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Députés et journalistes français sont des incultes, une nouvelle preuve…

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Quelle ne fut pas ma stupeur en lisant cet article du journal Le Figaro, intitulé : « Une cuvée franco-allemande pour célébrer le traité de l’Élysée ». On y apprend en effet que le 22 janvier 2023, les députés français et allemands vont se réunir à Versailles afin de célébrer les 60 ans de ce traité de réconciliation entre les deux pays, et qu’une cuvée spéciale de vin franco-allemande sera assemblée afin de fêter dignement l’événement.

Je ne sais pas qui sont les journalistes et directeurs de la rubrique Figaro vin, mais je pense qu’une petite plongée dans les livres d’histoire leur serait extrêmement profitable, car le traité de l’Élysée est probablement un des plus grands camouflets que la France ait jamais reçu de la part de l’Allemagne.

Rappelons brièvement les faits. De Gaulle ne croyait pas dans les institutions européennes supranationales, auxquelles il préférait les accords entre États. Dans un geste de bonne volonté envers la RFA, il signa en janvier 1963, avec son homologue Adenauer, un traité d’amitié franco-allemand. Afin de bien marquer la nature bilatérale de ce traité, de Gaulle mit un point d’honneur à ce que les États-Unis, le Royaume-Uni, l’OTAN ou le GATT (ancêtre de l’OMC) ne soient jamais mentionnés. Son objectif était de convaincre l’Allemagne de participer à un projet bilatéral ambitieux, en matière de coopération économique et de défense, indépendamment des États-Unis et de leurs vassaux.

Les États-Unis, furieux de ne pas avoir été consultés, et du contenu du traité allant à l’encontre de leurs intérêts, convoquèrent immédiatement Adenauer pour le remettre sur les rails. En juin 1963, le Bundestag ratifia ce traité, mais en l’accompagnant d’un préambule explicatif, en totale contradiction avec l’esprit originel, à savoir l’admission prochaine du Royaume-Uni dans la CEE, la soumission totale à l’OTAN, un abaissement drastique des barrières douanières entre les États-Unis et la CEE, et bien entendu, une très étroite collaboration avec les États-Unis dans tous les domaines. Le traité de l’Élysée était ainsi mort-né, car vidé de toute sa substance. Le général de Gaulle fut extrêmement déçu de l’attitude de l’Allemagne, et renonça à toute autre tentative de rapprochement.

Ce que ces pauvres incultes de journalistes, et ces incapables de députés français vont célébrer en grande pompe, ce n’est ni plus ni moins que la trahison de l’Allemagne envers la France, et la vassalisation volontaire de cette dernière, ordonnée par les États-Unis. Dire que certains continuent encore de croire que la construction européenne est un projet européen !

Quant à nos députés, qui semblent avoir la traîtrise chevillée au corps, ils viennent hélas de manquer l’opportunité de célébrer la défaite française de la bataille de Sedan, le 2 septembre 1870. C’est dommage, c’était l’occasion rêvée de créer une cuvée Bazaine, en hommage à ce général qui trahit Napoléon III.

Ne vous inquiétez-pas, chers députés, dans deux ans vous pourrez fêter dignement les 70 ans de la chute de Diên Biên Phu. C’est plus que suffisant pour préparer une belle petite cuvée Ho chi Minh.

Alain Falento