Débat truqué et tronqué entre Hollande et Sarkozy : rien sur la France et les Français !

Comme la plupart d’entre vous, j’ai écouté le « grand débat » entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Non pas que j’attende de l’un ou l’autre une remise en cause du mondialisme, de l’européisme, de l’islamisation, mais pour voir cela comme un match de catcheurs où tout est truqué d’avance. Non pas truqué parce qu’il y aurait un bon et un méchant, mais truqué parce que ce ne fut qu’un pugilat politicien et médiatique, un cirque tronqué bien loin des préoccupations des Français.

Déjà, les deux journalistes sont Laurence Ferrari et David Pujadas, deux parfaits valets du Système. Donc on ne s’attendra pas à des étincelles, à des « droits de suite » ou des questions gênantes sur le consensus mondialiste et européiste des deux candidats.

François Hollande veut être « le candidat du rassemblement », critiquant ainsi Nicolas Sarkozy accusé de diviser les Français. Sinon que ce dernier a pour sa part repris à son compte le terme de « rassemblement », et surtout tenté le grand écart impossible entre les libéraux-mondialistes et les patriotes, deux conceptions incompatibles. Ça commence mal !

Et ça continue sur le « rassemblement », Hollande faisant allusion au fait que « nous sommes tous Français ». Nicolas Sarkozy prétend « qu’il n’y a jamais eu de violence pendant mon candidat ». Ah bon ? Il ne lit pas les faits divers du Parisien, de La Provence et d’autres quotidiens régionaux qui se comptent en dizaines par jour ? Nous voyons donc que ce débat devient un débat de menteur contre menteur.

Nicolas Sarkozy s’en prend à Alex Kahn, au Syndicat de la Magistrature et au leader de la CGT, et à juste titre. Hollande nie sans scrupule ces comparaisons ignobles avec les pires heures de notre Histoire, puis « il condamne tous ces excès »… sauf qu’il ne l’a jamais fait auparavant. Nicolas Sarkozy marque un petit point.

On passe au sujet du chômage et de l’emploi. Évidemment batailles de chiffres et effets de manches, mais surtout pas un mot sur la concurrence déloyale européiste et mondialiste. Jusque quelques annonces cosmétiques de part et d’autre en évitant soigneusement d’évoquer l’essentiel de la cause du chômage et de la paupérisation.

Nicolas Sarkozy insiste sur la concurrence internationale et le « coût du travail ». Sans doute veut-il aligner nos salaires sur ceux des Chinois ? François Hollande élude habilement ce sujet, et se contente de dire que le chômage c’est la faute au quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et nouvelle bataille de chiffres, qui évite scrupuleusement le problème du mondialisme, sujet tabou pour la gauche !

Nicolas Sarkozy accuse « la crise » de tous les maux de la France, et vante toutes les mesures prises par l’Allemagne en les comparants à la situation de la Grèce et de l’Espagne. Pas sûr que les travailleurs teutons lui donnent encore raison… François Hollande détourne la conversation sur le prix du pétrole et autres billevesées pour éviter de répondre à des chiffres que manifestement il ne connaît pas. Nicolas Sarkozy en profite pour avancer des chiffres (vrais ou faux ?) qui semblent échapper à François Hollande qui a dû mal étudier ses dossiers, et qui noie le poisson. Encore un petit point pour Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy vante sa « TVA anti-délocalisation »… approuvée par Manuel Valls. Et embraye sur les sempiternelles 35 heures, en proposant un arrangement entreprise par entreprise, démantelant ainsi le droit du travail. Puis il passe au « grand emprunt » (bizarre pour quelqu’un qui veut réduire la dette !) François Hollande défend la « dépense publique » qui serait pour lui facteur de croissance. Le débat devient confus, tous deux parlent en même temps et partent dans tous les sens. Prix du gaz, de l’électricité, du pétrole, des loyers, chômage partiel, charges sociales, Smic, nucléaire, tout y passe.

Manifestement, Nicolas Sarkozy garde l’initiative et l’avantage par une assurance et un culot sans limite, tandis que François Hollande reste sur la défensive. Ça devient tellement lassant que je commence à m’assoupir… Je vais me faire un café pour tenir le coup.

Je me réveille quand on aborde le second sujet : la dette et les comptes publics.

Évidemment ni l’un ni l’autre n’évoqueront la loi de 1973 et les traités européens qui nous obligent à verser des centaines de milliards d’euros d’intérêt aux banques. François Hollande accuse Nicolas Sarkozy d’avoir accru la dette par des « avantages fiscaux » et des « niches fiscales » aux riches et par l’incapacité à équilibrer les comptes fiscaux. François Hollande promet… plus d’impôts pour réduire cette dette. Nicolas Sarkozy tente de corriger à la marge les chiffres de François Hollande et accuse… quelques 38 années de déficit budgétaires (sans dire que la droite en est responsable pour une bonne partie !) Tiens, comme par hasard, 38 années ça nous ramène à la loi de 1973… Quel aveu (involontaire) de Nicolas Sarkozy !

Le candidat de l’UMP attaque ensuite celui du PS sur le nombre de fonctionnaires, etc. Et la discussion redevient confuse. On passe à l’impôt sur la fortune, les droits de succession, Madame Bettencourt et tutti quanti. On s’enlise de plus en plus. Chacun défend sa « justice fiscale ». Et Hollande embraye sur les suppressions de postes à l’Education nationale, et vante sa création de 12.000 postes par an. Nicolas Sarkozy conteste le chiffrage de cette mesure. On s’enfonce de plus en plus… François Hollande critique également la réforme des retraites faite par Nicolas Sarkozy. Là encore, on s’enferme dans des détails sans grandeur de vue ni prospectives.

Nicolas Sarkozy réplique par une formule choc dont il a le secret mais qui ne repose sur rien : « Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres ». Et il reparle de « monde ouvert » et de la concurrence avec les autres pays d’Europe ou du Monde. Adieu le protectionnisme, français ou européen !

Puis belle engueulade sur les impôts, sur les « prélèvements obligatoires » que François Hollande accuse Nicolas Sarkozy d’avoir augmentés, alors qu’il a dit peu avant qu’il veut encore les augmenter. On est dans la mauvaise foi totale. Puis on passe aux horaires et effectifs des professeurs, aux effectifs de la fonction publique, à la pénibilité du travail, et retour sur l’âge de la retraite, etc. Tout est mélangé. Je me sers une seconde tasse de café tellement ce débat stérile et confus m’endort. Chacun fait à l’autre des reproches marginaux sans aucune projet d’ensemble et cohérent.

Sujet suivant : la zone euro et le « pacte de stabilité économique ».

François Hollande accuse « le retard » dans le traitement des problèmes de la zone euro. Il oublie tout simplement de citer ses co-socialistes grecs ou espagnols… Selon lui, on impose l’austérité à des pays… alors qu’il a approuvé le pacte de stabilité économique. Évidemment, pour lui (tout comme pour Mélenchon), la solution miracle est dans les « eurobonds » de la BCE, sauf que c’est interdit par les traités que tous les socialistes européens ont signé ! François Hollande dit qu’il « renégociera » le pacte de stabilité économique et telle Madame Irma, « il sent les lignes bouger » en Europe.

Nicolas Sarkozy vante et re-vante sa « gestion » de la crise européenne et repart sur l’embauche des fonctionnaires et tutti quanti, pour démontrer que la gauche aurait fait pire. Il critique le soutien de François Hollande à Zapatero alors qu’il y a peu, il le prenait lui-même en exemple. La confusion s’installe donc, comme dans tous les débats précédents.

Débat stérile et au raz des pâquerettes sur les modalités du « pacte de stabilité financière ». Nicolas Sarkozy a tout fait, tout réussi, et il accuse François Hollande de n’avoir rien fait… alors que c’est normal parce qu’il n’était pas au pouvoir ! Quelle mauvaise foi !

Et Nicolas Sarkozy continue à faire enfler ses chevilles, avec une prétention et une arrogance exécrables. Le débat s’enlise ensuite dans des mesurettes techniques au niveau européen. Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy se réclame de « l’Europe de Monet, l’Europe de De Gaulle » (sic !)

Les journalistes s’impatientent et veulent passer au chapitre suivant : les sujets de société. Et c’est ce qui intéressera le plus les lecteurs de Riposte laïque. Hélas… ils seront déçus (comme sur le reste…) !

Premier sujet de société : « les flux d’immigrés ».

François Hollande accuse sans scrupule Nicolas Sarkozy d’avoir fait entrer « 200.000 » étrangers par an au lieu de « 150.000 » sous Lionel Jospin. François Hollande ne veut pas plus d’immigration économique, mais soutient les étudiants étrangers, les demandeurs d’asiles, l’immigration familiale et les conjoints de Français. Bref, la grande majorité de l’immigration légale !

Nicolas Sarkozy « conteste formellement » ces chiffres sans toutefois en donner d’autres. « Nous avons accueilli trop de monde », sauf qu’il oublie de dire que c’est lui qui les accueillis ! Donc objectif de diviser par deux l’immigration légale en cinq ans, mas Nicolas Sarkozy confond ensuite immigration légale et immigration illégale dans un salmigondis incompréhensible, ce que lui fait remarquer très justement François Hollande. Puis il annonce quelques mesurettes sur le RSA pour les étrangers, etc. Nicolas Sarkozy critique les promesses de François Hollande sur les centres de rétention pour les enfants, en lui faisant opportunément qu’il existe déjà des centres de rétention familiaux.

On évoque ensuite le droit de vote des étrangers aux élections locales.

François Hollande défend cette position « depuis des années » et fait remarquer à Nicolas Sarkozy qu’il y était favorable jadis. Il prend comme exemple plusieurs pays européens. Il soumettra cette proposition au Congrès (Assemblée nationale + Sénat) et en cas de refus, il organisera un référendum.

Nicolas Sarkozy voit dans cette mesure un risque « communautariste » en visant directement l’islam. François Hollande l’interrompt en disant que comme les Européens ont déjà ce droit de vote, c’est discriminatoire d’exclure les non-Européens, et puis il reproche à Nicolas Sarkozy de ne voir dans les extra-Européens que des musulmans.

Nicolas Sarkozy rappelle que l’essentiel des personnes concernées ne sont pas des « Norvégiens » (sic !) mais des Nord-Africains et des Africains sub-sahariens, donc principalement des musulmans. Nicolas Sarkozy rappelle la nécessité d’avoir un « islam de France » et non un « islam en France », et cite le cas des piscines pour musulmanes, des problèmes communautaires dans les hôpitaux, etc.

Nicolas Sarkozy se vante de la construction de mosquées en France, reconnaissant que les musulmans sont mieux traités en France que les chrétiens en terre d’islam. La discussion s’engage sur la « réciprocité ». Pour François Hollande, peu importe qu’on soit musulman ou pas, pratiquant ou pas, et d’ailleurs « il y a des Français de confession musulmane » qui ne feraient « aucun pression pour qu’on mange une certaine viande ».

Le débat s’enflamme, mais François Hollande assure les Français qu’« il n’y aura aucune dérogation au principe au principe de laïcité ». Et on part sur les discussions sur la loi sur la laïcité à l’école, celle sur la burka, etc. François Hollande : « il n’y aura aucun horaire de piscine séparé entre hommes et femmes ». Il rappelle sournoisement que c’était le cas à Lille « sous Martine Aubry » mais que ce n’est plus le cas. Idem pour d’autres sujets, comme la viande halal à l’école : François Hollande donne un maximum de gages aux laïcistes.

Nicolas Sarkozy signale à François Hollande qu’il n’a aucun chiffre prévisionnel sur l’immigration, que le Parti socialiste n’a pas voté la loi sur la burka, etc.

Autre thème de société : le nucléaire. Je vous passe le détail de ce débat éculé où chacun connaît la position ferme de Nicolas Sarkozy et les faux-fuyants de François Hollande suite à l’accord entre le Parti socialiste et les Verts. Aucun intérêt, parce que je suis sûr que ni l’un ni l’autre ne remettra en cause notre indépendance énergétique, même pour la centrale de Fessenheim. Et puis je commence à fatiguer et je retourne à ma cafetière.

Si, quand même, un détail. François Hollande ne se sent nullement impliqué par l’accord PS-EELV puisque selon lui, c’est un accord entre partis et n’engage aucunement son programme de candidat présidentielle. Les dents vont encore grincer chez les Verts, mais l’intérêt d’avoir des députés et un groupe parlementaire vert convaincra vite les plus fanatiques anti-nucléaires… Nicolas Sarkozy tente de coincer François Hollande sur Fessenheim, mais celui-ci persiste et signe en disant qu’il n’a pris aucun engagement à ce sujet. Ça devient de plus en plus comique !

Sujet suivant : « quel style de Président voulez-vous être ? »

Nicolas Sarkozy : bla bla bla. J’ai été le meilleur et je le serai encore.

François Hollande : bla bla bla. Je serai encore meilleur que vous parce que je m’engagerai à des tas de choses.

Mais quelle nullité, quelle prétention, quelle arrogance de l’un et de l’autre ! Ces deux candidats ne parlent que d’eux-mêmes, ne font que se vanter d’eux-mêmes sans se soucier pour le moins du monde ce que pensent ou veulent les Français.

Dernier sujet : la politique internationale.

Retrait des troupes d’Afghanistan. Une fois de plus, petite querelle politicienne sans intérêt. Nicolas Sarkozy rappelle les horreurs des talibans… mais oublie soigneusement de dire que celles-ci reviennent à grand pas et donc que l’opération des coalisés sous direction américaine est un échec total. Et aucun des deux journalistes-carpettes présents ne font remarquer cette réalité aux deux candidats !

Menace terroriste au Sahel, au Mali, au Yémen, etc. Salmigondis sans queue ni tête de François Hollande : tout le monde il est beau et il est gentil. Et même chose du côté de Nicolas Sarkozy, sauf qu’il sait aligner les stupidités et les lieux communs avec un aplomb remarquable mais trompeur.

Et enfin les conclusions.

François Hollande aligne des généralités sans intérêt (jeunesse, justice, rassemblement, etc.) Il critique « le bilan de Nicolas Sarkozy » et rappelle le débat de 2007 avec Ségolène Royal et les promesses non tenues de Nicolas Sarkozy. « Moi je veux changer », tel est le viatique miraculeux de François Hollande.

Nicolas Sarkozy lance un dernier appel aux « électeurs de Marine Le Pen ». Mais « je veux parler aussi aux électeurs de François Bayrou ». Et enfin, appel aux abstentionnistes. On ratisse large !

Bref, des querelles de chiffonniers, des banalités alignées avec la complicité des deux « journalistes » du Système. Aucun ne parlera de Guérini, de Dalongeville, de DSK, de Woerth, du Karachigate, du Kadhafigate, etc. Un consensus remarquable entre pseudo-journalistes et vrais politicards !

Petit avantage aux points à Nicolas Sarkozy. Mais RIEN, strictement RIEN sur un véritable projet de société pour la France et les Français, et d’ailleurs il est notoire que ni l’un ni l’autre des deux candidats n’aient évoqué… la France et les Français ! Et ça veut devenir Président de la République française ? Quelle supercherie !

Ma décision pour le second tour est prise : abstention ou vote nul. Parce que vraiment, ni l’un ni l’autre de ces deux guignols ne représentent les Français et leurs intérêts, ni même la France et ses valeurs millénaires. Aucun n’est digne à mes yeux d’être notre nouveau Président de la République.

Roger Heurtebise

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