Défense de la fonction publique

Ce tweet se reproduit à l’infini sur les réseaux sociaux :
« 4 chiffres pour comprendre le mal français : de 1968 à 2018, la population française a augmenté de 32 %, alors que les effectifs de la fonction publique ont bondi de 84 %. La part du secteur marchand (qui fait tourner la machine éco) est passée de 42 % à 31 % de la population. CQFD.»

J’ai vu Bercoff le lire sur CNews avec un « tout est dit ». Jean-Claude Dassier acquiesçant largement du chef.
Le mal français ?
Rien que ça.
Ils sont tous au Medef nos experts de l’expertise ?

En lançant que seul le secteur marchand crée des emplois sans définir le secteur marchand, ils nous jouent d’un violon sans cordes.
Quelle est la définition du secteur marchand ?
Secteur regroupant les activités produisant des biens et des services marchands c’est-à-dire basées sur une rétribution pour le service rendu.

Le CQFD, le « tout est dit » sont de mini-points Godwin. Après tu n’as qu’à fermer ta gueule ou dégueuler à ton tour sur le mal français.
Eh bien non, tout n’est pas dit. Tout n’est pas démontré.

Mettre en avant le secteur marchand, c’est accepter que les valeurs marchandes se soient insinuées dans nombre d’aspects de notre vie, dans la plupart des compartiments de notre quotidien, c’est accréditer l’idée que les relations sociales sont à l’image du marché.
La démonstration 32-84-31 ne vaut que si l’on pense que les valeurs marchandes doivent éliminer de plus en plus les valeurs non-marchandes. L’idéal pour ces « éliminateurs » étant une société où tout peut être acheté ou vendu. À commencer par l’homme.

D’abord rappelons que pendant longtemps le secteur marchand a été perçu bien sûr comme utile – mais comme il est utile de respirer pour vivre – mais surtout comme un sous-monde par rapport à la foi et à la culture qui procuraient un sens à la vie, contrairement à la création et circulation de marchandises.
Ensuite, dans une société où tout est devenu marchandises, les 31 % mentionnés paraissent bien en dessous de la vérité.
Enfin, si le secteur marchand à partir du Moyen Âge est accepté peu à peu par la société parce que, comme le souligne Alain de Benoît dans Contre le libéralisme, la société n’est pas un marché, il favorise la croissance, élève le niveau de vie et permet une consommation dépassant les besoins réels. Aujourd’hui, ces trois modes d’acceptations ont presque disparu : la croissance a des hoquets, le niveau de vie stagne quand il ne décroît pas, la consommation est de plus en plus un vaste gâchis, une abolition de toute morale remplacée par le désir de consommer immédiatement. Pour se faire plaisir.

Évidemment les lignes citées plus haut sont une critique de la fonction publique et du recrutement des fonctionnaires. Cette critique est à la mode depuis trois ou quatre décennies. Mettre en avant le secteur marchand et dénoncer la fonction publique comme immorale est une vieille stratégie du capitalisme. Toutefois, les Français, quand ils sont hospitalisés, ne ressortent pas convaincus que les fonctionnaires sont si nombreux que cela.

Derrière cette dénonciation, il s’agit de nier le bien commun que représente la fonction publique tant dans les soins que dans l’instruction. Ajoutons que si notre fonction publique est aussi perturbée, il n’est pas impossible que la stratégie du chaos soit à l’œuvre pour la détruire.

Pour quelle raison le secteur marchand veut-il la disparition de la fonction publique en avançant un pourcentage énorme d’embauches ? Parce qu’elle freine la mainmise globale du secteur marchand avec sa prétendue Providence déguisée en « main invisible » sur la société. Quand le secteur marchand conteste la réalité du bien public, quand il tente d’imposer une vision de la loi garantissant uniquement la liberté des échanges, il vise le saccage des solidarités anciennes. Quand il dénonce l’irresponsabilité des fonctionnaires, il n’admet pas qu’ils le contrôlent. Quand il peste contre l’assistanat, il peste contre lui-même, car qui a réduit en miettes les protections d’hier, les protections au sein de la communauté au profit de la marchandisation de la protection ?
Le secteur marchand rêve d’un oxymore : une fonction publique privée. À son service.

Mais il n’est pas stupide, il sait en même temps que c’est une posture.
Sans une fonction publique qui maintient un niveau de chômage acceptable, sans un assistanat juste suffisant pour éviter une révolte, qui serait rudement bousculé, voire condamné à disparaître ?
Le recrutement dans la fonction publique permet de corriger les déséquilibres introduits dans la société par le secteur marchand, d’atténuer les détresses qu’il produit, la casse qu’il cause dans le tissu social.
Sans la fonction publique, le secteur marchand s’écroulerait. Ajoutons à ce retardement de l’écroulement, le bénévolat dont l’État use et abuse. Sans la fonction publique et le bénévolat, l’ère marchande du vide composée de narcissiques immatures serait liquidée parce que devenue trop liquide.

Le secteur marchand, par l’ampleur qu’il a prise, est une des causes –peut-être la principale– de la décadence occidentale.
En faisant de l’argent, de la marchandise, de l’échange rémunéré, les seuls critères de relation, il a sacrifié l’homme devenu entre ses mains (pas tout à fait invisibles) un instrument, une masse, du bétail. Des homoncules interchangeables.
C’est cette déshumanisation qui s’affiche dans toute sa crudité aujourd’hui. Hier, la fin de toute action était la cohésion sociale. Elle justifiait les dépenses, la mise à contribution du dispositif économique.

Alors préservons certes un secteur marchand dont l’utilité n’est pas niée, mais revenons surtout à une société à dimensions humaines, une société déliant l’être du marché, refusant les leçons de morale sur le mal français.

Marcus Graven

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26 Commentaires

  1. Vous pouvez ajouter que la France pèse à peu près 5 % de l’activité mondiale, et représente 25 % des transferts sociaux mondiaux !

  2. Il y a des fonctionnaires qui servent à quelque chose (pompiers, profs, police/gendarmerie, hôpitaux, transports publics, armée, sécu, FPT…) et toute une palanquée qui escortent les copains/coquins titulaires de postes inutiles (préfets hors cadre, ambassadeurs divers et variés du climat, du SIDA, des pôles, CESE, etc…) Et, quand on parle de diminuer le nombre de fonctionnaires ont supprime des profs, des infirmiers, des policiers, etc.pas très bien payés et on garde tous ceux qui ne servent pas au Peuple Français mais perçoivent des salaires astronomiques.  » En même temps  » on vend nos fleurons industriels à l’étranger. Avec le pseudo réchauffement climatique, il nous restera l’élevage…de dromadaires.

  3. Romancier, vous êtes ? Continuez ! « Roman à l’eau de Rose socialiste » !
    Les chiffres sont là que vous ne voulez pas voir ! Relisez !
    La Fonction publique « emmerde les Français », contrôle, normes, nombre, donc coût !
    Le Régalien s’enfonce dans les détails, l’essentiel est négligé. (E.N. Armées…).
    Privilèges (salaires, retraites, carrières, etc..). « Sublimation percutante de Drûcker » !
    Le « Marchand » s’épuise à suivre ces dogmes étatiques.
    Part de l’industrie divisée par 2 en 2O ans dans le PIB. (vous connaissez ?).
    Mondialisation ? Tous livreurs de pizzas ! NUL !

  4. Stratix

    Tout à fait ! ; c’est la voie du bons sens basée sur les réalités.

    Par exple, depuis 15 ans (à peu près), le mouvement est lancé : les entreprises et les particuliers TELEDECLARENT ET TELEREGLENT en masse alors qu’avant les services des impôts SAISISSAIENT eux-mêmes les déclarations papier et ENCAISSAIENT les chèques. C’était énorme !
    Avons-nous constaté une réduction du nombre de fonctionnaires ?

    NON !

    Il faut dire aussi qu’il y a les « POTENTATS LOCAUX » qui soignent leurs électeurs et savent vivre grand train avec les deniers publics… C’est tellement facile.

    Petit rappel : la cgt a perdu sa place de numéro 1 sauf dans la fonction publique…

    Je partage les 12 premiers commentaires qui vont tous dans le même sens et n’ont pas le point de vue de l’article.

  5. Vous pouvez dire ce que vous voulez, la fonction publique est une catastrophe sur le plan du rendement du travail, sur le non-travail, sur l’absentéisme.
    L’exemple qu’on peut donner des fonctionnaires qui font leur boulot ne peut masquer la kyrielle de ceux qui glandent.
    On ne peut pas passer sous silence l’armée des ombres des syndicalistes professionnels sortis des effectifs.
    Les « petits » fonctionnaires ne peuvent pas cacher les « hauts » qui pompent les finances de l’état en toute impunité.
    Et on ne peut pas mentir sur les avantages du système de retraites payé par les cotisants du privé.
    Alors, cessez vos salades, çà ne prend plus.
    J’attends un TRUMP pour entamer le nettoyage généralisé.

  6. Il est temps de dégraisser le mammouth: sur les 6 millions de fonctionnaires il y en a environ 3 millions qui font des papiers ( bureaucratie) ou qui sont inutiles .En simplifiant, en informatisant, en supprimant 80% des normes et lois ridicules,on peut se passer de 2 millions de fonctionnaires. Pour les 3 autres millions il faut baisser l’absentéisme et les mettre aux 40 heures/semaine. Cela permettrait enfin de réduire fortement les impôts et de redonner du pouvoir d’achat.

  7. C’est le secteur marchand qui entretient le secteur public. Une meilleure gestion des fonctionnaires un assainissement de la fonction publique drastique doit être mise à l’ordre du jour. Même régimes de retraite pour tout le monde. ….

      • Mais l’argent des impôts, il vient d’où à la source, à la base : du secteur productif ou marchand si l’on préfère…

    • Morrigan, ce sont nos impôts qui financent le secteur public.

    • Tout détruire ? Non et non ! Une diminution importante : oui, mais en repensant chaque secteur. De plus en plus de monde dans le secteur public comme c’est le cas actuellement ce n’est pas pensable et inadmissible. Les fonctionnaires et l’ensemble du secteur public sont payés par nos impôts et nos cotisations durant leur activité et également pendant toute leur retraite car leurs cotisations ne suffisent pas. C’est en partie à eux que la dette de la France enfle et n’a pas finie de s’amplifier.

  8. Nous avons autant de fonctionnaires que le Japon, deux fois plus peuplé et qui ne semble pas pour autant sous-administre.

  9. « Le secteur marchand, par l’ampleur qu’il a prise, est une des causes –peut-être la principale– de la décadence occidentale. »
    Ceci est une contre-vérité flagrante. Car dans nos sociétés occidentales la part du secteur public dans l’économie n‘a cessé de croître au détriment du secteur privé.
    En France on passe de 10% avant 1914 à 55% de nos jours. Ce n’est pas le libéralisme qui progresse en France, c’est le communisme!
    Une bonne définition du communisme : c’est quand tout le monde (ou presque) est fonctionnaire.
    Le secteur marchand est celui de la liberté de choix. Le secteur public est celui de la règlementation et de la contrainte, il propage l’absence de liberté. Retenons quelque chose de l’effondrement de l’URSS, bon sang!

    • Savinien

      Bien dit. Je souscris totalement.

      J’ai vu hier une vidéo d’Etienne Chouard face à Olivier Delamarche.
      Ce Chouard est un idéologue « furieux » qui veut se donner une apparence, un vernis d’homme raisonnable qui réfléchit… A un moment de chauffe, il a dit : « on devrait tous être fonctionnaires… » puis il a essayé de se rattraper…!
      Entre autres perles et délires qu’il a vociférés…

      GORBATCHEV avait dit : « le dernier pays communiste au monde c’est la FRANCE… ».
      Malheureusement, ce n’était pas une boutade !

  10. Soyons francs… la fonction publique a été inondée de cafards islamisés ces 40 dernières années. Des millions d’emplois fictifs destinés à acheter la paix sociale et civile.

    Les entreprises privées ne peuvent pas embaucher d’animaux sous peine de mettre la clé sous la porte. L’état lui, peut claquer des milliards en pure perte, nous dépouiller du fruit de notre labeur pour nourir cette masse de cafards musulmans inutiles et nuisibles, mais destinés à nous remplacer…

    • Vous avez raison, je l’ai oubliée celle-là dans ma remarque plus haut : l’islam.
      Un exemple, allez à la sécu ou à la CAF. La salle d’entrée est pleine d’afro-arabo-muz. C’est le maghreb ! Mais l’horreur n’est pas que dans la salle, derrière les comptoirs c’est kif kif !
      Partout c’est pareil dans les administrations, l’envahissement est visible. Même chez les flics, leurs représentants syndicaux sont des martiens.

  11. « Le secteur marchand, par l’ampleur qu’il a prise, est une des causes –peut-être la principale– de la décadence occidentale. »
    -c’est tout le contraire ; plus tu as de fonctionnaires plus tu acquiers de soumis/ candidats tombant dans le syndrome de stockolm, à la politique unilatérale de l’état vu que le fonctionnaire vote, reconnaissance normale, en faveur de celui qui lui permet de vivre et non en fonction d’une vie de travail confrontée à la bataille économique permanente (vie réelle); -si un fonctio vote ouvertement contre l’idée dominante indiquée par l’état, son action entrainera la précarisation de sa position sociale ; exemple le plus frappant ; le chef meteo d’une chaine d’état viré pour avoir édité un livre contestant le catastrophisme climatique.

  12. L’article tente de noyer le poisson. Le pb reste évident.
    Le coup de l’infirmière, du pompier, du policier, on connaît!
    Le coût de n/fonction publique est exorbitant notam. celui de la bureaucratie :
    travaux inutiles (peigner la girafe), organismes inutiles, etc. (faudrait arrêter la logorrhée législative, la surproduction de textes par les politicards. Mais activité « noble », pépère d’où cette l’inflation préjudiciable ; au lieu de faire autre chose).
    A prestations identiques, le coût devrait baisser de l’ordre 25%, peut-être+!
    C’est pas le secteur marchand qui critique mais les citoyens. On pt chanter les louanges du secteur public: ça ne changera rien au pb.
    De+, pourquoi garder 2catégories de salariés public/privé.
    « Ts les citoyens naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

  13. Comme le dirait Charles Gaves, chaque création de fonctionnaire créé également trois chômeurs. Je suis fonctionnaire, mais aussi fils d’entrepreneur, alors j’ai vu les deux côtés de la barrière, et je penche en faveur de Charles Gaves. Oui, c’est clair et net nous avons trop de fonctionnaires. Oui les taxes que les Français paient sont trop lourdes, mais c’est davantage à entretenir politiques et fonctionnaires inutiles (parce que oui, il y’en a qui sont utiles, policiers, enseignants, personnel hospitalier), associations, ect. Je gage que si on éliminait tous les parasites sociaux du député qui ronfle à l’Assemblée jusqu’au resquilleur de la CAF il y’aurait soudain énormément de moyens pour les fonctionnaires et qu’on pourrait largement baisser les taxes, toutes les taxes.

  14. Il n’est pas question de se passer de la fonction publique, mais simplement de faire un benchmark avec les autres pays d’à peu près le même niveau que la France. De plus, il est évident qu’en particulier au niveau départemental on constate tous les jours des pléthores de fonctionnaires qui ne font « en fait » que sous-traiter les boulots qu’ils devraient faire eux-même, ce qui en définitive double le coût de la prestation.
    Il nous faut des fonctionnaires, moins nombreux, plus disponibles au PUBLIC, plus compétents et ayant le sens du Service, ce qui est peu le cas. moyennant quoi ils devraient être bien mieux payés
    (pour info, un prof débutant en Suisse gagne plus de 4800 FS par mois, mais ç’est certain qu’on lui demande « plus » qu’en France)

    • D’accord avec vous. Mais pour la comparaison avec la Suisse, attention !
      La vie est plus chère et se soigner coûte un bras et plus : c’est une horreur.
      (exemple d’un proche qui vient de passer plus de 4 ans à Genève et dont je connais bien les comptes en détail).
      De toute façon on n’a pas besoin de la comparaison.
      On doit réduire cette fonction publique et changer son état d’esprit.

  15. Il faut une fonction publique efficace et compétente,ce qui est loin d’être le cas de la notre. Nous sommes sous gouvernés et
    sur-administrés.

  16. Le problème de notre fonction publique est qu’elle fonctionne de plus en plus pour elle même et non pour l’intérêt général,qu’elle est de plus en plus inefficace et bureaucratisée, qu’elle gaspille l’argent prélevé par les impôts,qu’elle est complètement politisée ( à gauche toute) et donc non représentative du peuple,qu’elle est dirigée par une caste de hauts fonctionnaires dangereux, qu’elle travaille de moins en moins etc…Le secteur marchand se réforme et le public est figé : cela ne peut durer .

    • Je comprends qu’il y a une restructuration à faire dans la fonction publique, il faut supprimer des fonctionnaires :ça coûte un pognon de dingue pour la société mais tout c’est gens utile ou inutile, il devienne quoi, et ceux qui on du mérité au service des citoyens du jour au lendemain qui vont ce retrouve sans emploi on leur propose quoi vue qu’il faut dégraissé. (

      • Les masses énormes d’argent qui seraient ainsi rendues disponibles iraient s’investir dans le secteur marchand qui pourrait donc créer des emplois ( investissement= emploi). L’Angleterre l’a parfaitement démontré depuis 40 ans : à chaque fois que la droite vire 500 000 fonctionnaires ou plus il y a 2 fois plus de créations d’emplois dans le privé.

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