jeunesse du monde entier ; sur les applaudissements, peut-être mouillés de larmes, du public touché par la grâce ; et sur la gueule blasée de Joffrin… Tout cela n’offre que très peu d’intérêt. Il n’est même pas utile de faire allusion à ce qui constitue pourtant, à lire le site officiel de François Hollande, le clou du spectacle : la comparaison ahurissante entre Flamby, considéré par Hessel comme un homme de volonté (vivement invité à s’inspirer de Franklin Roosevelt), et le Général de Gaulle ou Pierre Mendès-France…

Politiquement, Hessel est affligeant ; il reste bien vague, bien flou, et fait allusion essentiellement à deux choses. Premièrement, il souhaite la restauration d’une république centrée sur l’Assemblée Nationale, et affiche un parlementarisme décomplexé. Il oublie un peu vite, le pauvre chéri, que les députés et autres sénateurs ont une fâcheuse tendance à trahir le peuple et ne sont bien souvent, parlementarisme ou pas, représentatifs que d’eux-mêmes et, de nos jours, du mondial-Système (Hessel aurait dû relire le Contrat social de Rousseau, qui avait pourtant pressenti ce genre d’entourloupes). Deuxièmement, il souhaite des mesures, ou des actions, ou je ne sais trop quoi contre la finance, les riches, etc. (il reviendra fréquemment sur ce thème de la réduction des inégalités, à l’échelle du pays comme à l’échelle de la « société mondiale » ; le seul problème, c’est que le PS, qui souhaitait jadis porter à la présidentielle un mondial-oligarque du FMI, et qui est régulièrement secoué par des affaires de fric pas très propres, ne semble pas la formation politique la plus encline à cette mission, mais enfin l’Hessel semble y croire).

Hollande, en réponse, propose deux grandes réformes. On s’attend à du dur de dur, de la révolution prolétarienne pas-pour-les-faignants, un vrai truc viril et couillu à défoncer Méluche et à faire pâlir d’envie les gauchos de LO, du NPA ou du POI… Ben, non. Rien. Le grand bond en avant, c’est essentiellement la même chose qu’aujourd’hui. En pire :

1) Davantage de décentralisation (si!), avec les fameuses collectivités locales dont il faut réformer le financement pour qu’elles aient plus de pouvoir et d’autonomie, etc. etc., des sortes d’États dans l’État, la démocratie locale revue et corrigée par le féodalisme, en somme. Je souhaite bien du plaisir à nos compatriotes, lorsque leur vie locale, c’est-à-dire l’essentiel de leur vie, sera (encore plus) dirigée par des caciques locaux du PS, ou, tiens, éventuellement par des caciques locaux de l’islam ou de l’islamogauchisme. Il faudra bien qu’on nous explique un jour en quoi le transfert des pouvoirs nationaux à des caciques locaux serait de nature à protéger les peuples…

2) Davantage de démocratie sociale, c’est-à-dire de grandes conférences avec les partenaires sociaux (Hollande n’oublie pas le patronat, du reste) pour parler… de quoi, au fait ? De social, j’imagine. Quant on connaît la complaisance des syndicats de salariés à l’endroit d’un mondialisme destructeur des droits… des salariés, et la tendresse des syndicats patronaux pour ce même mondialisme, on ressent quelques frissons légitimes…

Mais le meilleur, ce sont les réponses à la demi-douzaine d’interventions émanant du public à la fin du débat.

La première, une dame assez âgée, se plaint de sa minuscule retraite, due au système de la décote Fillon (qui est, il est vrai, énorme). Elle demande respectueusement si M. Hollande, une fois élu Président, supprimera ce système impulsé par Fillon et le tant honni pouvoir de droite. Après quelques considérations sur le départ à 60 ans des salariés ayant 40 annuités de cotisations (ce qui est un cas très spécifique), il renvoie le système des retraites à une future vaste négociation entre les « partenaires » sociaux, puis se perd dans des considérations confuses sur les âges de la vie dans les entreprises, lesquelles, les chéries, ont besoin de jeunes et de vieux pour fonctionner. Bref : un bottage en touche de toute beauté !

Le second intervenant, dont la voix larmoyante évoque le bobo en pleine extase mystique, interpelle l’Hollande sur les conditions désastreuses d’accueil des étrangers en France. Au moment des réponses, ce qui frappe, c’est, comparé au bottage en touche sur les retraites, la longueur et la précision de ce que raconte le présidentiable, dont on s’aperçoit qu’il connaît excellemment le dossier et s’y intéresse de près. Sur ce point, plus de réponse évasive ou dilatoire. Très professionnel, Flamby rappelle que le problème de l’accueil des étrangers concerne trois catégories : 1) les demandeurs d’asile, 2) les possesseurs de titres de séjour de courte durée, et 3) les étudiants (et artistes) étrangers. Pour les demandeurs d’asile, il déplore la lenteur et la lourdeur des procédures, et s’engage fermement à appliquer les textes « beaucoup plus rapidement » pour le demandeur « et toute sa famille ». Même discours pour les titres de séjour de courte durée : il larmoie encore sur la lourdeur et la lenteur de l’administration, et sur les conditions d’existence indignes que ces pesanteurs occasionnent pour les malheureux étrangers, dont des enfants en rétention, et s’engage fermement à… allonger la validité des titres de courte durée ! Même discours encore pour les étudiants (et les artistes). La France serait terriblement ingrate avec ces étudiants qui sont « une chance pour nos universités et pour notre intelligence collective », et qui seraient victimes d’affreuses circulaires. Pour les artistes, idem : une foule d’artistes ne pourraient plus se produire dans la méchante France, et le public serait ainsi privé de leurs talentueuses et enrichissantes prestations. Dans tous les cas, il s’engage fermement à faciliter leur séjour en accélérant les procédures d’accueil. Il conclut sur une idée sidérante de correction politique : ces mesures de facilitation découlent bien évidemment, selon lui, de « raisons d’humanité qui, déjà, se suffiraient à elles-mêmes », mais, en plus, elles se comprennent également pour des « raisons d’intérêt national » (vous apprécierez cet excellent remake des « chances pour la France »).

Le troisième intervenant (c’est comique, on se croirait dans un conte de fée) nous parle de la « démocratie en entreprise », thème qui semble le préoccuper énormément. Hollande approuvera et promettra d’introduire des représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises, et même dans des « comités de rémunération » destinés, semble-t-il, à réduire les inégalités de salaires. Le Lecteur me pardonnera de ne même pas commenter ce point : ma vieille expérience de syndicaliste (aujourd’hui ex-syndicaliste) me préserve de cautionner ces ignominies qui consistent à transformer les salariés en co-gestionnaires de leur démolition…

Le quatrième intervenant évoque le dossier de la pénalisation de la négation du génocide commis par les Turcs sur les Arméniens, puis il interroge Hollande sur son éventuel soutien à une entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Hollande signale qu’il a voté la loi, mais se répand en paroles suaves à l’endroit de la Turquie et du peuple Turc, qu’il ne faudrait surtout pas blesser, ni stigmatiser. Pour l’entrée de la Turquie, il affirme que les négociations sont en cours, et qu’il faut les poursuivre.

La dernière question portera sur la montée des vilains extrémismes et populismes en Europe (ne pas louper les airs graves d’Hessel et d’Hollande). On aura droit à un peu de blabla sur la vilaine Marine Le Pen et sur le fait que « voter à l’extrême droite est la pire des réactions » à la situation qu’on vit, le tout suivi du petit rapprochement bien connu avec la situation de l’entre-deux-guerres, où, n’est-ce pas, comme aujourd’hui, de vilaines démocraties lâches ont laissé monter les vilains fascisme et nazisme, ancêtres des vilains populismes d’aujourd’hui. Il fustige (et presque insulte) au passage le peuple hongrois et son actuel gouvernement. Il signale aussi à un moment que l’extrémisme n’est pas que dans des partis (fait-il allusion à des organisations comme Riposte Laïque ?) De manière plus inquiétante, Hollande réaffirme assez fréquemment, qu’outre le vote, la grande arme contre « l’extrémisme » (terme qu’il entend préférer à « populisme ») est « d’avoir une démocratie suffisamment forte » : « les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités ». Le propos est trop flou pour qu’on puisse y deviner quelque chose, mais enfin il est permis de penser qu’il a en tête, une fois élu, de prendre des mesures très fortes (c’est-à-dire ultra-répressives) contre tous ceux qui appartiennent aux cercles « mal-pensants ».

La rencontre se conclut sur des propos mouillés du vénérable Hessel, qui, durant le débat, ne s’est pas privé de sauter comme un gamin sur son fauteuil lorsque l’Hollande débitait des phrases qui lui plaisaient. Le vénérable se déclare très heureux d’avoir pu participer à un tel débat. Il réaffirme qu’il sent en François Hollande une volonté très forte (là, j’ai failli avoir des problèmes urinaires). Enfin, il invite Flamby à ne pas être mou, à y aller franchement, « à résister aux désirs d’apaisement ». J’ignore si Hessel pensait à ce moment là qu’Hollande, une fois élu, devait se montrer très ferme avec la finance capitaliste… ou avec les odieux mal-pensants qui ne partagent pas son indignation de salons littéraires pour public de masse… ou les deux…

Jacques Philarcheïn

Un ancien article sur la Résistance
http://ripostelaique.com/Les-anciens-Resistants-n-ont-peut.html

Un ancien article sur Hollande
http://ripostelaique.com/francois-hollande-l%E2%80%99homme-le-plus-dangereux-de-france.html


Vidéo du débat

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xntvey_debat-entre-francois-holande-et-stephane-hessel-france-des-raisons-d-esperer_news#from=embediframe[/dailymotion]

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