Débat public sur l’immigration entre UDC et PS : en Suisse, c’est possible

Publié le 23 janvier 2014 - par - 1 164 vues
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ChristophBlocherLe 9 février prochain, les Suisses seront appelés à se prononcer par référendum, suite à l’initiative de l’UDC, appelant à mettre fin à l’immigration de masse.

http://ripostelaique.com/9-fevrier-votation-suisse-pour-stopper-limmigration-massive.html

Chose étonnante chez nos amis helvètes, au-delà du fait qu’on demande l’avis des citoyens, on peut discuter de cette question de manière tout-à-fait sereine. Ainsi, ce mardi 21 janvier, j’eus le loisir d’assister, à Conthey, près de Sion, dans le Valais (bastion d’Oskar Freysinger) à un débat public entre Christoph Blocher, le chef historique de l’UDC, et un jeune socialiste, Mathias Reynard, conseiller national.

C’est l’UDC qui organisait le débat, et avait invité un intervenant PS. La salle était archi-comble, plus de 500 personnes étaient présentes. La soirée fut présentée par Jean-Luc Addor, responsable de la campagne nationale de l’UDC. Un journaliste professionnel, Vincent Fragnière, animait le débat.

ICI extrait du débat

Pendant 2 heures, les deux adversaires échangèrent avec passion leurs arguments. Tout opposait les deux débatteurs. D’abord leur parcours. Christoph Blocher, âgé de 73 ans, est un homme d’origine modeste, qui s’est construit tout seul, et a fait fortune comme entrepreneur. Il se fit connaître surtout en 1992, en s’opposant avec succès, seul contre l’ensemble du monde politique, à l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne. Habitant Zurich, dans la Suisse allemanique, il avait fait l’effort de parler français, langue qu’il ne maîtrise pas totalement. Son interlocuteur d’un soir, âgé de 26 ans, est également syndicaliste. Ils ne tombèrent d’accord que sur une chose : l’amour de la démocratie directe si caractéristique de leur pays.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Christoph_Blocher

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mathias_Reynard

Le contexte économique suisse est totalement différent du contexte français. D’abord, il y a dans ce pays 23 % d’étrangers, le taux de chômage ne dépasse pas 3 % de la population, et ce chiffre, élevé pour le pays, inquiète les autorités. 6 % des étrangers sont au chômage, mais la moitié des aides sociales sont versées aux nouveaux venus.

Lors du débat, le patron de l’UDC développa l’idée qu’il fallait mettre fin à l’immigration de masse, et qu’aucun étranger ne devait entrer sur le territoire sans être possesseur d’un contrat de travail, temporaire ou définitif. Une vision très fortement contestée par son adversaire, qui, lui, défenseur de la libre circulation, réclamait un contrôle, une fois les immigrés rentrés sur le territoire, et fit savoir que l’immigration était indispensable au développement de la Suisse, et à sa croissance.

Une dizaine de questions, toujours posées de manière respectueuse, furent posées, ensuite, aux deux invités. Et cela se termina fort bien.

L’événement, pour moi, Français, ne fut pas les arguments échangés, mais la manière dont le débat s’est tenu. Dans une salle majoritairement acquise à l’UDC, le militant socialiste put développer son argumentation, qui irrita souvent la salle, sans jamais se faire conspuer (il se plaignit tout de même pour deux malheureux sifflets, à un moment). De même, Christoph Blocher ne fut jamais interrompu par ses opposants, dans la salle. Autre événement, le mot « raciste » ne fut jamais prononcé, et pas davantage le qualificatif d’extrême droite ou de fasciste.

Comme la puissance invitante a du savoir-vivre, les intervenants se virent offrir trois bouteilles de vin, et un maillot de l’UDC. Chose encore plus étonnante, après le débat, les organisateurs, dans une région viticole, avaient mis en place un pot de l’amitié, où militants de l’UDC et du PS burent parfois ensemble. Ajoutons que les organisateurs UDC eurent un problème technique, et que les socialistes leur prêtèrent le matériel nécessaire pour pouvoir visionner des graphiques.

Je ne pouvais m’empêcher de penser que certains, en 2005, m’avaient félicité pour mon audace. J’avais en effet osé organiser un débat contradictoire, entre partisans du « oui au TCE » et du « non au TCE ». Mais seulement entre gens de gauche, surtout pas de mélange, et rien que cela avait été considéré comme un acte osé !

J’essayais de transposer la situation en France. Qu’est-ce que cela donnerait ? 1 million de signatures réunies, et la possibilité d’un référendum sur l’immigration. Des débats contradictoires entre le FN et le PS, sur tout le territoire. Des militants qui, après avoir écouté respectueusement l’intervenant du parti adverse, boivent un coup ensemble. Mais je me réveillais brutalement en repensant à ces images, où on voit le comportement des nervis du pouvoir.

[youtube]KTvQ1xxMGyw[/youtube]

http://www.youtube.com/watch?v=KTvQ1xxMGyw

De même, je ne pouvais m’empêcher de penser que le débat respectueux que j’avais tenu, il y a quelques semaines, en Suisse, à Montreux, contre Hani Ramadan, se serait très mal terminé, en France.

En quittant la salle, je me disais que ce modèle démocratique suisse de démocratie directe était totalement incompatible avec une Union européenne qui a décidé de contourner l’avis des peuples, pour mieux imposer sa dictature, et la libre circulation des marchandises et des hommes.

Alors, que nos amis helvètes demeurent le village gaulois de l’Europe et que nous nous en inspirions au maximum. Et surtout, que le « oui » gagne le 9 février !

Pierre Cassen

 

 

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