Des fiertés interdites…

Publié le 19 décembre 2019 - par - 6 commentaires - 1 356 vues
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L’actualité est foisonnante, désopilante et confondante, mais désespérante. En un mot, une chatte n’y retrouverait pas ses petits. En tous points, il nous est enseigné de ne pas nous recommander de notre histoire, ni des œuvres de nos ancêtres pour nous prévaloir d’une quelconque supériorité.

Mais qu’en est-il de nos fiertés ? Pouvons-nous être fiers des œuvres et du génie de notre culture ?

Un documentaire nous présente une étude sur l’art de la fresque, et choisit trois exemples : Pompéi, Assise, Chauvet. Les trois sites sont en Europe, sommes-nous coupables de le remarquer ? Nous allons nous appesantir sur les deux premiers.

Pompéi, préservé du Vésuve par le Vésuve lui-même, nous révèle, après trois siècles de fouilles, l’extraordinaire vie citadine romaine et la chatoyante ambiance de ses demeures privées. Et, en particulier, des fresques dont ils sont les inventeurs et qui consistent, pour l’artiste, à peindre sur l’enduit humide (frais, fresco). La technique permet aux pigments d’imprégner la matière avant qu’elle ne sèche, rendant ainsi durable la vivacité des couleurs des scènes représentées. On apprend que, pour obtenir la lumière et le contraste voulus, l’artiste doit anticiper l’effet du séchage qui éclaircit les tons, et donc augmenter les teintes déposées afin d’obtenir ce qu’il souhaite. La complexité de l’œuvre devient patente si on ajoute au fait de n’avoir sous les yeux lors de l’exécution qu’une version non aboutie, celui de ne pouvoir reprendre l’œuvre comme sur une toile quand l’enduit sera sec.

Et ces merveilles sont sous nos yeux, et cet art disparut quand Rome s’affaissa de sorte qu’il fallut mille ans pour que Giotto, à Assise, le réinvente à moins qu’il ne l’ait redécouvert.

A Assise, on ne peut que s’ébahir devant l’immensité de l’œuvre et son chatoiement. Qu’on y songe, les peintures couvrent 10.000 m2, et Giotto, pour que son œuvre dure, s’astreignit au travail sur une petite surface à la fois (dite « à la journée) pour être certain qu’il appliquait les pigments sur une surface humide.

Tout est admirable : les scènes, leurs compositions, les couleurs et la lumière qui s’en dégage.

Ces deux réalités architecturales et picturales, à 1.100 ans d’écart, montrent la continuité de la grandeur du génie romain et italien qui donna naissance à l’art européen.

Peut-on en être fier ? Oui car la fierté oblige. Admirer cet ancestral génie impose de faire aussi bien et de maintenir vivant un art et les vertus qui ont pu lui donner corps. Celles-ci ont nom, l’imagination, la capacité d’effectuer un énorme travail physique autant qu’artistique, celle pour l’artiste d’anticiper le sort de son œuvre sur un support qui ne la lui donnera à voir que plus tard, et le talent pour mettre en scène les expressions qui disent toute la lutte de l’homme aux prises avec la vie et ses tourbillons de joie et de peine. On a tout cela à Pompéi comme à Assise.

C’est ainsi que notre civilisation s’est construite, sur l’exigence, le talent, la réflexion et le risque. Et en effet, seuls ceux qui renoncent à affronter ce défi sont à blâmer. Les autres échouent ou subliment, mais tous ont eu le mérite d’avoir osé s’y risquer.

Certes, notre art dit contemporain à jeté par dessus bord toute ambition et pour cela n’est plus le nôtre.

A un tout autre bout de l’esprit de nos pères, celui de la conduite de la guerre et de l’honneur de la patrie, on apprend le retour en grâce de l’empire au travers de la tocade d’Emmanuel Macron pour que la dépouille du général Gudin, général de la grande Armée lors de la campagne de Russie en 1812 et qui fut tué lors de la première bataille de Smolensk. On se demande d’ailleurs pourquoi, en 2012, cette campagne militaire fut ignorée par le gouvernement de l’époque, et donc en quel honneur cet épisode reviendrait en grâce en 2019 ?

Car ce sont bien les gouvernements français qui, depuis 2005, ont refusé de célébrer les succès français (Austerlitz) pour s’accoquiner avec les Anglais lors de la commémoration de Trafalgar, défaite franco-espagnole où des milliers de marins français ainsi que Nelson périrent.

Enfin, quoiqu’il en soit, un ancien assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen, passionné par l’histoire napoléonienne, ayant recherché et crut découvrir la dépouille du général Gudin, la fit identifier par test ADN, et, avec l’aide le la Russie, se préparait à la faire rapatrier en France.

C’est là que la surprise est totale et qu’on se perd en conjecture : qu’est-ce qui a pu piquer Macron pour qu’il en fasse une cause nationale ? Car enfin, quand a-t-il rencontré la culture française dont il nous assurait pendant sa campagne électorale qu’elle n’existait pas ? Car il s’agit de culture en la matière. Et que dis-je française ? Napoléon et sa grande armée appartiennent à la culture européenne et en cela sont les successeurs de Rome. Le sergent Bourgogne qui se trouvait  aux alentours de Saint-Jacques de Compostelle en 1811 décrit son périple pour rejoindre à pied l’armée jusqu’en Allemagne puis en Pologne et enfin à Moscou. Et il est question d’organisation, de persévérance, de bonne volonté et d’amour de la patrie dans cette traversée de l’Europe, sans une plainte ou récrimination.

Et qu’un homme qui se targue de n’avoir jamais rencontrer de culture française, subitement, s’attache à rendre les honneurs à un général de la Grande Armée et à l’inhumer dans le caveau des gouverneurs aux Invalides, tout prés de son empereur, a quelque chose de surprenant.

Commencerait-il à percevoir ce qu’est la grandeur ? Dans cette hypothèse, que va-t-il penser de ses frasques et enfantillages des deux années passées ? Car il fut en dessous de tout, et à tout point de vue, lors des fêtes de la musique ou des voyages aux îles ou en Afrique. Sans parler de la honte de la célébration du centenaire de l’armistice de 1918, ou de son comportement à Londres la semaine dernière, lors du sommet de l’OTAN, dans le conciliabule d’adolescents auquel il participa avec Trudeau et Johnson en se moquant de Donald Trump.

Pour nous, la fierté d’être des concitoyens et descendants des soldats de la Grande Armée sous les ordres de l’un des plus grands stratèges de l’histoire, dans le carré d’as avec Alexandre, César, et Hannibal, nous oblige et ne nous avantage point. Cet héritage est lourd et l’honorer, la moindre des choses. Il n’y a pas de privilège où il y a une charge, et celle de la grandeur est particulièrement pesante.

Alors, comme on dit que « le diable porte pierre », ou que « les voies du seigneur sont impénétrables », nous serons au rendez-vous pour honorer le général Gudin et Napoléon 1er le jour venu. Et que l’armée nous épargne ses petites réflexions « politiquement correctes » comme celle qu’elle vient d’émettre en approuvant le retour des cendres de ce général. Il paraît que ces fonctionnaires ont épluché la carrière du dit général pour vérifier s’il n’avait pas commis « d’exactions ». Voilà bien l’armée d’aujourd’hui ! On envoie au combat des officiers qui doivent tuer pour vaincre et on se penche sur les « exactions ». Qu’est-ce qu’une exaction ? Et en Espagne à cette époque où commençait l’exaction ? Avant ou après que les insurgés eussent découpé un soldat français entre deux planches ?

Enfin, avec cette coopération avec la Russie dans le retour de la dépouille du général Gudin, on redécouvre que les états se faisaient la guerre sans pour autant criminaliser l’ennemi. Et qu’il est peu dire que la Russie et les Russes ont gardé une admiration pour Napoléon, celle-ci se matérialisant chaque année par la reconstitution de la bataille de Borodino (Notre Moskova) et par l’activité de groupes de citoyens russes se parant d’uniformes napoléoniens lors de leurs réunions annuelles. Si on ajoute que Wellington, le grand adversaire et vainqueur  de Waterloo, passa sa vieillesse à méditer sur un buste de Napoléon, on peut mesurer l’infamie de ces Français qui conspuent la mémoire de celui que ces ennemis respectent.

Et qu’on me pardonne, mais je ne peux éviter de rappeler qu’en 1812, tandis que la Grande Armée entrait en Russie, les Etats-Unis, à la sollicitation de Napoléon, déclarait la guerre à l’Angleterre pour en distraire des forces du théâtre européen.

N’est-ce pas saisissant ?

Alors, que les Français s’adonnent, et le plus souvent possible, à des marches de la fierté d’être ce qu’ils sont, en hommage à la grandeur de notre civilisation, en honneur des talents de ceux qui l’ont fondée et développée, et à la gloire de ceux qui l’ont illustrée.

Georges Clément

 

 

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Notifiez de
Marjolaine

Merci! cela fait du bien de lire un article comme le vôtre.

Patapon

Très beau texte.Oui,la grandeur nous donne au moins autant de devoirs que de droits,mais ce n’est pas une raison pour abandonner ces derniers a l’eau sale du temps qui passe.Les “Mémoires du sergent Bourgogne”(la guerre napoléonienne comme si vous y étiez!)sont disponibles en pdf gratuitement.Je recommande leur lecture à tous les patriotes.Pour apprécier la grandeur,la beauté,il faut se hausser,se cultiver,s’en rendre digne.Qui peut admirer les fresques de Giotto,s’il ne connaît quelques rudiments de l’histoire sainte?Et qui, pour rendre justice à l’Empereur,osera franchir le cliché imbécile qui fait de lui “le boucher de l’Europe”?

Eric des Monteils

Simple : penser, dire, entendre aussi, dans le sens de la tradition historique est le meilleur moyen de retrouver son équilibre mental ; que certains veulent absolument nous confisquer. Peine perdue ; ce qui nous appartient réellement et que l’on ne peut nous voler, est le fond de notre pensée intime, nos convictions, notre amour de la Patrie.

Ivan Greindl

Merci pour ce bel article, M. Clément : quel (trop rare) réconfort de lire de temps à autre, dans les colonnes de RL, des propos érudits et pertinents, rédigés dans un style naturel et de qualité !

André LÉO

Merci pour cette fierté exprimée envers notre Culture.
Mais les fiertés aujourd’hui, les “prides”, comme on dit “gay” pour sodomite ou “irresponsables,” pour des délinquants islamistes arabes ou africains, les fiertés communautaristes sont “plurielles”.
Le comportemental sexuel individuel s’impose aux valeurs naturelles. Lesbiennes, sodomites, bisexuels, transsexuels, indéterminés, “queers” déjantés, hongres ou goitreuses, genristes kamasutreux…chacun son ‘truc”!
Et que dire du comportemental ethnique, religieux, alimentaire, zoophile, de ces zécolos-gauchistes irrespectueux de la Nation, de l’Homme, du sol sur lequel ils marchent et vivent eux aussi, pour nous nuire.
Les communautarismes sont la pire des choses pour le Citoyen, la meilleure pour les mondialistes.

Aux Armes Citoyens

Vous dites : “Commencerait-il (maquereau el arabia) à percevoir ce qu’est la grandeur ?”
Je ne crois pas qu’il s’émeuve ou découvre une quelconque grandeur de notre pays.
Il est dans une démarche très avancée d’une campagne électorale et projette certainement de briguer un second mandat, d’autant qu’il voit que le peuple se dresse contre lui, contre “sa” personne. Ca, il ne le supporte pas.
Mais tout lui est bon pour lui attirer des gogos qui voteraient pour lui.
Ce type n’éprouve aucun sentiment patriotique, compassionnel, voire sympathique pour le peuple français, c’est un calculateur dans tous les sens du terme.
Bel article.

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