Débat sans concession entre Pierre Cassen et Hani Ramadan : deux projets de société inconciliables

Publié le 4 octobre 2013 - par - 4 476 vues
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Il est 1h45 et nous faisons péter le champagne et les amuse-gueules afin de clore en beauté un débat fort intéressant, riche et prouvant s’il le fallait encore l’impossibilité d’unir dans la chair l’islam et la démocratie. Disons-le, nous sommes fort satisfaits de la manière dont ce débat s’est déroulé, dans une atmosphère pourtant peu favorable, et nous avons l’impression d’avoir marqué des points.

Au Casino de Montreux, la délégation de Riposte Laïque arrivée avant tout le monde occupe le 1er rang, attendant avec impatience le duel entre Pierre Cassen et Hani Ramadan. Le 2e rang se remplit avec des jeunes femmes très majoritairement voilées, le reste de la salle accueillant ensuite plus d’une centaine de personnes très majoritairement acquises à l’islam, mais également Mireille Vallette et Bat’Yeor.

Deux témoins assistent nos duellistes, Soumia Khaled, une apostate de l’islam d’origine marocaine et Nicolas Blancho du Conseil Central Islamique Suisse, accompagné tout de même de ses six gardes du corps personnels, des fiers soldats à la pilosité bien fournie.

Débat Montreux

Il n’y a que de l’eau sur la table. Pierre, pour plaisanter, demande à haute voix s’il n’y a pas d’alcool, ce qui fait immédiatement réagir M. Blancho qui murmure très sérieusement à l’oreille d’Hani Ramadan « ça y est, les provocations commencent… ».

Hani Ramadan

Ce dernier, qui reste assis, prononce ses premiers mots « Salam aleykoum », les jeunes voilées répliquent d’une seule voix en arabe.

Selon lui, l’islam accusé n’est qu’un prétexte pour ne pas parler des vrais problèmes, que les occidentaux ont une fausse vision de cette belle religion d’amour et que la femme y est libre de porter le voile, que tout ça n’est que projection des islamophobes forcément racistes. Il rappelle les faits de Trappes et d’Argenteuil, les « agressions » dont sont victimes les musulmanes. Pour lui ce sont ces Français qui sèment la pagaille en Suisse en lui donnant des mauvaises idées. Il termine en citant l’article 18 de la Déclaration des Droits de l’Homme, ce qu’il aurait mieux fait d’éviter…

Pierre se lève alors prend la suite, conteste les sempiternels propos victimaires des musulmans, cite Michel Onfray et André Gérin, puis rebondit sur les problèmes des banlieues évoqués par Ramadan, rappelant que les banlieues pour lui c’était surtout les émeutes régulières, que les prisons étaient remplies à 80% par des musulmans alors qu’ils constituent 10% de la population, que la grande majorité des profanations se faisaient sur des symboles et des lieux chrétiens, que les hôpitaux subissent les agressions d’hommes qui refusent l’examen de leur femme par un médecin homme. Il évoque également l’offensive du voile, du halal et du ramadan dans les entreprises, et explique que, dans ce contexte, nous compatriotes sont en état de légitime défiance, et se doivent d’appliquer le sacro-saint principe de précaution si cher aux Verts.

Pendant ce temps, Nicolas Blancho, grand couvre chef blanc sur la tête et longue barbe rousse, n’a de cesse de prendre des notes. Manifestement il aime ce qui brille, il porte une belle bague bling-bling, écrit avec un stylo scintillant. De l’autre côté de la table, la jeune femme apostate apparaît stressée.

Hani Ramadan dodeline du chef lorsque Pierre évoque la nécessaire liberté de conscience. Ce dernier lui renvoie alors un retour de bâton avec son article 18 de la Déclaration des Droits de l’Homme, cité par le prédicateur, en lui rappelant celle-ci n’a jamais été signé par les 57 pays musulmans, qui ont préféré la convention du Caire, en 1990, qui se résume à : une seule loi, la charia !

Intervient ensuite Nicolas Blancho qui évoque bien sûr l’islamophobie, la comparant sans état d’âme à du racisme, n’hésitant pas à faire le parallèle avec les noirs d’Amérique, compare la critique de l’islam à un nouvel antisémitisme, ce qu’il n’aura de cesse de répéter tout au long de la soirée. Il se plaint des termes stigmatisants employés par Riposte Laïque, déplore un clivage irréparable, un danger pour la paix sociale. Il dit à un moment donné que si les demandes des musulmans ne sont pas respectées « nous formerons les musulmans à la désobéissance civile », une menace qu’il réitèrera deux fois et qu’il avait déjà déclaré la veille même de ce débat, dans l’émission suisse Infrarouge.

Soumia Khaled, l’apostate, se dit intimidée par la salle et notamment par les voilées du 2e rang. Une phrase et une émotion visible qui va déclencher une hostilité très agressive de la partie musulmane de la salle à chacune de ses interventions. Elle témoigne de son vécu, de son rejet par les femmes voilées quand elle va au Maroc où elle se sent étrangère et où les voilées sont de plus en plus nombreuses. Dans la salle, ça murmure… forcément c’est une menteuse. Elle déclare son amour à la Suisse, revendique sa volonté de s’intégrer par amour pour son mode de vie. Soumia raconte comment l’un de ses collègues musulman allait faire sa prière au travail et lui avait proposé de faire de même, ce qu’elle avait refusé. Le collègue l’avait alors insultée. Les voilées protestent d’abord discrètement dans mon dos avant de faire des réflexions à voix haute.

Hani Ramadan reprend la parole, assure de l’apport culturel et scientifique de l’islam dans le monde. Il explique le plus sérieusement du monde le retard du monde musulman par le fait que les musulmans n’auraient pas accès à l’information ! Les pauvres !

Evidemment il en remet une couche sur le racisme et sur ce nouvel antisémitisme, ce à quoi Pierre Cassen lui répond que les deux ne sont pas comparables, le racisme étant un délit alors que l’islamophobie est une opinion, qu’une expression du racisme devrait donc s’appeler logiquement arabophobie. Il explique que dans une société libre, on a le droit d’être islamophobe, athéophobe, catholicophobe, bouddhistophobe, anti-communiste ou anti-consumériste. Afin de rebondir sur la question de l’antisémitisme accoquinée à un nazisme sous-jacent, Pierre lui balance l’accord politico-militaire entre le mufti Al-Husseini et Hitler, une remarque à laquelle Hani est manifestement habitué puisqu’il fait de la main un geste agacé, tandis que son voisin Blancho lève les yeux au ciel entre deux prises de notes. Une fois son stylo reposé, ce dernier tourne la tête vers Mme Khaled pour l’assurer que si elle se fait agresser, il la protègera personnellement.

Le public intervient alors, Mireille Vallette prend la parole, explique son ras le bol de ce voile promoteur de charia, ce qui lui vaut des protestations dans la salle. Lorsqu’elle parle de réfection d’hymens, une voilée derrière moi s’exclame « n’importe quoi ! ».

Un Conseiller Communal intervient et échappe de peu au lapsus en déclarant « un camp défend l’islam et l’autre la laï… l’islamophobie ». Selon lui, en Suisse il n’y a aucun problème avec le niqab. Désireux de créer, non des « carrés musulmans » mais plutôt « des lignes de tombes orientées dans le même sens et séparées », comme il nous le dira plus tard autour d’un verre, il encourage ses coreligionnaires à s’infiltrer dans les instances politiques afin de peser davantage.

Se lève ensuite l’imam de Vevey qui ose affirmer « on aime notre pays peut-être plus que vous ! ». Il ajoute, pour son malheur, qu’on a de la chance en France d’avoir des sportifs musulmans qui aiment leur drapeau et sont fiers de représenter la France, ce à quoi Pierre lui répondra que la coutume en France c’est plutôt de siffler la Marseillaise, lorsque l’équipe de France de foot joue contre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, que de la chanter. Plus tard, notre fondateur provoquera un mouvement nerveux des doigts d’Hani Ramadan lorsqu’il décrira les charmes des femmes occidentales qui montrent leurs bras, leur décolleté, leurs mollets, leurs genoux, le début de leurs cuisses, tandis que dans la salle un homme s’exclamera à l’intention de Pierre « vous êtes un pervers ! ». Un autre accusera Pierre d’être venu en Suisse pour y foutre la pagaille. Ah ces Français !…

Un député de l’UDC rappelle aux musulmans que quand on est nouveau venu dans un pays, on s’adapte à ses coutumes, et on ne cherche pas à imposer les siennes.

Une jeune fille derrière moi se lève pour prendre la parole, elle est très jolie, non voilée. Elle est française et déplore que les Français ne l’acceptent pas parce qu’elle est musulmane, qu’elle ne porte pas le niqab à cause de son travail mais rêverait de le porter pour se « protéger ». Je me retourne et lui demande de quoi elle veut se protéger. Elle me dit qu’elle se sent nue, qu’elle n’est pas assez couverte avec de simples vêtements, que je dois m’habiller moi aussi, que c’est pareil, qu’elle sent qu’on la regarde et que ça la met mal à l’aise. Elle porte un chemisier à manches longues boutonné jusqu’au cou, des boucles d’oreilles. Je lui rétorque qu’elle est pourtant bien couverte, qu’on ne voit rien et réitère ma question « vous protéger de quoi ? ». Elle n’arrivera pas à mettre des mots sur ce « quoi » mais insiste « c’est pour moi, pour me sentir mieux, cachée ». On se met à parler du coran et je l’interroge sur la conquête obligatoire en islam et sur le fait qu’on ne peut, en tant qu’occidentaux, que ce sentir agressés par cette conquête, ce à quoi elle répond que non, il n’y a pas de souci, que ça a été écrit il y a 1 400 ans. Je m’étonne de sa réponse et lui demande si elle pense dans ce cas que le coran n’est plus valide. Choquée, elle se reprend « si, bien sûr ! »…

Soumia Khaled tente de reprendre la parole mais se fait aussitôt interrompre avec mépris et agressivité. Manifestement, elle est la tête de turc de la partie islamophile de la salle. Elle n’a pas la même habitude d’intervenir que les trois autres orateurs, et ses opposants en profitent pour essayer de la déstabiliser.

Nicolas Blancho conclut avec beaucoup de fierté et en prenant la salle à témoin du fait que cette fois il n’a pas tenu un discours islamiste mais démocrate, tandis qu’Hani nous gratifie de quelques versets en arabe ponctué d’un « Inch’allah » final. Pierre Cassen, quant à lui, propose à la jeune Française non voilée d’aller s’installer dans un des 57 pays islamiques afin de vivre pleinement sa foi puisque manifestement elle n’est pas française de cœur. Il démontre qu’entre le projet de société d’Hani Ramadan basé sur la suprématie de la loi divine et celui que nous défendons, basé sur la loi des hommes, il y avait une incompatibilité.

Hani Ramadan a paru souvent surpris d’être confronté à une solide résistance, totalement décomplexée et très combative, là où il a plutôt l’habitude d’un discours moins offensif. Avant de partir il nous a offert à chacun son petit livre A la Lumière de l’Islam, dont un ouvrage spécialement dédicacé pour Pierre Cassen qui lui a promis en contrepartie de lui envoyer un exemplaire de Reconquista ou Mort de l’Europe, de René Marchand.

Caroline Alamachère

PS : Une vidéo de ce débat sera disponible très prochainement… encore un peu de patience…

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