Débat sur la laïcité : la triple stratégie de Jean-François Copé

Publié le 11 avril 2011 - par - 517 vues
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Le 5 avril dernier a eu lieu le fameux débat sur la laïcité. Mon propos n’est pas de commenter les 26 propositions de l’UMP qui étaient connues depuis le 4 avril mais plutôt d’essayer d’analyser les conséquences politiques et les grandes manœuvres de Jean-François Copé.

A mon avis, Jean-François Copé a joué sur trois tableaux : tout d’abord sur l’UMP elle-même, ensuite sur les musulmans et enfin sur l’opposition.

Jean-François Copé prépare les élections présidentielles de 2017, il se présentera comme le candidat qui a eu le courage de parler laïcité, c’est lui qui est à l’origine de la loi contre le port du voile intégral en opposition avec plusieurs membres de l’UMP. Récemment il a tancé sans vergogne le Premier Ministre à la télévision, fait inédit jusqu’à présent. Le lendemain de ce fait, une réunion de crise a eu lieu à l’Élysée et a conforté Jean-François Copé.
Durant le débat de la laïcité , Jean-François Copé s’est posé en chef de l’UMP , et a su soumettre les oppositions au sein de son parti, tous derrière le chef voilà la seule solution.
L’UMP telle que nous la connaissions auparavant, c’est à dire avec des sensibilités centristes et radicales de droite est morte. Peu importe Jean-François Copé fédère autour de lui les purs et durs. J’en veux pour preuve, l’annonce du départ de Jean-Louis Borloo et Hervé Morin. Jean-François Copé regrette le départ de Jean-Louis Borloo mais ne va pas lui faire de courbette et sait très bien qu’il ne gagnera pas l’élection de 2012.
Jean-François Copé se moque de la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012 , il ne roule que pour lui et veut surtout éliminer de la course François Fillon, un candidat possible pour 2017, qui apparait désormais comme faible et qui court après les voix centristes . Le vendredi 8 avril 2011, lors d’un déplacement en province le Premier Ministre déclarait se reconnaitre dans les valeurs centristes, il voudrait ratisser large car il sait bien que toutes les élections précédentes ont été gagnées par les voix de toute la droite élargie aux centristes.

La partie concernant les musulmans est délectable. Lors du débat, Jean-François Copé a rappelé les principes de laïcité et propose plusieurs pistes qui ne pourront pas être remises en causes par les musulmans eux-mêmes.
Même si la convention se définissait comme un Pacte Républicain  » Laïcité pour mieux vivre ensemble », il s’agissait essentiellement de remettre les musulmans à leur place.

Les propositions sur l’école, sur les services publics visent à dénoncer les revendications communautaristes.
On peut y voir une avancée. Rappeler que le service public n’a pas à se plier aux exigences d’une communauté religieuse est indispensable. Ne pas accepter la remise en cause de certains programmes scolaires c’est réaffirmer que « l’école de la République n’est pas un service à la carte ».

Pour les entreprises privées, Jean-François Copé propose de bien préciser dans les règlements intérieurs des garde-fous aux revendications religieuses. « Un salarié ne peut exiger de son employeur le respect de ses convictions religieuses en l’absence de mention du fait religieux dans le contrat de travail. »
En bref, si les règlements intérieurs sont élaborés avec ces précisions, il n’y aura pas de recours possible à la HALDE ou aux Prud’hommes comme nous l’avions vu pour la crèche  » Baby Lou ». C’est aux entreprise de se saisir de cette opportunité et de remettre les revendications religieuses dans la sphère privée et non pas dans le monde du travail.

J’ai un regard plus circonspect sur le financement des lieux de culte, même si la pratique de baux emphytéotiques est courante, il est dommageable de l’entériner. Dans un sondage Harris Interactive du 5 avril (1) , 69% des sondés sont opposés à la mise en place d’aides de l’État ou des collectivités pour la construction et l’entretien de lieux de culte musulmans ainsi qu’à la création d’un institut de formation d’imams en France financé par des fonds publics (77%).

Dernier constat un peu amer , où sont les protestations des associations dites laïques ? Ces associations, si promptes à décrier l’église catholique et si promptes à bénéficier des subventions de l’État sont muettes devant ces remises en cause de la laïcité.

L’UMP aurait dû avoir une position plus tranchée et refuser tout aménagement de la Loi de 1905. Son attitude de compromission lui fait perdre des voix pour les prochaines échéances électorales.

Ces 26 propositions limitent de façon significative les velléités revendicatives de certains musulmans radicaux et tentent de reconquérir l’électorat UMP qui serait tenté par le Front National. Dans ce même sondage, 47% des Français trouvent que la laïcité est un élément essentiel et 37% très important.

Le troisième front sur lequel joue Jean-François Copé est l’opposition.
Les propositions du débat de la laïcité sont destinées à devenir une résolution parlementaire qui sera débattue en juin 2011.
Les députés socialistes et communistes seront devant un dilemme :
-Signer cette résolution est un symbole de refus de prévalence d’une religion sur les autres.
– Signer cette résolution cela veut dire que leurs positions vaseuses sur la place des musulmans vont être malmenées et devront être clarifiées. Le personnel politique de gauche avec tous les accommodements accordés aux revendications communautaristes est dans une position ambiguë et inconfortable.
-Ne pas signer cette résolution est aussi difficile, cela voudrait dire que le Parti Socialiste et le Parti Communiste ne défendent pas la laïcité. L’UMP aurait beau jeu à dénoncer ce manque de courage politique.

La Gauche Parlementaire n’a pas voté la Loi contre le port intégral du voile, cela a surpris les personnes se revendiquant de gauche. La Gauche, si elle ne signe pas cette résolution, va là aussi décevoir des électeurs dits de gauche et va perdre une partie de son électorat qui ira vers le Front National.

En conclusion, je donnerai mon point de vue .Jean-François Copé a implicitement intégré la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 et prépare l’avenir, enfin le sien … Il veut un parti renforcé à droite qui pourra éventuellement faire un bout de chemin, voire des alliances avec la droite populiste modernisée par son chef de file actuel.

Mais ce pari là est risqué, la tentative de ramener une partie de son électorat perdu au profit du Front National,vers l’UMP est loin d’être acquise. De plus, quand on voit le musulman radical Andy Choudary (2) appeler l’ensemble des musulmans à refuser le moindre compromis , il est évident que nous allons irrémédiablement vers un choc de culture et des civilisations.

Marie-José LETAILLEUR

1 www.la-croix.com/afp.static/pages/110405104751.pdxhwu12.htm

2 www.lepost.fr/article/2011/04/08/2459436_samedi-9-avril-2011-place-de-la-nation-manifestation-d-integristes-musulmans-anglais-belges-et-francais-qui-veulent-imposer-la-charia-dans-nos-pays.html

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