Des amis trop attachés à leur ligne Maginot

Cela fait mal au cœur de voir des amis se barricader dans des positions imprenables, vues de l’intérieur, mais qu’ils seront tôt ou tard obligés d’abandonner s’ils veulent activement participer à la lutte contre les obscurantistes de tout poil et contre les soumises de tout voile. A moins qu’ils ne soient défaitistes et ne s’attendent à une déconfiture inéluctable.

Encore des questions à des philosophes

Croient-ils vraiment que l’obscurantisme religieux et ses ségrégations qui ciblent avant tout les femmes, reproductrices de toutes les générations, reculent dans la société par l’effet de simples incantations et d’hymnes à la liberté, à la tolérance et à la paix entre civilisations ?!

Mais à quelle liberté, à quelle tolérance et à quelle civilisation humaine peuvent prétendre des prescriptions issues de la nuit des temps, qui imposent des voiles à toutes les femmes, au nom de hautes autorités dénommées saint Paul, Saül ou Coran ; des lois qui tombent du ciel, sont gravées ad vitam aeternam dans le marbre des tablettes, se paient nos têtes, décident du ‘choix’ vestimentaire imposé à nos femmes et à nos fillettes, nient sa dignité, dans l’égalité, à la douce moitié de l’humanité ?!

Se gausser de liberté, de tolérance et de paix entre civilisations, comme le font dans ReSPUBLICA nos trois amis philosophes Mme Kintzler, Mme Perret et M. Kintzler, avant même d’avoir distingué les êtres -dont la dignité est sacrée- des prescriptions indignes qui leur collent à la peau, c’est se moquer du monde, de toutes les Vénus et Apollon que saint Paul (Saül), le Coran et leurs sentinelles sur terre ne peuvent voir en peinture ; ou alors sous cape.

Notre trio de raisonneurs ne voit-il donc pas que ces ‘hautes autorités’ ont de sacrés problèmes avec la beauté divine du corps humain et qu’ils n’ont jamais avalé ni la statuaire gréco-romaine ni son éclatante renaissance, œuvre majeure d’artistes libérés des vieux canons doloristes ou abstraits pour nous revivifier une antique esthétique dont l’être humain est la figure centrale, en place et lieu de dieu. Mais aussi œuvre de philosophes qui ont pris leur liberté au sérieux et ne la soumettaient plus aux intimidations et injonctions prononcées toujours au nom du Ciel, de son Verbe ou de leurs visions de l’esprit totalement dépassées par les événements ?!

Notre trio et ses sympathisants ne seraient-ils pas en train de négliger la défense active d’un front laissé totalement à découvert, un terrain qu’investissent les obscurantistes et les soumises aux injonctions célestes : celui d’une esthétique qui révèle, tout en dissimulation, une éthique remettant en cause certaines libertés acquises de haute lutte par les féministes et les progressistes, dont nos amis font bien sûr partie ?!

Comme c’est bien parti avec nos amis progressistes et bienveillants, est-ce qu’ils n’ont pas déjà déclaré forfait sur le champ de la bataille civile et civique face à celles et ceux qui, depuis 1989 au moins, savent très bien organiser l’occupation de l’espace visuel et esthétique qui façonne nos représentations des êtres et dessine les contours de notre quotidien dans les quartiers populaires, au marché, à la sortie des maternelles, des écoles primaires, dans les amphis, les transports publics, les centres de loisir, les gîtes…, en un mot là où se joue la comédie humaine, régressive pour les femmes et les fillettes, la tragique mascarade des nouvelles représentations et présentations des êtres que nous offrons dès aujourd’hui à nos générations futures ?!

Cloisonner la femme pour mieux enfermer et manipuler sa progéniture

Le come-back triomphant de l’islam archaïque avec sa panoplie culpabilisant les femmes et les fillettes, dont le corps est mis sous emballage occultant, sous nos yeux, ici et maintenant, pour matérialiser la ségrégation sexuelle au nom du ciel ; ce retour des temps anciens n’annonce rien de moins que la prise ou reprise de contrôle sur l’imaginaire et les représentations de notre progéniture aussi bien féminine que masculine. La guerre des sexes et leur séparation douloureuse peut donc reprendre de plus belle. Retour à la case départ. Bien des écoles ont gardé les stigmates de l’ancien temps qu’il nous faudra peut être raviver : deux entrées différentes, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons.

Ce n’est pas pour rien que la publicité exploite le corps de la femme et le filon vital et très juteux de nos phantasmes sexuels. L’islam, le christianisme et leurs voiles ne sont pas en reste : c’est sur les mêmes registres que se jouent les variations de leurs discours et prescriptions. Le paroxysme de ce qui nous préoccupe, ici et maintenant, en France et en Europe du XXIe siècle, est celui qu’affichent sans vergogne et sur grand écran les voiles intégraux que sont les tchadors noirs est les burqas couleur cendres. La disparition totale du corps de la femme dans l’espace public est aussi attentatoire à la dignité humaine que son exposition pour la vente ou son affichage publicitaire pour commercialiser tout et n’importe quoi.

La réclusion mutuelle avance pendant que nos amis se barricadent

C’est donc dans cette bataille cruciale que nos amis-contradicteurs -dont les sites se retrouvent réunis sous la bannière de ripostevillieriste.blogspot.com- ne veulent pas s’engager concrètement et plus avant : celle des symboles, des représentations, des séparations, de la prise de contrôle sur le corps des filles, le rejet concomitant des garçons, et tout particulièrement de ceux qui n’appartiennent pas au cercle restreint de la famille et du clan, tout cela matérialisé par l’occupation voyante des espaces esthétiques et visuels, par des voiles plus ou moins couvrants. Nos amis-contradicteurs, hier franchement progressistes et aujourd’hui en réserve, sous-estiment certainement l’importance de cette nouvelle bataille qui se joue en silence ou alors n’en comprennent-ils pas encore tous les tenants et aboutissants.

Il s’agit bien de la réclusion rampante, commençant par les filles, mais qui, par la force des choses, ne peut que s’appliquer aux garçons rejetés comme des bêtes sauvages hors du gynécée, des maisons et des appartements où des vierges doivent êtres préservées. Ils n’ont qu’à traîner dans la rue, en bas des cages d’escaliers, en bandes de mâles, aux aguets et en manque de proies. Les filles et les femmes, si elles veulent s’aventurer dans les espaces communs n’ont donc qu’à baisser le regard, se voiler pour signifier leur soumission à ce code céleste de bonne conduite et puis rentrer vite fait à la maison pour s’occuper des tâches que la société islamique et machiste leur a réservées.

Contrairement à ce que ressasse notre trio de philosophes qui use d’analogie douteuse, la religion islamique n’est pas dans les faits et n’a jamais été déclarée par ses ténors les plus autorisés, comme devenue une affaire personnelle, une spiritualité désincarnée. Ici et maintenant, elle est l’affaire de toute la société française dont elle fait aujourd’hui partie intégrante. Sous couvert de prescriptions religieuses, il s’agit d’un refus caractérisé, vérifiable par celui qui en a la volonté, de participer à la vie commune de la cité en mixité dans les cafés, dans les restaurants, dans les cantines scolaires, dans les gîtes, dans les gymnases, dans les salles de prière, sans parler des piscines et des plages.

Nos amis progressistes et bienveillant n’ont pas encore compris que Mme Truchelut qui, au risque de contrevenir à la loi, demande à deux voilées de faire un effort pour préserver l’ouverture et la convivialité de son gîte, est une dame qui s’attend à un pas concret vers l’abolition de la séparation prescrite par la religion musulmane. Terre à terre, elle ne se contente pas, comme nos amis philosophes, de déclarations de bonnes intentions. Elle a bien compris que le voile musulman signifie la séparation du bon grain de l’ivraie. Nos amis ne veulent pas admettre que le délit du voile (pas des voilées) n’a même pas besoin d’être révélé : il crie à ceux et celles qui veulent bien l’entendre que celle qui le porte est réservée aux musulmans et aux convertis bien circoncis. Avons-nous réellement besoin d’interprètes ou d’affichage noir sur blanc pour décoder ce que veut nous dire le voile d’une sœur chrétienne ? « Celle qui me porte est intouchable pour la moitié virile de l’humanité ! »

Le respect dû aux êtres qui sont victimes de ces séparations, castrations et ségrégations dictées par le ciel et de vieux birbes, lois incompatibles à tout jamais avec celles des hommes et femmes libres, ce respect nous oblige à n’en avoir aucun pour des prescriptions issues de la nuit des temps.

La dignité humaine est sacrée, pas les religions et surtout pas leurs voiles inscrivant la ségrégation et la séparation sur des corps humains.

Nous sommes d’accord avec nos amis philosophes : il ne s’agit nullement de laïcité et il ne s’agit plus d’étrangers destinés à retourner chez eux après avoir vécu, non pas mélangés aux autres, mais à l’écart des sociétés qu’ils étaient censés quitter après y avoir trouvé et effectué un travail temporaire. Nous avons donc changé de référentiel : il ne s’agit plus des années où Le Pen surfait allègrement sur les différentes vagues d’étrangers. De même, nous sommes loin de la génération Mitterand qui a su surfer sur la vague Le Pen, dont la résurrection était une aubaine. A ce jeu malsain, la France a failli boire la tasse et perdre son âme. Heureusement que les dégâts se sont limités à l’éjection d’un Jospin qui ne voulait surtout pas affronter toutes les difficultés de la réalité.

Il s’agit donc bien de concitoyens musulmans qu’il nous incombe de bousculer, à qui il incombe de secouer le joug religieux, afin d’abattre, ensemble, toutes les barrières et faire disparaître les cloisons ambulantes qui empêchent un réel vivre ensemble. Aujourd’hui, toute la société française et européenne n’a pas le droit, oui n’a pas le droit moral, d’accepter la consolidation de ghettos fondés sur des prescriptions et des interdits religieux où des filles seraient mises sous voiles afin d’être réservées à leurs coreligionnaires. Nous ne pouvons accepter des territoires symboliques, mais aussi réels et pratiques, de reproduction entre-soi.

Les religions ont toujours eu comme objectif avéré, révélé et non pas dissimulé ou uniquement soupçonné de nous séparer en distinguant le bon grain de l’ivraie. Nous devons les bousculer, les mettre hors d’état de nuire à nos sociétés humanistes, nous devons leur opposer une résistance active, dénoncer leurs lois ou coutumes attentatoires à la dignité humaine, à l’intégrité physique des filles et des garçons, à la liberté de disposer de son corps, aussi bien pour les filles que pour les garçons, aussi bien pour la majorité hétéro que pour la minorité homosexuelle.

C’est une vieille lutte qui continue. L’islam français et européen ne peut éternellement y échapper ou en être préservé sous couvert de xénophobie, de guerre mené contre sa civilisation. Il faut l’élever à la même dignité que l’Europe a réservée au judéo-christianisme, l’honorer de la même critique sans concession afin de l’aider à faire le deuil de son glorieux Moyen-âge bel et mort de sa belle mort : le vaste espace a supplanté les sphères célestes chères à l’astronomie judéo-islamo-chrétienne et leur monde clos.

Après nous avoir vigoureusement accompagné dans le combat pour la laïcité à l’école, certains de nos amis progressistes rechignent à s’engager dans ce combat renouvelé pour la dignité, pour la mixité, pour le vivre ensemble et la construction d’une identité nationale où les ghettos au nom de la religion n’ont plus droit de cité.

Pour se consoler, nos amis s’amusent à nous coller des étiquettes :

• Ultra-laïcites, alors qu’ils savent pertinemment qu’il s’agit aujourd’hui de féminisme et d’émancipation des musulmanes et de leur progéniture

• Villiéro-compatibles ; pour ne pas s’avouer que la droite soulevait et soulève encore de vrais problèmes devant lesquels la gauche bienveillante se voilait la face au point de se faire éliminer par Le Pen. Cela ne veut pas dire que la droite propose les bonnes solutions. Celle au pouvoir est même prête à conférer aux religieux un rôle de médiateurs dans les cités ; ce qui serait le comble de la démission républicaine !

• Mac-carthisme, comme si nous avions appelé à édicter des lois du soupçon généralisé. Nos amis n’osent même pas lire notre pétition et en décortiquer les propositions qui n’ont rien à voir avec leurs anathèmes sans fondement.

Nos amis ne veulent surtout pas admettre que Mme Truchelut est en avance sur son temps : elle enfreint peut être la loi, mais elle a le même courage que le principal qui, dès 1989, a osé dire NON aussi bien :
• à la loi qui datait un peu,

• aux voiles, dont certaines se sont soudain souvenu qu’ils étaient prescrits par la loi du ciel ; ce qui posait un problème inédit,

• qu’à la loi du silence de toute notre France bien pensante.

Après la laïcité à l’école, il nous faut nous mobiliser sur un front très différent : celui de l’émancipation de nos compatriotes musulmanes et de leur progéniture. Il y va de vivre-ensemble de nos générations futures en place et lieu d’un vivre à part ou à l’écart. La convivialité dans un gîte et la convivance dans nos sociétés ne peuvent être préservées si les citoyens républicains laissent libre cours à la démultiplication de cloisons et interdits dictées par les lois du ciel et qui, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, ne laissent pas de choix ni aux femmes ni à ceux qui sont rejetés par des écrans de laideur ou d’enlaidissement de la douce moitié de l’humanité.

Pascal Hilout

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