Délivrons les musulmans du discours de Dounia Bouzar

Publié le 19 mars 2008 - par - 578 vues
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Il y a quelques semaines est venue à Paris Ayaan Hirsi Ali, une des femmes les plus courageuses qui soient à l’heure actuelle en Europe. Elle est venue demander à la France, le pays des droits de l’homme et de la libre autocensure, la protection et la nationalité. A l’heure où même Zacharias Moussaoui est Français, je ne sais plus si c’est encore un honneur d’être Français, comme l’a pourtant magnanimement déclaré Ayaan Hirsi. Répondre à sa requête serait tout de même un moyen de montrer que la République n’a pas totalement oublié ses valeurs fondamentales, et qu’elle se rappelle encore qu’en être citoyen, c’est les respecter, fut-on né en Afrique noire.

Le passage à Paris d’Ayaan n’a pas manqué de déclencher des passions, notamment du côté des bien-pensants néo-munichois. Sur le plateau de Duel sur la 3, Ayaan a déclaré sans ambages « L’islam est incompatible avec la démocratie ». C’est le message qu’elle martèle avec conviction, courage et humour depuis six ans, et c’est pourquoi tous les agélastes enturbannés veulent la réduire au silence. Elle ne se bat pas simplement pour la laïcité, mais contre l’islam. Ayons le courage de ne pas déformer son message, Monsieur Val. Ayaan Hirsi veut libérer les musulmans de l’islam !

Sur le plateau de la Trois, un François Bayrou qui ratissait large, n’a pas manqué de réagir à la ferme déclaration d’Ayaan, en disant que « le christianisme aussi, il y a trois cents ans, était incompatible avec la démocratie ». Comme si c’était un contre-argument ! Monsieur Bayrou, on s’en fout complètement de l’incompatibilité du christianisme d’il y a trois cents ans avec la démocratie d’aujourd’hui. Ayaan parle de l’islam d’aujourd’hui, pas de celui qui existera peut-être dans trois siècles !

Qu’est-ce que cela peut nous faire si l’islam sera enfin compatible avec les valeurs de la république quand nous serons morts depuis longtemps ? Le problème que soulève Ayaan est celui de l’incompatibilité présente entre l’islam actuel et la démocratie actuelle. Monsieur Bayrou, et tous ceux qui reprennent ce pseudo-argument, ne font qu’éluder le problème : ils ne veulent pas voir l’islam d’aujourd’hui, mais celui qu’ils fantasment, et qu’ils aimeraient voir enfin exister : l’islam démocratique.

Dire que le christianisme d’il y a trois siècles était aussi incompatible avec la démocratie, n’excuse pas l’islam de l’être aujourd’hui. Ce n’est pas parce que la démocratie a eu des problèmes avec d’autres religions qu’elle n’en a pas avec celle-ci ! Remettons les choses à l’endroit, Monsieur Bayrou : si vous faites ce parallèle, vous reconnaissez en effet que l’islam est arriéré ! Si vous faites ce parallèle, vous avouez en fait que l’islam d’aujourd’hui est comme le christianisme d’il y a trois siècles : fanatique, fermé et dangereux pour la république.

La réaction la plus hallucinante à la visite d’Ayaan, à part celle des « indigènes de la république », qui seront toujours hors concours en ce qui concerne la bêtise et la mauvaise foi, a été celle de Dounia Bouzar, publiée dans Le monde d’aujourd’hui 15 février. Le quotidien présente l’auteur de l’article comme une « anthropologue du fait religieux, et ancienne membre du Conseil Français du Culte Musulman. »

Je vais essayer de commenter les passages les plus hallucinants de ce texte indigne, qui ose s’intituler : « L’erreur d’Ayaan Hirsi Ali ». Le ton est donné dès le premier paragraphe : « Ayaan Hirsi Ali ne le fait certainement pas exprès, mais elle renforce le pouvoir des terroristes en présentant l’intégrisme comme le produit de l’islam. Que la France la protège est naturel, mais que la France l’écoute serait contre-productif pour la sécurité ! Accuser ou défendre l’islam n’est plus le thème du débat. L’urgence est de combattre ce processus d’extension externe et de purification interne – puisque les premières victimes sont musulmanes. Comment affaiblir l’intégrisme ? Là est la vraie question. En le présentant comme l’application littérale de l’islam, Ayann Hirsi Ali valide la définition de l’islam des intégristes et sacralise les propos de ces illuminés. »

J’ai une précision à faire à propos de l’intégrisme. Si chrétien intégriste veut dire un chrétien qui prend la Bible à la lettre, musulman intégriste doit vouloir dire un musulman qui prend le Coran à la lettre. Dites-moi, connaissez-vous un musulman qui ne prenne pas le Coran à la lettre ? Connaissez vous une tradition musulmane qui pratique, que dis-je, qui autorise la lecture non littérale du Coran ? Si on considère qu’intégriste veut dire littéraliste, musulman intégriste, c’est un pléonasme. Mais passons.

Cette anthropologue du fait religieux considère péremptoirement que le débat même que veut ouvrir Ayaan Hirsi au risque de sa vie est clos : il ne d’agit plus « défendre ou accuser l’islam ». Il faut combattre l’intégrisme. Point final. Nous voilà revenus d’une manière autoritaire aux poncifs lénifiants dont tous les bienpensants nous rabattent les oreilles depuis des années : il existerait quelque part un islam pur, indubitablement bon, qu’il ne s’agit plus ni d’accuser ni de défendre, et que les méchants intégristes ont détournés à des fins personnelles.

Vouloir ouvrir ce débat, oser dire que l’islam et l’islamisme c’est la même chose, c’est aider les terroristes, pire encore, dit notre anthropologue « Cette position est grave de conséquences. D’abord, cela parasite le traitement du phénomène, puisque ceux qui respectent le sacro-saint principe de liberté du culte vont nier ce phénomène et vont accepter n’importe quoi pour ne pas avoir le sentiment de devenir « islamophobes ».»

Non, Madame Bouzar, au nom de la liberté de culte on ne va pas nier ce phénomène. Car il y a d’autres libertés à part celle du culte, il y a la liberté d’expression, la liberté de disposer de son corps, la liberté de conscience, la liberté de mouvement. La liberté de culte n’est pas sacro-sainte ! Non, Madame Dounia Bouzar, on n’acceptera plus n’importe quoi pour ne pas avoir le sentiment de devenir « islamophobes ». On ne tombera pas dans ce chantage-là. L’islamophobie n’est qu’une arme rhétorique forgé par les séides de Khomeini, un mot malhonnête et dépourvu de sens, dont le seul objectif est de faire taire tout débat sur l’essence de l’islam, exactement comme vous voulez le faire avec votre article sur Ayaan Hirsi ! Une phobie est une peur dépourvue de raison, alors que l’islam et ses fidèles nous donnent beaucoup de bonnes raisons d’en avoir peur. Ce n’est pas la peur de l’autre, c’est la peur de la haine de l’autre, de la haine des femmes, de la violence ritualisée, de l’endoctrinement des enfants, de l’antijudaïsme et de l’antichristianisme systématique du Coran. Non, on n’a pas une phobie de l’islam, on a une peur raisonnable. Il existe des êtres qui n’ont pas peur : ce sont des fous ou, comme on dit aujourd’hui, des martyres d’Allah !

Madame Bouzar continue et décolle vertigineusement dans l’absurde : « Lorsque Ayaan Hirsi Ali prétend que la critique de l’islam combattra l’intégrisme, elle se trompe encore. Les intégristes n’ont que faire des discussions théologiques. Ce qui les intéresse, c’est de faire dire à l’islam ce qu’ils ont envie qu’il dise. Si un autre moyen leur procurait de la toute-puissance et de l’extase, ils l’utiliseraient… Dieu ne les intéresse pas. Ce qu’ils veulent, c’est prendre la place de Dieu. Aucune réforme théologique ne les ralentira. Ce qui les caractérise, ce n’est pas la connaissance religieuse, mais le degré d’aliénation mentale qui règne au sein du groupe. » Madame Bouzar, vous mentez d’une manière effrontée.

Les intégristes n’ont que faire des discussions théologiques ? Et vous êtes anthropologue du fait religieux ? Les talibans n’étaient pas des étudiants en théologie, formés par les universités saoudiennes ? Quatre vingt pourcent des livres vendus dans les pays musulmans ne traitent-ils pas des questions religieuses ? Ne sont-ils tous pas obsédés par les questions de pureté rituelle, ne se demandent-ils pas sans cesse ce qui est haram et ce qui est hallal ? Le wahhabisme n’est pas une école théologique ? La fatwa contre Salman Rushdie n’était pas un « avis religieux » ? Les révoltes contre les caricatures danoises n’étaient pas motivées par le blasphème des mécréants ? Les déclarations de Ben Laden ne commencent-elles pas par des citations du Coran ou de la Sunna ?

Ce qui est ironique, c’est qu’en disant qu’aucune réforme théologique ne ralentira les intégristes, Madame Bouzar avance en quelque sorte que l’islam est irréformable. Car si l’on se souvient comment l’intégrisme catholique a été vaincu en Europe, on voit que c’est par une attaque théologique aussi bien que politique. Sans la charge des humanistes et des Lumières contre le fanatisme catholique, celui-ci ne se serait pas adouci théologiquement. Si le catholicisme est devenu plus chrétien avec le temps, c’est parce que ses fanatiques ont été défaits sur leur terrain : le terrain théologique.

Madame Bouzar continue sa critique d’Ayaan Hirsi en disant qu’il faudrait s’intéresser au processus d’endoctrinement AU LIEU de débattre de la nature de l’islam. Comme si l’on pouvait faire l’un sans l’autre. Comme si on pouvait concevoir un nazisme sans Mein Kampf, un maoïsme sans le Petit livre rouge, un stalinisme sans le marxisme-léninisme. Madame Bouzar, avec quoi endoctrinent-ils les intégristes leurs victimes ? Ne le font-ils pas avec la Sunna, avec les hadiths, en donnant l’exemple de la vie de Mohammed, en leur faisant apprendre par cœur le Coran ? Intéressons-nous au processus d’endoctrinement, allons-y : où trouve-t-on la garantie du paradis pour tout meurtrier au nom d’Allah ? Dans le Coran. Où trouve-t-on l’injonction de tuer tous les infidèles ? Dans le Coran. Où trouve-t-on le fondement de l’inégalité entre l’homme et la femme ? Dans le Coran.

Madame Bouzar accuse ensuite injustement Ayaan Hirsi de « Définir les « musulmans » comme une entité homogène » et de réduire « les individus à leur « dimension musulmane ». » Dans l’émission Duel sur la Trois, Ayaan s’est explicitement gardé de faire ce genre de généralisation. Elle a soigneusement dit que c’est l’islam qu’elle attaque, pas les musulmans, qui sont tout aussi divers qu’un autre groupe humain.

Pour finir, Madame Bouzar écrit « Pour affaiblir les intégristes, la seule solution consiste à leur ôter leur justification : l’islam ! Autrement dit, il y a urgence à définir les critères qui distinguent l’intégrisme de l’islam, afin de le prendre pour ce qu’il est : un vulgaire terrorisme à éradiquer sans état d’âme. Qu’est-ce qui est de l’ordre de la liberté de conscience et de culte (garantie, n’en déplaise à certains, par la Constitution et la loi de 1905) et qu’est-ce qui révèle un dysfonctionnement et du radicalisme ? Les repères sont clairs pour les autres religions, mais pas pour l’islam. »

Je vous souhaite bonne chance, Madame Bouzar, pour définir ces critères. Le monde occidental attend cela depuis des années, un critère pour distinguer l’islam de l’islamisme. Cela fait des années que l’on nous dit que cette distinction existe, et qu’elle est très nette, mais personne ne prend la peine de nous en donner un exposé clair et succinct !

Expliquez-nous, Madame Bouzar, quelle est la différence entre l’islam et l’intégrisme ? Expliquez-nous comment interprétez vous le Verset de l’Epée ? Vous devez le connaître, ce fameux critère de distinction entre l’islam et l’intégrisme, puisque vous dites que les intégristes ne sont que de vulgaires terroristes, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas musulmans. Pourquoi ne partagez-vous pas vos lumières avec nous ?
S’il existait un critère pour distinguer clairement l’islam de l’intégrisme, cela fait des années qu’on l’aurait rendu public. Cela aurait été la meilleure manière de couper l’herbe sous les pieds à tous les fanatiques musulmans, à la fameuse islamophobie dont vous accusez les occidentaux.

Au lieu de cela, depuis des années vous ne faites qu’affirmer cette distinction sans la démontrer. Cela fait des années qu’à chaque fois qu’un attentat terroriste est commis par un musulman, vous vous empressez de dire que ce n’est qu’un terroriste, et pas un musulman. Un « vulgaire terroriste » comme vous dites. C’est la dernière perle intellectuelle de cet article : l’idée d’un terrorisme pur, sans aucune revendication, sans aucune histoire, sans aucun discours, sans aucun sens. C’est votre dernier mensonge, Madame Bouzar : un terroriste a toujours des revendications, il est toujours porteur d’un discours, et d’un sens. Son acte s’inscrit dans l’ordre symbolique avant que d’apparaître dans l’ordre historique.

Ce que vous voulez nous interdire de penser et de dire, c’est que l’ordre symbolique où s’inscrivent ces meurtriers, c’est l’islam. Avec Ayaan Hirsi Ali, je ne l’oublierai pas. Délivrons les musulmans de l’islam !

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