Dénoncer le racisme, c'est dénoncer tous les racismes

Lors du banquet que Jean-Marie Le Pen donnait, le 10 mai 2009, à Marseille, en ouverture de la campagne des «européennes», un membre du Front National a insulté une personne de couleur. La condamnation ne s’est pas fait attendre : 18 mois de prison, dont 3 mois fermes, pour «propos et gestes racistes» à l’égard d’un tiers.
Interrogé, le mercredi 13 mai, sur «Antenne 2», par Olivier Galzi, dans le cadre de l’émission «Les 4 vérités», monsieur Le Pen a jugé la sanction «plutôt lourde», ou encore «excessive». Pour un peu, il en aurait fait un «détail» de la vie quotidienne, oubliant, au passage, que le racisme est la négation de l’humain dans son essence même, et qu’à banaliser le racisme, c’est l’inhumain qu’on banalise.
Qu’est-ce, en effet, que le racisme ? C’est la «théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres» (Petit Robert).
Où est l’erreur ? Dans l’évidence subjective selon laquelle la race dite supérieure ne peut être que la mienne. Et pourquoi donc ? Parce qu’il n’est pas question que je sois infériorisé et dominé par des individus dont les «caractères physiques héréditaires, comme la couleur de la peau, la forme de la tête, la proportion des groupes sanguins, etc.» justifient ma domination à leur endroit !
Le cercle de l’absurdité n’est pas ailleurs ! Mais il y a là plus qu’une absurdité : par le racisme, la violence s’habille de légitimité, et cette légitimité est mortelle : quand le serpent se mord la queue, c’est toute l’humanité qui se dévore !
Et pourtant, l’égalité des races s’impose à la raison. L’humanité, c’est l’espèce. L’espèce comprend plusieurs races, qui sont autant de «variations au sein de l’espèce», comme les couleurs au sein de la peinture. Les races se mélangent : les couleurs aussi ! Quel peintre a jamais dit que le rouge était supérieur au jaune, ou au bleu, ou au vert… ? Ainsi des races et de leur mélange : en créant des dissemblances sur fond de ressemblance, elles rappellent à tout un chacun que c’est toujours de l’homme qu’il s’agit, car l’homme naît de l’homme.
Voilà pourquoi l’homme est «essentiel» et la race «accidentelle». L’essentiel me définit ; l’accidentel me particularise. Il en va de même pour le sexe, qui m’est accidentel puisque j’aurais été l’homme en étant de l’autre sexe ! Autant dire que l’égalité sexuelle donne la main à l’égalité des races, puisqu’un sexe ne vaut que par l’autre, comme un homme ne vaut que par un autre homme. La seule supériorité acceptable en ce domaine est donc celle de la lucidité par laquelle on récuse ici toute supériorité.

Les bien-pensants, qui se font une gloire de condamner Jean-Marie Le Pen, souscrivent à ce raisonnement, et ce n’est pas moi qui vais le leur reprocher. Mais alors, pourquoi ces mêmes bien-pensants ne condamnent-ils que le racisme de Jean-Marie Le Pen ? En d’autres termes, pourquoi ne condamnent-ils que le racisme anti-noirs ? N’y a-t-il pas un racisme anti-blancs ? Qui ne se souvient de la manifestation lycéenne du 8 mars 2005, à Paris, au cours de laquelle des jeunes d’origine africaine et nord-africaine s’en sont pris à des blancs uniquement parce qu’ils étaient blancs ? Qui n’a entendu, ce jour-là, les fameux «face de craie» dont s’enivraient les violents et les cagoulés ? Et quelle fut l’attitude de la bien-pensance sinon de passer par-dessus les témoignages oculaires, les dépositions verbales, les reportages photographiques ou filmés, pour mieux minimiser, voire nier, la nature éminemment raciste de ces insultes et de ces actes ?
Soyons clairs : le racisme, comme le fascisme, doit être combattu, d’où qu’il vienne ! Dénoncer le racisme anti-noirs en taisant le racisme anti-blancs, c’est collaborer, dans l’acception pétainiste du terme, au démembrement de la République – qui pose chaque être humain comme membre constitutif d’elle-même. Tous les racismes se valent donc, quand bien même des imbéciles les poseraient comme inégaux ! Car qu’ils soient égaux ou inégaux, les racismes affirment la même aberration, qui prélude au pire : si les races ne sont pas égales, les droits ne sont pas égaux ; si les droits ne sont pas égaux, la justice disparaît ! Et quand la justice disparaît, la violence prend sa place.
Et c’est facile, puisque l’autre n’est plus une fin en soi, mais un moyen que j’utilise à ma guise. Et c’est facile, puisque la violence coupe court à toute raison. Et c’est facile, puisqu’il n’y a plus à réfléchir !
En refusant de reconnaître la dignité de la personne comme fondement du droit, le racisme refuse de reconnaître l’existence de la famille humaine dans ce qu’elle a d’inaliénable, et conduit finalement à la révolte contre lui-même, c’est-à-dire contre la tyrannie et l’oppression !
L’humanité regorge de régimes politiques de cet ordre. C’est très exactement cet ordre que nous rejetons.
Maurice Vidal

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