Ces élèves musulmans qui se sont réjouis du meurtre des dessinateurs de Charlie

Publié le 19 avril 2015 - par - 2 604 vues
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Après les attentats du mois de janvier, l’APHG (Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie) a décidé de mener une enquête auprès de 147 professeurs de différents établissements en France afin de connaître les différentes réactions qu’ils ont pu observer chez leurs élèves durant la minute de silence qui a suivi, ainsi que la teneur des débats qu’ils ont eus avec eux concernant plus spécifiquement celui perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Tous soulignent une émotion palpable chez les élèves dont une majorité condamne cette atteinte mortelle à la liberté d’expression. Mais beaucoup d’entre eux ont signalé des comportements inadéquats ou provocateurs, ainsi que des propos très explicites et assumés sur la juste rétribution d’un blasphème que ces élèves jugeaient être la limite de la liberté d’expression : « ils l’ont bien cherché », « on ne doit pas se moquer du Prophète ».

V de la victoire et quenelle après l'attentat de Charlie Hebdo (image BFM)

V de la victire et quenelle après l’attentat de Charlie Hebdo (image BFM)

Certains élèves musulmans optaient pour un silence gêné tandis que d’autres se montraient clairement vindicatifs. Des élèves ont affirmé que cet attentat n’avait pas été perpétré par des musulmans mais qu’il s’agissait, selon eux, d’un complot.

Des enseignants ont fait part de leur désarroi face à des attaques verbales obscurantistes même si la plupart d’entre eux ont su s’adapter à leur « public » en montrant par exemple des unes de Charlie se moquant depuis des années du catholicisme, sans pour autant qu’aucun catholique ne se soit jamais vengé par le meurtre, que cela faisait partie des règles démocratiques de notre pays, qu’il appartenait aux musulmans de se plier aux règles de vie de leur pays d’accueil – et non que ce soit l’inverse – et que la laïcité n’était pas une invention créée exprès pour s’opposer spécifiquement à l’islam mais qu’elle était la fondation et le socle de notre pays depuis bien avant leur venue.

Certains professeurs ont cru bon, par ignorance ou par volonté d’apaisement sécuritaire, de dédouaner l’islam de toute violence « réfutant l’amalgame islam-islamisme ». L’un d’eux, bien inséminé par la propagande médiatique, explique qu’il a insisté sur « l’amalgame à ne pas commettre entre les musulmans et l’attentat de CH. L’attentat est le fait de déséquilibrés. La plus grande partie des musulmans ont dénoncé avec horreur l’attentat et l’ont condamné comme contraire au message de l’islam ». On lui laissera la responsabilité de cette affirmation, constatant que la « plus grande partie des musulmans » devait très probablement avoir piscine le 11 janvier dernier…

La méconnaissance du coran et de l’islam est décidément bien tenace. Pourtant, l’un des témoignages ci-dessous (en gras) montre de manière éclatante l’impossibilité pour les « modérés » de tenir un discours n’entrant pas dans le champ de la charia. Ceux-ci sont aussitôt rappelés à l’ordre par l’intimidation et ramenés dans le droit chemin du jihad : si tu dis que tu condamnes cette tuerie, c’est que tu es un mauvais musulman et que tu es d’accord pour que des mécréants caricaturent notre prophète bien-aimé. Et le tour est joué !

Voilà ce que par capitulation, par peur, par effrayante bêtise, on accepte en France, pays supposé des  droits de l’Homme, quand même…

Voici un petit aperçu de ces restitutions :

  • Lycée d’une ville du Massif central : « En cours de Seconde, j’ai parlé de Jérusalem au temps d’Hérode, avec Massada, pour relativiser et bien montrer que l’intransigeance religieuse n’est pas univoque, que personne n’est à l’abri d’un phénomène de fanatisme, qu’elle peut toucher toutes religions ou différentes parties du monde, dans le but de ne pas stigmatiser un type de personnes, un courant religieux ou d’idées particulier»
  • Collège quartier sensible, banlieue parisienne : « La minute de silence, en classe à 11h55, a été laborieusement respectée. Hostilité, remarques variées (« Ils l’ont bien cherché, c’est bien fait, mes parents se sont réjouis… »). (…) Ceux qui se sont exprimés ont clairement manifesté l’idée que c’était pour les journalistes une punition méritée. (..) Rapidement la théorie du complot (dès le lundi 12) est apparue. 1re version : les journalistes ne sont pas morts. 2e version : c’est un complot du gouvernement pour discréditer les musulmans. Grandes difficultés à rationaliser la discussion… J’avoue que, malgré mon expérience en zone sensible, je ne m’attendais pas à une telle hostilité. J’ai tenté de rationaliser la discussion, d’en appeler aux valeurs fondamentales, de rappeler certains points historiques, de dédramatiser… »
  • Lycée à dominante technique, région stéphanoise : «Problème avec une classe dans laquelle deux élèves ont été particulièrement virulents. L’un a dit que sa « liberté d’expression était de dire que le génocide arménien n’avait pas existé », une autre qu’ « on n’a pas le droit d’insulter le prophète », et tous deux que « Charlie, ils l’ont bien cherché » 
  • Lycée de ville-préfecture, Académie de Grenoble : « La faible participation des musulmans de France aux manifestations du 11 janvier a suscité des questions, notamment dans une classe de Seconde. Les quelques élèves musulmans de la classe, interrogés par leurs camarades, ont dit : « nos familles et les musulmans que nous connaissons condamnent sans équivoque les attentats. Mais nous n’avons pas participé aux manifestations, car nous ne pouvons pas dire « je suis Charlie » ; en effet, en caricaturant Mahomet, cet hebdomadaire dit pour nous son mépris, et contribue à ce que nous soyons exclus de la société française »
  • Académie de Grenoble, lycée calme, mixité sociale : «Dans certaines classes, quelques élèves ont approuvé les meurtres commis à Charlie-Hebdo, « on ne doit pas caricaturer Mahomet » », « l’islam est au-dessus des lois de la République », « la liberté d’expression ne concerne pas un sujet comme l’islam », et « c’est un complot contre les musulmans, rien n’est vrai, c’est sur Internet ».
  • Collège de banlieue résidentielle, académie de Grenoble : « Répondant à l’observation d’une jeune élève musulmane choquée par la violence des attentats mais observant que les caricatures offensaient l’islam, j’ai montré diverses caricatures de CH que j’avais sélectionnées, afin de montrer que, si l’hebdomadaire se moquait de l’islam, il en faisait autant avec les autres religions… »
  • Académie de Lille, collège de banlieue populaire: « certains élèves ont commencé par refuser de participer à la discussion que je proposais, en évoquant le fait qu’ « ils l’avaient bien mérité » et qu’avec leur mort le débat était clos. Une fois la discussion lancée, ces derniers ont généralement été les plus actifs dans les débats. Mais à force de déconstruire les idées pré-conçues auxquelles ils croyaient, j’ai eu l’impression que leur point de vue avait sensiblement évolué en fin de discussion. L’une des élèves les plus sévèrement endoctrinées (car il s’agissait quand même de cela) a abondamment pleuré au cours de la discussion sans que je puisse expliquer ni comprendre ce comportement… ».
  • Académie de Lille, collège REP de ville moyenne: « Beaucoup l’ont ressenti comme une agression de ce qui fait la République (attaque de la France) et ont dit « C’est pas juste », « ils avaient pas le droit de les tuer », on ne tue pas pour des idées, pour des dessins. (…) Discours fréquent très réducteur (les bons ; les Français, et les méchants : les terroristes musulmans, « étrangers », avec tout le pack de racisme, d’incohérence et de confusions qui va avec : les terroristes sont arabes, ils sont noirs, donc pas français…Et tant pis si ils le sont, et tant pis si des victimes ont aussi des origines diverses ».
  • Lycée général et LP, petite ville du Massif Central : « J’ai sur Facebook environ 400 de mes anciens élèves. Parmi eux, aucun n’apportait son soutien aux terroristes. Toutefois certains (de confession musulmane) favorables à Charlie se sont fait reprendre ou agresser par des « amis » à eux qui les mettaient face aux caricatures de Mahomet et leur demandaient « Tu soutiens cela ? », et les jeunes pliaient face à cela avec peu d’arguments ».
  • Académie d’Orléans-Tours, collège ZEP banlieue :
 « Lors du discours du chef d’établissement dans la cour à 10 heures, sifflets et huées aux mots « nous sommes tous Charlie »… (…) j’ai entendu « ils ne devaient pas faire ça », et « ça devrait quand même leur servir de leçon ». En tout cas des remarques, nombreuses, presque dans chaque classe sur « ils ont osé insulter le prophète », « pourquoi ils insultaient l’islam et pas leur religion ? », « ils l’ont cherché », « ils ont provoqué ». Mon outillage argumentaire ? La liberté d’expression, un peu moins la laïcité (je n’ai réalisé que peu à peu dans la journée du 8 que l’un des principaux enjeux était là), la différence entre l’islam et l’islamisme radical, le rapprochement entre ces gens-là et ceux qui avaient tenté d’assassiner Malala (ceci avec mes 6es), l’histoire et la géographie du terrorisme (le 11 septembre, qu’ils ne connaissent pas !), les artistes assassinés en Algérie, les jeunes filles enlevées au Nigéria…J’ai sans doute fait quelques raccourcis mais ils en savent si peu sur tout ça. J’ai eu l’impression que l’immense majorité d’entre eux découvraient ce que j’évoquais…»
  • Lycée banlieue parisienne, public très varié : « Mon outillage argumentaire ?… La définition de ma position de fonctionnaire d’un Etat laïque et la volonté chevillée au corps de ne pas rompre le dialogue avec les élèves les plus en colère, de ne jamais lâcher le morceau sur 1° la liberté de la caricature, 2° l’aspect privé de la croyance ».

Caroline Alamachère

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