Déferlante Macron, mais ensuite ?

Le mot le plus couramment employé pour caractériser le résultat des candidats d’En Marche au premier tour des élections législatives est « déferlante ». Effectivement, avec plus de 400 députés annoncés pour dimanche prochain, c’est impressionnant. On tutoie les records de l’Assemblée godillot élue après les événements de Mai 68, où les 31 députés de Paris se réclamaient du Général de Gaulle. Sauf que, cette fois, on est dans ambiguïté gauche-droite. Or, qu’on le veuille ou non, le clivage existe toujours au niveau des conceptions de la société, même s’il ne se traduit pas par une action politique différente. De bons esprits, des deux côtés, ou aux quatre coins maintenant, le soulignent.

La passation de pouvoirs entre les deux Premiers ministres, le sortant et le nouveau, a ainsi donné lieu à un dialogue courtois et savoureux, Bernard Cazeneuve disant à Edouard Philippe « Il ne vous a pas échappé que j’étais un homme de gauche » et le nouveau locataire de Matignon lui répondant à peu près : « Cher Bernard, il ne vous a pas échappé que j’étais un homme de droite, ce qui n’empêche pas, etc. ». Je crois me souvenir que la suite parlait de respect et d‘estime mutuels… et de l’inévitable communion dans les valeurs républicaines. Autre exemple, des caciques socialistes, même ralliés à Emmanuel Macron, n’hésitent pas à dire « le Parti Socialiste est mort, mais les idées socialistes sont toujours vivantes dans une grande partie de l’opinion ». La plupart n’osent pas dire « les idées vraiment de gauche », mais c’est implicite, de même que la critique de la politique de François Hollande pendant ce dernier quinquennat.

Au fond, Emmanuel Macron et En Marche! n’ont fait qu‘officialiser l‘UMPS, en faisant élire ses tenants sous la même étiquette et en laissant de côté les rebelles ; que ces rebelles soient des Républicains vertébrés, des Gauchistes utopistes, ou des Patriotes identitaires et souverainistes. Le bon sens paysan dirait « ça devait arriver ». Les scientifiques diraient « on observait, depuis un certain temps, un phénomène de surfusion » ( la surfusion est un état où un corps chimique à l’état liquide reste paradoxalement liquide alors que sa température est inférieure à son point de solidification. Alors, si on  introduit un cristal de ce corps dans ce liquide, il se cristallise et se solidifie instantanément ). Le cristal s’appelait Macron. Certes, il a bénéficié du légitimisme qui veut qu’on donne au président nouvellement élu une majorité pour gouverner. Mais, s’il est arrivé au bon moment, et il n’y a pas de grands hommes qui ne soient arrivés au bon moment, il faut reconnaître qu’il possède personnellement un impact médiatique exceptionnel, et qu’il a bénéficié, de la part des milieux d’affaires et de la plupart des médias, d’un soutien tout aussi exceptionnel. Sans compter l’heureux hasard de réunions ( OTAN, G7, réception de Poutine à Versailles ) qui lui ont donné illico une stature internationale. Mais, comme demandait Napoléon avant de promouvoir un colonel au grade de général  « A t-il de la chance ? ». Le moins qu’on puisse dire est qu’Emmanuel Macron a été très bien servi en plus de ce côté-là, alors que beaucoup, dont j’étais, pensaient à l‘automne dernier que s’il s’obstinait à refuser de participer à la primaire de gauche, il serait grillé, toute la gauche l’accusant alors de créer un candidat de gauche en plus, ce qui ferait automatiquement du deuxième tour de la présidentielle un duel entre le candidat LR-Centre et la candidate du Front National, dont le résultat était écrit d‘avance. Quelques grains de sable ont grippé cette mécanique… Malgré tout, n’oublions pas qu’un peu plus de 30%, score des marcheurs le 11 juin, avec un peu moins de 50% de participation, ça ne fait jamais que 15% des inscrits. Soit un Français sur sept. Si déferlante il y a, elle s’est formée en eau peu profonde. Tout est relatif, comme disait Einstein !

La question que je me pose tout de même est de savoir si cette UMPS rebaptisée En Marche! est durable. Je pense qu’au lendemain du 18 juin, elle sera renforcée, état de grâce aidant, par quelques opportunistes. Il ne manquera pas en effet de Centristes (je ne parle pas du MODEM, rallié depuis le début, mais des UDI ) « constructifs » et de certains LR tout aussi constructifs, style Raffarin, NKM ou Juppé, pour soutenir le président. Ces ralliements opérés, les rebelles devraient résister. Sous la direction de trois figures de proue, à mon avis. Je vois dans ce rôle, pour LR, Laurent Wauquiez, dont je regrette beaucoup pour cela qu’il ne se soit pas présenté aux législatives et qu’il ait préféré son poste de président de région.

C‘est un homme de haute stature intellectuelle, de convictions bien ancrées et qui sait accrocher l‘électeur de base, en qui j’ai bien plus confiance qu’en François Baroin, bizarrement et malencontreusement choisi par Nicolas Sarkozy pour piloter la campagne législative de LR. Il est vrai que Sarkozy ne pouvait pas choisir son autre chouchou, Gérald Darmanin : il était déjà devenu ministre de Macron ! Autre figure de proue évidente : Marine Le Pen, qui sera certainement députée française dimanche, peut-être secondée comme Vox Populi par l’excellent Gilbert Collard, à qui j’espère bien que la femme torero Marie Sara (encore un choix désopilant de la commission d‘investiture d‘En Marche!) ne réussira pas à porter d’estocade, et le calme et rassurant Louis Aliot, Et bien sûr Jean-Luc Mélenchon, tribun aussi tonitruant qu’utopiste, mais qui aura eu le mérite de nettoyer Marseille d’un représentant caractéristique du socialisme phocéen et de ses turpitudes. Même si, pour la logistique, il est plus confortable d’être quinze et d’avoir un groupe, point n’est besoin d’être 200 députés à l’Assemblée pour avoir un impact.

Quelques grandes voix qui portent, et sont portées par de « bons clients » des journalistes, y suffisent.  Alors apparaîtra l’hétérogénéité fondamentale du groupe des députés marcheurs. Certes pas sur l’immigration et le libre échange. Sur ces points, ils seront tous d’accord pour la destruction de l’identité de la France par une immigration encore plus massive, pour la disparition de notre tissu industriel, que les réformes du droit du travail et les petits boulots ne suffiront pas à endiguer et pour l‘étranglement de nos agriculteurs, secteurs productifs tous confrontés au dumping social des concurrents étrangers et à la frénésie normative qu‘on leur inflige, sous la pression de tous les lobbies, bruxellois ou non, sécuritaires, écologiques, certificateurs, etc.  Mais, par contre, quid de ces réformes visant à détricoter, sinon à détruire, le Code du Travail ? Je ne vois vraiment pas les députés macronistes issus de la vraie gauche soutenir des réformes économiques et sociales marquées du sceau d’un Premier ministre et d’un ministre de l’Economie résolument de droite à ce point de vue. Surtout quand les syndicats, menacés dans leur survie (la primauté des accords d’entreprise sur l‘accord de branche et la remise en cause du financement des syndicats par une multitude d’organismes sociaux ou de formation professionnelle, résultat des accords entre de Gaulle et le PC en 1945, sont dramatiques pour eux), joueront leur va-tout dans la rue. Ces députés issus de la vraie gauche mais ralliés à Macron défileront-ils avec la CGT ? Macron, aura, à son tour, ses frondeurs. Mais lui, au moins, aura l’excuse d’avoir, contrairement à Hollande, annoncé la couleur pendant sa campagne présidentielle ! S’il est bien dans les sondages, il dissoudra. Quitte ou double jouable mais risqué. Car une Assemblée Nationale élue après dissolution aurait un an devant elle pour acculer le Président à la démission.

En attendant, je souhaite, pour dimanche, à tous les lecteurs de RL et à tous les Patriotes, le résultat le moins attristant et le moins démotivant possible. La vie continue. Le combat pour notre identité, notre prospérité et notre liberté aussi.

Eric Lhullier

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5 Commentaires

  1. « Au fond, Emmanuel Macron et En Marche! n’ont fait qu‘officialiser l‘UMPS » : et voilà ; je le dis depuis toujours, la vérité sort de la…plume des scientifiques.

    C’est ici la première phase de la démonstration de la validité du programme du FN. Il n’y a aucune raison de s’affoler, on n’avait aucune chance de gagner, mais on n’aura aucune chance de perdre la prochaine fois, parce que tout ce quinquennat servira à Macron à foutre la France en l’air, ce qui était inévitable, et à nous servir la prochaine élection sur un plateau ( qu’il faudra absolument mettre à profit pour faire savoir à tout le monde ce qu’est l’islam et que ce sera la guerre ou la charia sans autre alternative ).

    Il suffit d’attendre que les fruits de l’imposture Macron tombent d’eux-mêmes de l’arbre dans nos mains.

  2. Déferlante Macron, mais ensuite ?

    Ensuite, mon cher Monsieur, ce sera l’enfer… il y aura des pleurs et des grincements de dents… vous verrez que le beau gosse descendra rapidement très très bas dans les sondages… Mais cela ne changera rien, puisqu’il aura les pleins pouvoirs (majorité absolue) pour 5 ans, et en 2022, le système refilera à ce peuple crétin un autre candidat du même acabit

  3. Question d’avenir :

    – Où fuira cette fois-ci le gouvernement Macron de la France occupée?

    • C’est ça! Pour le moment on est en démocrature. Bientôt on basculera en dictocratie (fin du règne du président Macrotte) et après la dictature sera installée ouvertement. Elle se met en place tout doucement depuis déjà quelques années. Nos amis rédacteurs à la « faschosphère » ici ou ailleurs en savent quelque chose.

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