Débat sur la laïcité : quand la Grande Mosquée de Lyon joue avec l’idée d’insurrection

Publié le 28 mars 2011 - par - 1 639 vues
Share

La Grande Mosquée de Lyon publie, sur son site internet, une Lettre ouverte à la France et aux Français dont la violence dépasse l’imagination, et de plus, elle fait circuler ce texte, qu’elle utilise comme une pétition, comme le montre la pluralité de signatures en fin de document. Nous demandons instamment aux pouvoirs publics ce qu’ils comptent faire devant cet appel à l’insurrection à peine voilé. Voici ce qu’on peut lire :

Lettre ouverte de la Mosquée de Lyon

Le débat sur la laïcité est qualifié de « manoeuvre ignoble qui déshonore non seulement ses auteurs mais la France entière. » La violence du vocabulaire court tout au long du document, et les menaces sont toujours présentes au moins sous forme d’insinuations :  » volonté de nuire aux musulmans », « meurtre politique », « assassinat médiatique« , et, même, « acte de guerre« , comme on peut le lire noir sur blanc dans cette phrase :

« Mettre en oeuvre une idée aussi démentielle pour diaboliser l’islam ne saurait être analysé que comme un véritable acte de guerre … »



Il est reproché à la République de proposer un « mythe égalitaire ».

On peut lire encore :

« Méditons profondément cette leçon historique universelle, à savoir que l’excès d’injustice entraîne inéluctablement la révolte, ou l’insurrection. Le « printemps arabe » en est le plus récent exemple concret. »

Les auteurs du texte se plaignent que la laïcité soit érigée en « nouvelle religion« . Ils rejettent la loi de 1905 dans son principe même :

 » … le système césaro-papiste imaginé en 1905 constitue désormais le meilleur paradigme des anachronismes socio-culturels. »

Les signataires de la lettre ouverte se sentent-ils français ? En tous cas, ils estiment avoir des droits sur la France, rappellent que des musulmans sont morts pour elle dans les guerres et citent Clémenceau : « Ces gens ont des droits sur nous ». Ils oublient de préciser que Clémenceau parlait d’anciens combattants. Les anciens combattants, musulmans ou pas, ont en effet des droits sur nous tous, musulmans ou pas. Ils ont en particulier le droit de n’être pas instrumentalisés au service des revendications de tel ou tel groupe hargneux, musulman ou pas, ou de personnes nées des décennies après leurs guerres, qui n’ont rien donné à la France et à qui elle ne doit rien.

Les signataires de cette lettre-pétition ne donnent guère l’impression qu’ils se considèrent eux mêmes comme français. Déjà, le seul intitulé du texte proclame le contraire. La lettre ouverte est adressée à la France et aux Français. Or, en général, on ne s’écrit pas à soi-même. Et les auteurs de la lettre sont bien rapides à juger que le débat qu’ils veulent voir cesser  « déshonore la France entière« . Le moindre mot qui déplait, le moindre débat qui gêne, et hop, c’est toute la France qui serait déshonorée. Cette façon de prendre l’honneur de la France en otage n’est guère caractérisque d’un citoyen loyal, sans même parler d’un fils aimant.

Nous rappellerons qu’un musulman peut être légalement français s’il en remplit les conditions, mais qu’il peut aussi ne pas l’être.

De même, il peut être français de coeur ou ne pas l’être. La réponse lui appartient ; personne ne peut, sur ce point, répondre à la place d’un autre. Si un musulman se sent français de coeur, il est seul à pouvoir le dire. Les généralisations dans un sens ou dans un autre ne sont pas pertinentes.

La qualité de Français, musulman ou pas, donne des droits mais ne donne pas les privilèges que revendiquent les auteurs de la lettre ouverte. En particulier, aucun groupe de citoyen n’est au dessus de la critique. Chacun peut se trouver en situation d’entendre des mots qui ne lui plaisent pas. Personne n’a le droit d’exiger que tous ses concitoyens se taisent pour qu’il n’ait pas à entendre de propos qui l’offensent. Les musulmans ne sont pas au dessus des autres citoyen(ne)s. Ces dernier(e)s ont le droit d’exposer des griefs vis à vis de l’islam, et, personnellement, j’en ai. Je ne trouve pas normal de devoir manger halal sans qu’on me le dise, de payer pour des mosquées, ou de croiser des voiles qui sont une façon de me dire qu’en tant que femme, je suis un être inférieur. Mon droit de dire que ces situations ne sont pas tolérables ne s’effacera pas devant la revendication de certains musulmans de ne rien entendre qui leur déplaise.

Donc, les signataires de la lettre revendiquent, au bénéfice des musulmans français, non seulement les droits ordinaires des citoyens, mais aussi un « droit » à ce que les autres se taisent pour ne pas les offenser. Désolée, mais un tel droit n’existe pas. Il serait incompatible avec la liberté d’expression.

Nous préciserons aussi que tous les musulmans n’ont pas le même statut ; il y a parmi eux des français de souche, des étrangers en situation légale, et des étrangers entrés illégalement et qui n’ont rien à faire sur notre sol.

Or, le texte va jusqu’à revendiquer un droit de créance au bénéfice de l’islam pris globalement. On peut lire en effet :

« De ce fait, les musulmans français et leur religion, l’islam, appartiennent définitivement à l’histoire de notre pays, qui est leur unique communauté de destin. Ils font, désormais partie de notre héritage commun islamo-judéo-chrétien de la France … »

Désolée, mais nous ne saurions accepter cette réécriture de l’histoire de France et cette OPA sur son identité au nom du club des religions abrahamiques. La France n’a aucun héritage islamique. Son héritage juif est mince (quelques communautés). Même son héritage chrétien n’est pas hégémonique. Nos racines culturelles sont aussi grecques, romaines, et gauloises. Notre rapport à la religion est marqué par la contestation tout au long de notre histoire : gallicanisme des rois, effervescence du Siècle des Lumières, laïcité, féminisme.

Les auteurs du texte font bien peu de cas de ceux des Français qui ne sont ni juifs, ni musulmans ni chrétiens. Est-ce que par hasard nous n’aurions pas droit de cité, nous les athées, agnostiques, libre-penseurs, et païens ? cet oubli n’est pas innocent, puisque l’islam, quand il est en situation de légiférer, ne tolère, outre lui-même, que les « peuples du Livre » (juifs et chrétiens), vouant les autres à la conversion ou à la mort.

Désolée, Messieurs de la mosquée de Lyon, mais mes ancêtres sont gaulois et je n’ai pas l’intention d’en changer ; mes racines mentales viennent de l’humanisme gréco-romain, qui inclut la liberté individuelle, sous une forme ou sous une autre, depuis une époque où judaïsme, christianisme et islam, n’existaient même pas. Alors, ce n’est pas vous qui allez décider quelles sont les écoles de pensée qui ont droit de cité en France.

Catherine Ségurane

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.