Départ d’Hervé Kempf : la faillite morale du Monde de Bergé-Pigasse

Hervé Kempf quitte Le Monde et explique, en un long développé, pourquoi.

http://www.rue89.com/2013/09/02/herve-kempf-quitte-monde-dit-avoir-ete-censure-245363

Certes, ce n’est pas la première fois qu’un journaliste fait jouer la clause de conscience pour se libérer d’un carcan jugé par lui trop serré. Mais venant d’un professionnel chevronné, rompu aux rites et aux coutumes du milieu, l’affaire vaut que l’on s’y intéresse.

Quelles que soient les opinions politiques des uns et des autres, Le Monde, placé sans états d’âme au centre-gauche par son fondateur Hubert Beuve-Méry, a représenté, depuis sa création, le lieu où l’information rejoignait l’opinion dans une cohérence forçant le respect. Ouvert à tous, disposant d’un réseau de correspondants et d’envoyés spéciaux en tous points comparable à celui des grands journaux des nations libres, le quotidien à longtemps tracé sa route, imperturbable, au milieu des secousses, des crises externes ou internes et des convulsions de la planète. Dans ses pages coulait la rivière des faits, relatés au soir le soir par une armée de collaborateurs dévoués. Ces temps-là sont révolus.

Annoncée par des soubresauts intérieurs et des affrontements plus ou moins violents pour le pouvoir, la faillite morale du journal s’étale aujourd’hui au grand jour. Sa prise à la hussarde par des agents avérés du pouvoir socialiste met un point final à une lente et continue dégénérescence, éclairant l’étape ultime de son agonie : le passage de la neutralité à l’influence, puis de celle-ci à la pression directe sur une rédaction et sur un lectorat désormais tenus de touiller ensemble la bouillie infâme que l’on nomme propagande.

Il appartient maintenant aux gens lucides de faire la part des choses entre liberté et censures diverses, et de décider s’ils continuent ou non à cautionner la dérive du géant devenu nain. Monsieur Kempf montre une voie pour que la presse demeure libre quelque temps encore en France. Souhaitons-lui bonne chance sur la Toile où tout est encore possible y compris l’excès mais là encore, c’est à l’intelligence du public que l’on s’adressera, et c’est tant mieux.

Un dernier mot : des journalistes intègres et courageux vont risquer leur peau, voire perdre la vie pour donner comme on dit du grain à moudre à Messieurs Pigasse et Bergé, patrons du spectre encore appelé Le Monde. Savoir, même à titre posthume, que l’information pour laquelle on a tout donné sera occultée pour déviance, doit suffire à ce que l’essentiel, dans ce journal, se limite à la retranscription des dépêches d’agences. D’autres le font, ma foi avec un certain succès. Il n’y a aucune honte à déléguer à d’autres le travail que, pour toutes sortes de raisons, l’on n’est plus capable de faire soi-même.

Alain Dubos

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