Des Marocaines laïques font la leçon au naïf Juppé

Depuis 2009, le MALI, Mouvement alternatif pour les libertés individuelles, lutte pour que les Marocains puissent vivre leurs choix individuels et s’opposer aux lois et pratiques liberticides de la société marocaine. Il s’est d’abord fait connaître en septembre 2009, lorsqu’il organise un pique-nique « dans une forêt près de Mohammedia, à l’abri de la foule, pour dénoncer l’article 222 du Code pénal marocain qui stipule : “celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni d’un à six mois d’emprisonnement et d’une amende de 12 à 120 DH” ».

Au rendez-vous fixé à la gare de Mahommedia, six courageux sont présents ; les attend un ridicule déploiement de force policier, qui amènera le quotidien espagnol El Mundo à titrer « Au Maroc, 100 policiers contre 10 sandwichs ». Depuis, se multiplient à leur encontre, les tracasseries administratives, policières et judiciaires. L’ensemble est minutieusement décrit dans un article du très bon hebdomadaire marocain Tel Quel (1). L’événement avait été également relaté plus brièvement par votre journal laïque (2).

Mais l’action entreprise est un grand succès pour un pays dans lequel, il était hors de question d’affirmer vouloir manger en public en plein ramadan ; en effet 2000 membres du site communautaire Facebook ont rejoint les jours suivants le groupe MALI. De plus, l’AMDH, Association marocaine des droits humains, et certains organes de presse informent l’opinion publique marocaine.

Pour le ramadan de l’année suivante, un groupe Facebook, « Marocains pour le droit de ne pas jeûner pendant le ramadan » a été créé ; son fondateur, Najib Chaouki, y explique : « ce groupe […] défend les dé-jeûneurs comme faisant partie de la société marocaine ayant le droit d’exercer leur liberté de ne pas observer le jeûne. Pourquoi oblige-t-on le dé-jeûneur à se cacher ? Nous voulons sortir de l’hypocrisie sociale dans laquelle nous vivons. » (4). Mais la plupart des médias marocains, et en particulier audiovisuels, ont ignoré cette volonté de dé-jeûner sur la voie publique ou l’ont traité de manière agressive, et, jugent les organisateurs, de manière diffamatoire. Pas question en tout cas de débattre d’un tel sujet sur un plateau de télévision.

Deux des initiateurs du mouvement sont deux femmes, la journaliste Zineb El Rhazoui et la pédopsychiatre Ibtissam dite “Betty” Lachgar. Zineb va se faire connaître davantage de nos lecteurs, après sa remarquable intervention au panel sur les printemps arabes lors des journées d’été du parti Europe Écologie – les Verts, en août dernier. Elle y rabroue le représentant du Maroc, conseiller du roi, déclarant que le Maroc n’est pas encore une démocratie, soulignant l’institution de l’islam religion d’État, le code inégalitaire de la famille, l’interdiction pour une Marocaine d’épouser un non musulman, les tabassages et tortures voire assassinats contre des manifestants arrêtés (3).

Zineb El Rhazoui édifiant les militants verts

Cela lui valut une ovation, d’une ampleur pleinement méritée, effectuée par les militants verts. Nous pouvons remercier Zineb de cet excellent travail d’information pour tous les Français, y compris notre classe politique. Imaginons qu’il eût été tenu par un membre de Riposte Laïque et au lieu d’une ovation, c’eût été la bronca et les sifflets des babas contre le méchant raciste.

Du courage, Zineb n’en manque pas et son militantisme devant les Verts devrait nous montrer la voie. Les risques qu’elle prend au Maroc sont considérables, si on en juge les nombreuses menaces de mort qu’elle a reçues. C’est le cas aussi pour Betty ; toutes deux subirent un moment une interdiction de sortie du territoire accompagnée d’intimidations policières comme Betty en fut victime le 16 octobre 2009 (5).

Vaines menaces pour la convaincue Betty qui vient d’adresser un pamphlet contre le nouveau chef du gouvernement du Maroc, l’islamiste du parti PJD, Abdelilah Benkirane, sous forme d’une lettre ouverte parue le 26 décembre dernier sur le journal en ligne Demain on line. Celui-ci a vocation à informer sur ce qui se passe au Maroc ou ailleurs ; « la presse au Maroc n’informant pas du tout par crainte de représailles ou de boycott publicitaire » (6).

Ibtissame Betty Lachgar, dans la lignée des pamphlétaires du XVIII° siècle

Mme Lachgar, par la même occasion, écorne et éduque notre ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui perçoit en l’islamisme de la modération. Car il ne faut surtout pas stigmatiser l’islam, argumente notre ministre. Et cela la fait bien rire, Betty ! Elle y voit plutôt, dissimulés, des intérêts économiques.

Impayable ministre qui a manifestement « oublié les propos discriminatoires, réactionnaires et misérablement démagogiques » employés par Benkirane au cours de sa campagne électorale. Betty Lachgar ironise ensuite sur l’oubli des leçons de démocratie tenus par le même Juppé sur le dossier libyen, syrien, égyptien ; « sans doute attend-il que les morts se comptent par centaines, les blessés et les prisonniers par milliers pour s’offusquer ? » (7)

Betty poursuit son analyse de sape contre la toute-puissance de l’islam au Maroc, se moquant du principe de la Commanderie des croyants, qui fait du roi du Maroc, le Commandeur des croyants et le descendant de Mahomet, « pitoyable concept d’un autre temps ». Puis elle assimile Benkirane à un nazi, s’étant essayé « à ces discours racistes et malodorants sur la pureté de l’identité », islamo-arabe en l’occurrence.

Elle précise le comique de l’individu qui avait en juin 2011 proclamé que « les laïcs veulent répandre le vice parmi ceux qui ont la foi », montrant sa peur que, du coup des musulmans se détachent de l’islam ou deviennent homosexuels ; et il avait conclu : « Que celui qui porte en lui de telles immondices (sic) se cache, car s’il nous montre sa face, nous lui appliquerons les châtiments de Dieu ». Et Betty finit en ridiculisant la « phallocratie archaïque, le narcissisme hypertrophié, mâtiné d’opportunisme et de vénalité politiques » du bonhomme.

Une magnifique charge héroïque contre l’infâme, la bête hideuse de l’omnipuissance religieuse qui, au Maroc, ne fait malheureusement pas que rôder. Héroïque quand on connaît tous les tourments auxquels s’exposent ces Marocaines laïques. Elle devrait rappeler à nous Français (et à Alain Juppé) que la laïcité, il faut la mériter par un combat ; combat qu’avaient mené nos anciens tout au long des XVIII° et XIX° siècles et qui avait abouti à la loi de 1905.

Jean Pavée

 

(1)               http://www.telquel-online.com/391/couverture_391.shtml

(2)               http://ripostelaique.com/Des-Marocains-se-rebiffent-contre.html

(3)               http://ripostelaique.com/une-athee-marocaine-perturbe-la-fete-des-verts-en-denoncant-la-religion-detat-et-son-roi.html

http://www.bivouac-id.com/billets/video-quant-une-militante-marocaine-athee-dit-en-france-ses-quatre-verites-a-un-representant-de-mohamed-vi/

(4)               http://www.rue89.com/2010/08/29/au-maroc-les-de-jeuneurs-du-ramadan-se-refugient-sur-facebook-164305

(5)               http://www.yabiladi.com/article-societe-3488.html

(6)               http://www.demainonline.com/a-propos/

(7)               http://www.demainonline.com/2011/12/26/lettre-ouverte-au-neo-messie-benkirane-de-la-part-dune-laique-marocaine/

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