Déconstruire Baudelaire

Publié le 25 avril 2021 - par - 17 commentaires - 1 437 vues
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En 2021, il n’y a pas seulement Napoléon. Il y a également le bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire.

Comme pour l’Empereur pour lequel notre Président nous a donné la ligne claire : déconstruire notre histoire, nous nous devons en tant qu’intellectuels engagés d’en faire autant avec Charles Baudelaire.

Le poète d’un mètre cinquante vivait avec une déesse noire d’un mètre quatre-vingts, sa muse, Jeanne Duval. Baudelaire, l’homme malheureux, l’individu qui se roulait dans la douleur ne s’est ouvert au monde et à la vie que dans les bras de sa métisse maîtresse.

Le recueil Les fleurs du mal n’aurait peut-être jamais vu le jour sans la présence de Jeanne que l’on retrouve dans au moins dix poèmes dont le célèbre Les bijoux :

« Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne »

 

Les méchantes langues, les contemporains de Baudelaire et sa mère décrivent la Vénus noire comme un monstre, un vampire, une maîtresse toxique qui lui a refilé la syphilis, une harpie sournoise, menteuse, alcoolique, dépensière, chaudasse. Odieux propos de mâles blancs et d’une génitrice tout aussi blanche pleine de rancœur.

Il est temps de revisiter l’influence de Jeanne Duval – s’appelait-elle ainsi tant elle changeait de nom pour fuir les créanciers, parasites de nos sociétés ? – sur l’œuvre du poète, de faire voler en éclats le racisme de la société française d’hier et d’aujourd’hui.

Elle éveilla la sensualité du petit poète qui avait goûté aux fleurs insulaires lors d’un voyage qui l’amena jusqu’à La Réunion (alors Île Bourbon), là où « tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté ».

Il est nécessaire de dénoncer l’acharnement des biographes contre celle en laquelle le poète plongeait sa « tête amoureuse d’ivresse », celle au « corps si beau », cette « mer odorante et vagabonde/ Aux flots bleus et bruns».

Heureusement, depuis quelques années, des écrivains n’hésitent plus à mettre la Vénus noire au centre des Fleurs du mal et du Spleen de Paris, faisant de Jeanne Duval l’incarnation de la femme exotique et sensuelle. « Brune comme les nuits / Au parfum mélangé de musc et de havane ».

Dans Belle d’abandon, l’écrivain franco-mauricien Emmanuel Richon relève que la relation entre Jeanne et Charles a permis à ce dernier de s’affranchir de son milieu, ces petits Blancs sans morale progressiste comme Théophile Gautier, Gérard de Narval et des peintres Manet et Courbet.

Citons aussi Vénus noire d’Angela Carter,

L’Ombre de Baudelaire de la Franco-Haïtienne Fabienne Pasquet (« J’ai trop entendu les tenants de la morale faire de la négresse du poète sa malédiction »),

Les Beautés noires de Baudelaire de l’Haïtienne Elvire Maurouard,

Sympathie pour le fantôme de Michaël Ferrier.

Le fantôme est, dans le tableau L’atelier du peintre de Gustave Courbet, la réapparition le temps passant de Jeanne Duval que le peintre avait effacé à la demande de Baudelaire (en bas, à droite, près du poète lisant).

 

« C’est toute une mémoire interdite, ou du moins qui ne transparaît jamais. Mémoire opaque qu’on ne peut évoquer sans susciter le soupçon de ces dieux que sont dans la France d’aujourd’hui le journaliste aux ordres, l’historien oublieux, le politicien cauteleux, le sociologue doucereux… le présentateur de télévision précautionneux… le philosophe sérieux… c’est la dormeuse Duval, celle dont on ne parle jamais ou presque, noyée dans le sommeil de France, perdue dans la nuit du temps. Mémoire dormante, parole de nuit, eau profonde », écrit Michaël Ferrier.

Moralité : la France moisie ne peut plus chasser Jeanne Duval du tableau. La négritude est notre avenir et notre inspiration, n’en déplaise aux racistes, aux réactionnaires, aux suprémacistes couleur suaire. Ils ne pourront revenir sur la visibilité des Noirs, leur grandeur intellectuelle et physique. Le frémissement d’égalité devient tsunami.

Mais le livre le plus abouti de la déconstruction de l’image rebutante de Jeanne Duval et de celle de la statue de Baudelaire est le splendide roman graphique de Bernard Yslaire, Mademoiselle Baudelaire.

« Je pense qu’il faut constamment réécrire l’Histoire », dit l’auteur. Il le fait en magicien.

Mademoiselle Baudelaire est un monument d’esthétique, un cri contre la domination que l’on refuse de voir. Le tout dans une ambiance baudelairienne que l’on est obligé d’appeler aujourd’hui “duvalienne”. Sans elle, Baudelaire serait demeuré un nain non seulement physique, mais poétique. « En restant honnête, on ne peut plus réellement préciser le rôle de Jeanne dans cette création : actrice, voire inspiratrice… Baudelaire n’aurait certainement jamais écrit ces poèmes en présence d’une autre femme », confie Yslaire.

« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,

Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ».

Sans Jeanne Duval, où Baudelaire aurait-il humé un tel Parfum exotique ?

Peut-être même était-elle l’écrivain.e !

 

Quel plaisir que celui de la déconstruction ! Quelle jouissance que celle de casser les valeurs littéraires de nos plus grands poètes sur l’autel du politiquement correct Black Lives Matter ! Quel bonheur de faire dire à notre époque bien plus que le passé ne renferme ! Quel bain de jouvence que le wokisme ! Quelle satisfaction de frapper « sans colère / Et sans haine, comme un boucher ».

Marcus Graven

 

Vous pouvez retrouver tous mes articles sur

https://marcus.tvs24.ru

 

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Notifiez de
Hellène

Cette manie d’étiqueter comme noir tout ce qui est vaguement métissé !
Bientôt on nous dira que l’impératrice Joséphine était noire sous prétexte qu’ elle était créole !
Jeanne Duval et Laetitia Avia,en matière de finesse de traits, est-ce comparable?

Nadia Furlan

Il faudra déconstruire Maupassant, entre autres pour sa nouvelle sur la guerre de 1870, où il raconte qu’une pénurie de vivres avait affaibli les soldats; mais un soldat africain sans doute sénégalais, restait bien portant… Le soir, il disparaissait derrière les lignes, et revenait mystérieusement. On a compris plus tard qu’il allait tailler des biftecks sur le champ de bataille…
Et une autre, où le personnage principal s’éprend d’une jeune négresse sympathique, que ses parents refusent en disant “alle est trop noire”. Il se marie avec une blanche, lui fait 12 enfants, mais finit alcoolique.

chrisomac

Une muse qui lui a collé pas mal de maladies vénériennes en remerciements.

Prouvencau

Chriso..

.la façon de donner vaut mieux que cella on donne

Prouvencau

Que CE QUE l on donne..

Travis

Ne mégotons pas sur l ‘influence énorme de la ” déesse noire” ( pas si noire d’ailleurs,si la photo est fidèle et n’a pas été retouchée par un suprématiste blanc ) , mais n’est-ce pas elle qui aurait inspiré à Arthur Rimbaud son Dormeur Duval , et ne serait-elle pas à l’origine ou en tous cas proche de la splendissime dynastie des Duvaliers véritables ancêtres du BLM ? Pour ce qui est de la chanson de Brassens, La Jeanne, toute la lumière n’est pas encore faite …
Pour déconstruire en toute sécurité, respectons les consignes affichées sur les engins de chantiers: ” Ne stationnez pas sous la charge “.

Patator06

+1000 :-))

Daniel

Ne pas confondre inspiratrice et auteur. “Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute” (Rimbaud, Lettre dite du voyant).
Vive le génie Baudelaire ! et tout ces commentaires ne sont que littérature.

HARGOTT

“La négritude est notre avenir et notre inspiration”: nous ne mangerons pas de ce pain là, mdr ! Nous ne sommes plus à l’époque de Picasso et de l’art nègre, Dieu merci !

Prouvencau

Pas facile d écrire un commentaire dans passer pour j’ ignare après ce ” bel,” essai.
.

Prouvencau

Dans passer…..lire.
.SANS passer…

patphil

un gars qui tire sur un ami, c’est normal de le déconstruire et même de l’éliminer
ses livres au feu !

Missair

Excellent !

Victor Hallidée

Superbe critique de la mauvaise foi, paravent des complexes d’infériorité des racialistes.

Atikva

Espérons que l’image de couverture du livre “Les beautés noires de Baudelaire” n’est pas supposée représenter l’une de ces ‘beautés noires’ – ce serait contre-productif.

Patrick Verro

“Touchez pas à notre Baudelaire”
Signé un grand admirateur de Charles Baudelaire, déjà trainé en justice, à son époque par la bien-pensance…

Natou

Bientôt ce sera Voltaire en effet il ne pourrait écrire son # Mahomet #
Voltaire transforme la grande figure du prophète en un monstre de perfidie et de cruauté, qui ne voit dans l’ascendant que la donne sa qualité d’envoyé de Dieu qu’un moyen commode de se débarrasser de ses rivaux en amour, comme de ses ennemis politiques.

Je suis CONTRE je ne veux pas que l’on touche à notre patrimoine # littéraire # et à tout le reste .
On doit se battre pour cela !
Quant à Macron c’est un abruti un inculte si il a lu # Madame Bovary# c’est le bout du monde !

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