1

Désaccords avec Louis Dalmas, à propos de sa remarquable conférence sur la crise

Je commencerai par remercier monsieur Dalmas pour cette conférence très intéressante, qui apprend à ceux qui ne le sauraient pas que la crise et la dette sont des créations, volontaires, des Etats-Unis, qui ont voulu nous « imposer le système économique néo-libéral, fondé sur une liberté de marché, qui a enfanté un dévastateur cancer financier  » et qui sont donc « en grande partie responsable de nos difficultés actuelles » .
Il y a dans cette conférence des passages absolument remarquables et des analyses sans concession, affirmant  l’interdépendance de deux systèmes qui nous veulent du mal, l’Amérique impérialiste qui « se donne pour vocation de régir la planète » et l’islam totalitaire (ce qui est un pléonasme, l’islam étant par essence totalitaire) « qui a recours à la violence pour s’imposer » tout en rappelant que « la majorité des Américains ne sont pas des rapaces capitalistes et que la majorité des musulmans ne sont pas des terroristes« , mais Louis Delmas   pour ne se consacrer qu’à la partie économique.
L’article de Louis Dalmas fait l’historique des monumentales erreurs qui nous ont menés à la situation actuelle, dont la toute première a été d’interdire aux Etats de créer de la monnaie et d’emprunter  à leur banque  centrale, les obligeant à emprunter et à s’endetter, et poussant les particuliers à en faire autant et la seconde celle de permettre la création de monnaie ex nihilo par les banques en accordant des emprunts ! Comme le rappelle Louis Delmas, Maurice Allais, prix Nobel de science économique en 1988, disait : “Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable – je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici – à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.
Mais ce n’est pas tout. Louis Delmas nous explique de façon imagée, avec des exemples concrets, comment « dans le monde virtuel, une technologie redoutable permet de réaliser des fortunes ou de semer la ruine en quelques fractions de secondes. Ensuite que les maîtres de la bulle financière peuvent à leur gré annuler les transactions qui les gênent en risquant de leur faire perdre de l’argent. Les banques et leurs affidés jouissent de droits divins avec des moyens infernaux de les appliquer.  »
Bref, une conférence salutaire, riche d’exemples et d’enseignements, qui nous fait parfaitement comprendre comment et pourquoi les dirigeants internationaux –et ceux de la France et de l’Europe en particulier- tiennent à l’euro et à l’Europe du Traité de Maastricht et du Traité de Lisbonne. C’est pourquoi sans doute, personne ne dit rien « de la stratégie impériale des États-Unis. Le candidat républicain aux prochaines élections présidentielles américaines, qui est en tête des sondages pour son parti, Mitt Romney, vient de déclarer en toute simplicité :L’ Amérique doit diriger le monde“. Cette stratégie impériale est fondée sur un système de capitalisme sauvage, d’anarchie libérale, dont les deux principes sont “ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour la planète” et, pour imposer ce concept, “faire la paix si l’on peut, faire la guerre si l’on doit”.
Cette stratégie se traduit par l’élimination de toute résistance nationale par tous les moyens. Cela comprend, par ordre croissant de violence, la pression diplomatique, les campagnes de diabolisation, les sanctions internationales, l’espionnage humanitaire, l’infiltration subversive, le financement des oppositions et l’agression militaire
« .
Enfin, on saluera un bon passage, très éclairant également, sur les medias. « Cette stratégie impériale, pour pouvoir se développer en toute impunité, a besoin de l’appui du public. C’est là qu’intervient le second paragraphe de sa domination : le conditionnement de l’opinion par le contrôle des médias« .
Néanmoins, on ne peut pas être d’accord avec Louis Dalmas sur l’ensemble de ses thèmes et avec toutes ses assertions.
En effet, tout d’abord, bien que les Etats-Unis jouent depuis des décennies le rôle de gendarme du monde et fassent pout pour imposer leur mode de vie et ce qui est dans leur intérêt, ils ne peuvent être tenus pour les seuls responsables de nos malheurs. Nous nous devons de pointer du doigt les responsabilités de nos dirigeants, de nos députés et de nos sénateurs, qui, volontairement, nous entraînent sur la voie de la disparition des nations, pour le plus grand bien des marchés et des spéculateurs.
Mais, surtout, les assertions laudatives de Louis Delmas sur un certain nombre de personnages plus que douteux sont fort gênantes :
Si Milosevic n’a pas eu tous les torts, loin s’en faut, en faire un innocent et un ange est quelque peu osé ! Si l’Irak était bien un rempart efficace à l’intégrisme musulman, oublier que Saddam Hussein finançait le terrorisme palestinien et a exterminé au gaz des milliers de Kurdes n’est guère objectif. Parler de Khadifi comme d’un « remarquable rénovateur » fait sauter au plafond. Ce « remarquable » dictateur, tortionnaire à ses heures, encourageait les musulmans à conquérir l’Europe et à y imposer leur religion, finançait les terroristes, et trouvait normal que, dans son pays, il y ait des travailleurs étrangers traités comme des esclaves…  Enfin, encenser les Poutine, Castro ou Chavez, ces dictateurs qui n’ont pas fait mieux que les Etats-Unis dans leurs pays, se débrouillant pour devenir, de fait, Présidents à vie ou presque, et ne respectant ni la liberté de la presse ni les droits de l’homme est gênant. Que dire également du silence de Louis Dalmas sur Chavez qui, comme Castro, soutient le dictateur iranien appelant à la destruction d’Israël, Ahmadinejad ? D’ailleurs on notera les inquiétantes œillères de Louis Dalmas sur l’islam, qu’il distingue de l’islamisme et qu’il pare de qualités de justice sociale et de combat contre la corruption. On a très envie de l’inviter à aller dans les pays musulmans, en Algérie ou au Maroc, par exemple,  et à nous montrer où se trouve la justice sociale. Il devrait avoir moins de peine à trouver la corruption…
Bref, une conférence salutaire pour expliquer la crise, la dette, et la soumission des medias aux diktats des marchés et de nos élites, mais qui montre un parti-pris anti-américain primaire qui conduit Louis Delmas à refuser de voir la vraie nature des dictateurs du Moyen Orient ou d’Amérique du Sud. Il suffit de le savoir et de refuser la voix des Sirènes…
Christine Tasin
Résistance républicaine