Décadence : Les socialistes n’ont pas attendu longtemps pour nous jouer les Atrides

À peine installée dans les alcôves élyséennes, la « Première Dame de France » fait entendre sa voix. Dans un solennel message touité à qui veut bien la lire, elle balance, contre le choix même de son compagnon, sa préférence pour l’adversaire charentais de sa devancière sur la couche royale. Et lui souhaite de triompher dans le duel de géants qui tétanise les foules du côté d’Angoulême.

Ainsi la fonction qu’honorèrent, chacune à sa façon, Mesdames de Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterand, Chirac et Sarkozy, entre-t-elle dans une phase nouvelle que la dramaturgie des Atrides eut considérée comme sienne. Les déchirements de la famille à la rose n’ont pas fini de se donner en spectacle.

Ceux qui attendaient de Madame Trierweiler un entrisme immédiat dans la bouillie sociale qui nous sert de souper en seront pour leurs frais. La misère des gens, leur détresse, leurs appels au secours, passeront après les règlements de comptes internes. On se pince pour admettre que la dynamique républicaine émet si tôt, par les doigts vengeurs d’un personnage en vérité important de l’État, ses derniers hoquets.

Comme au théâtre, les masques tombent. Ordinairement, c’est à la fin. Ici, on commence par ça. L’impatience impose d’emblée son obscure énergie. On tue, très vite, pour assouvir des élans longtemps retenus, enfin libérés. On se défoule de l’accumulation des frustrations, des rancunes, du désir d’abattre. La porte grande ouverte, on se rue dans le palais pour le vider de ses remugles.

La décadence est inscrite, triomphante, dans les premières pages de la mouture proposée au peuple votant. Et la période électorale n’est même pas terminée! Qu’à cela ne tienne, la médiocrité surgit déjà, insolente, c’est celle des parvenus, des ayant-enfin-droit, des gougnafiers autorisés au bout d’une longue attente à donner la leçon. Ceux-là ne nous décevront pas, leur couleur est bel et bien annoncée.

Nous allons vivre de grandes nostalgies : Yvonne et son acceptation maternelle de la grandeur gaullienne, Claude et son mécénat pour l’art, Anne-Aymone avec son charme désuet, Danièle et sa discrète autant que pérenne attention aux damnés de la terre, Bernadette passant sur les frasques de son mari dans l’intérêt supérieur de la patrie, Carla et sa gentille guitare en écho aux cuivres de la Garde Républicaine, photos sépias. La chevauchée des Valéries couvre de son vacarme nouveau-né le jeu de rôle ordinairement consenti par les Premières Dames, son bouzin acide nous coule d’emblée dans la gorge et c’est là une sensation plutôt désagréable.

Il va être bien difficile, pour les innombrables qui avaient fait de Sarkozy et de son épouse leur cible quotidienne, de tourner leurs arcs vers le couple présidentiel modèle 2012 dont ils espéraient très majoritairement qu’il entrât à l’Élysée. Et pourtant, ils vont désormais devoir s’y résoudre. Courage, mes amis! La pâte est riche, elle va lever, je crois, très vite. S’il reste en vous quelques vestiges de cet esprit foncièrement français capable, d’un mot, de remettre les gens à leur place, vous n’attendrez pas longtemps pour les voir se réveiller. La première occasion qui vous en est offerte passe devant vous aujourd’hui même.

Alain Dubos

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