Des vétos à la place des toubibs : merci Juppé !

Publié le 19 décembre 2011 - par

La proposition de transformer les vétérinaires de campagne en médecins de famille semble à priori assez loin des préoccupations quotidiennes de Riposte Laïque. Et pourtant…
La limite entre le questionnement technique et le mouvement de panique est toujours intéressante à fixer. Concernant le système de santé dont la France est si fière, nous sommes très exactement dans les altitudes supérieures de l’incompétence, sur une corde soudain raidie par trente années d’une obstination technocratique dont les effets apparaissent au grand jour.
Nous voici chez Courteline, ou chez Allais. Prenons donc, pour commencer, le parti de sourire. C’est l’histoire du véto épuisé par un vêlage nocturne et acrobatique, voyant poindre l’aube d’une journée de labeur, et s’entendant demander, comme quelque chose de parfaitement naturel : “Dites, Docteur, puisque vous êtes là, ça vous dérangerait de jeter un coup d’œil sur ma femme? Elle siffle un peu en respirant et le toucheux du village prétend que c’est à cause des foins”.
Ainsi la parlementaire qui a émis l’immense idée de fondre dans le même moule praticien les médecins des hommes et ceux des bêtes imagine-t-elle, et fort sérieusement, la combinaison des deux arts, pour le plus grand bien de l’espèce animale enfin rassemblée, à égalité, en dehors des zoos, des aquariums, des volières, des bocaux à poissons rouges, des hôpitaux ruraux et des maternités paumées.
Rions un grand coup. c’est si rare de pouvoir le faire de nos jours.
Et puis la honte. Le pays aux 56 facultés de médecine en est là. Parce que, d’un trait de plume, il y a un peu plus de quinze ans, un ministre dûment chapitré par ses énarques a décidé qu’il y avait en France trop de ces parasites creuseurs de trou de la Sécu, trop de ces arpenteurs de chemins vicinaux obsédés par leur seul enrichissement personnel, trop de ces inutiles soignant des vieux dont la société ne sait plus que faire et qui se multiplient comme des lapins sans même avoir besoin de copuler.
Le nom de ce bienfaiteur de l’humanité hexagonale : Alain Juppé.
Le même qui parcourt, avec une fierté bien mal placée de mousquetaire gascon, le croissant arabe, tenant en main une valise vide qu’il ouvre devant des banquiers et remplit au fil de ses étapes en milieu pieux. Pendant que la République anxieuse, en son absence, d’attraper la pneumonie aviaire, appelle d’urgence à son secours et par milliers les Roumains, Croates, Berbères, Salvadoriens, Bordures et autres Syldaves dont personne, apparemment, n’a pris le temps de vérifier s’ils sont médecins, vétérinaires, chauffagistes ou rempailleurs de chaises.
Nous sommes gouvernés.
Son successeur, désemparé, nous joue la partition du garçon qui découvre un désert à la place du joli bois massacré par son devancier. “Nous risquons la pénurie”, déclare-t-il. C’est l’histoire du type qui s’inquiète de la couleur du ciel quand l’eau, ayant envahi cale et cabines, attaque le mât de son bateau.
L’énormité de la chose n’étonnera en fait que ceux qui croient encore à l’intelligence de leurs représentants. Quant à la profonde pathologie affectant, au-delà des soignants, le corps social tout entier de la France, il semble hélas que les possibilités de la traiter se compliquent de jour en jour. Peut-être le chimpanzé, chaînon intermédiaire entre l’Homme et le reste de l’espèce, détient-il la clé du problème. Nul doute qu’il devra bientôt s’y impliquer, qu’il le veuille ou non.
Françabsurdie, tel est le nom dont hérite, sous nos yeux incrédules, notre malheureux pays. Et nous n’avons sans doute encore rien vu. J’attends, comme un paradigme de sa définitive, tragique et pourtant par endroits intensément loufoque destinée, les leçons de civisme donnés aux écoliers par des imams formés à Ryad, la baignade réservée aux femmes sur la plage de Montalivet, le remplacement des porcheries de Bretagne par des champs de panneaux solaires et celui des profs de français par des vachers texans formés en Patagonie occidentale. J’exagère? Vous verrez! Quand la crétinerie endémique des têtes pensantes réduit une fois pour toutes au silence le bon sens des administrés, tout devient possible.

Alain Dubos

PS : Pour les sexagénaires en milieu désertifié, ne pas oublier le vaccin anti-grippal, qui évite tout de même l’asphyxie à cinquante bornes du toubib le plus proche.

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