Délit de faciès

Un pêcheur de truites averti jouera plus volontiers de la canne en eaux vives plutôt que dans les eaux placides d’une mare aux canards. Sans doute une question d’expérience, d’efficacité et de bon sens. Quand il s’agit de contrôles aléatoires, capuches et joggings tiendront mieux leurs promesses de quotas d’interpellations que les cheveux mauves de mamies à caniches qui ne dissimulent que rarement des pains de haschich ou des pains d’explosifs dans leurs cabas à roulettes en tissus écossais débordants de poireaux. Pour une fois qu’une catégorie de nos fonctionnaires recherche l’efficience, on ne doit pas les freiner dans un si bel élan.

On peut cependant admettre qu’il soit lassant, voire humiliant, quand on est exempt de toutes fautes, d’être contrôlé plusieurs fois par jour… quand bien même cela serait effectué avec le plus grand respect. Les minorités visibles le sont probablement plus que d’autres. Mais selon quels critères ? Pas seulement la couleur de la peau ou l’origine supposée… peut-être une question d’allure, d’aspect général, d’intuitions de gardiens de la paix patrouillant en paisibles missions de maraudes mais non pas, comme on nous l’a chanté, en agressives battues de chasses au Théo, pistolets dégainés et matraques télescopiques brandies pour des viols fantasmés.

Une fausse bonne idée progressiste : pouvoir produire, en tant que sauf-conduit, un récépissé issu d’une vérification antérieure. En effet d’aubaines, ce serait aussitôt utilisé par d’astucieuses racailles : Yo ! M’sieur l’policier, z’avez pas l’droit d’me fouiller ! J’l’ai déjà été y’a six semaines… Tenez, j’ai l’répitsisi, le répécissé… lâchez-moi un peu ! Ça m’embrouille la tête, vos trucs de bouffons ! Ch’suis quand même un céfran. Z’avez qu’à vous y faire ! Au fait, votre matricule, siouplaît !… Sinon, j’téléphone à Toubon.
Que voulez-vous, l’habit fait le moine ; pour le moins signalait jadis son appartenance à une obédience régulière : bernardin, cistercien, bénédictin… maintenant défroqué en un jogging taille basse laissant apparaître l’élastique du boxer quand ce n’est pas l’amorce d’une jolie raie au milieu.

Alors, comment s’indigner de s’entendre demander le tarif quand on se promène avec lenteur et langueur sur talons aiguilles, habillé en string paillettes, tenant d’une main un porte-cigarette et de l’autre une laisse prolongée par un bichon permanenté !
Et comment s’offusquer de s’entendre demander ses papiers quand on rôde déguisé en panoplie de voyou, une grosse chaîne d’or autour du cou, une casquette à l’envers soulignée d’un regard noir et accompagnée d’une gestuelle saccadée sur un rythme de rap !

Ce ne sont pas que des délits de sale gueule mais, a minima, ce sont d’évidentes fautes de goût ! Un plaisir pervers de provocations inutiles. Quand on veut s’identifier à un groupe pour s’exclure des autres, on s’évertue à afficher ses attributs, fussent-ils ridicules. Si on se contentait d’adopter un look de dandy, d’élégante « beau cul belle gueule » ou de hypster à la barbe bien taillée, il y aurait peu de chances que l’on s’expose à des palpations dégradantes… tout au moins provenant de la force publique.
Que les honnêtes gens s’habillent comme des Romains à Rome et se comportent comme il se doit en usages de bon aloi et ils seront reconnus en tant que tels ; car quand on se la joue, il faut accepter de devoir parfois payer le prix d’un petit jeu malsain.

Frédéric Sahut

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7 Commentaires

  1. J’ai souvenir d’un reportage, il y a quelques années, sur un groupe de policiers faisant (déjà), la chasse aux clandestins illegaux. Vous noterez le pléonasme ! Il leur était reproché de contrôler au faciès. En meme temps, il est connu que les fameux migrants sont tous de type caucasien, voire nordique. À l’époque, on marchait déjà sur la tête, et ce n’était qu’un prélude à ce qui se passe aujourd’hui.

  2. Quel est le français bien blanc qui refuse les contrôles ??? Pratiquement aucun. Qui fait des attentats, des guérillas urbaines, des assassinats de blancs, foncent sur les policiers ? Dans certaines prisons il y a environ 85 % de maghrébins, de noirs. Lorsqu’il y a des contrôles c’est à la suite de délits commis par certains. Alors quoi ?

  3. Délit de faciès à l’égard d’une certaine communauté ? Pas pendant le confinement à en juger de la paix royalement laissée aux populations exotiques de certains quartiers ! En revanche ce délit s’est beaucoup exercé à l’encontre des Européens et Asiatiques !

  4. Quand on s’habille comme une racaille, on est perçu et traité comme tel…

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