Désinformation, arme de guerre (3)

Hollande Valls Cazeneuve FlouActeurs de la désinformation

Une opération de désinformation implique la « participation » de plusieurs acteurs : le commanditaire, l’agent, les relais, les caisses de résonance, la cible.

Le commanditaire

C’est celui à qui bénéficie l’opération. Par exemple (présentation non exhaustive)  :
– États ou des structures étatiques. Les plus efficaces en la matière étant les services de renseignement : CIA, KGB, … ;
– Organismes (privés de type ONG, publics mais non gouvernementaux, partis politiques, associations cultuelles ou philosophiques, syndicats…) ;
– Entreprises, groupes d’entreprises ou syndicats patronaux ;
– Individus (candidats à des élections, …).
Le commanditaire est aussi celui qui finance l’opération à l’aide de fonds dont la provenance est, en général, assez obscure : fonds occultes, trafics, mais aussi impôts, fonds d’État…
Il peut parfaitement être l’une des deux oligarchies partisanes.

L’agent

C’est l’organisme opérationnel en charge de la désinformation.
Au sein de cet organisme opérationnel, les chevilles ouvrières sont les « agents d’influence1 » . Ce sont eux qui sont chargés du traitement du thème fixé pour la désinformation.
Il doit être bien compris que l’agent n’est pas une personne seule, mais une « fonction » prise en charge par des individus, des organismes, des officines qui vont se consacrer aux différentes actions requises pour l’opération de désinformation.
L’agent peut être :
– Une officine étatique par exemple les services de renseignement ;
– Une officine d’une ONG, d’un parti politique, d’une association cultuelle ou philosophique, d’un syndicat… ;
– Une officine spécialisée autonome ou appartenant à une entreprise, à un groupe d’entreprises ou à un syndicat patronal… ;
– Un groupe d’individus constitué pour l’occasion, sur la base de compétences et de relations ;
– …
L’agent doit posséder les compétences et les moyens requis (ces derniers étant fournis en partie par le commanditaire).
Il peut parfaitement être une officine de l’une des deux oligarchies partisanes.

Les relais

En fait, ce sont des complices. Le terme « complice » est à prendre au sens large, il est possible de l’expliciter à l’aide d’une comparaison avec la publicité.
Dans une campagne de publicité pour une crème amincissante X, les séquences audiovisuelles qui présentent le « fameux produit », constituent le relais de premier degré.
L’actrice à la voie ensorcelante ou à la « plastique de rêve », qui vante les mérites du « fameux produit », est le relais de deuxième degré.
La ménagère, telle qu’identifiée dans les études de marché, ou dans les études d’audience, qui achète la crème amincissante, ne le fait pas parce qu’on lui dit que c’est un bon produit, mais parce qu’elle aime beaucoup cette actrice et que c’est elle qui lui dit qu’elle l’utilise …
Les actions via ces relais s’additionnent, et, dans de meilleurs cas, se multiplient.
En désinformation, les relais, des collabos ou des idiots utiles, de plusieurs degrés, sont nécessaires. Ils constituent le levier nécessaire pour agir sur la cible. Plus ce levier est long, plus il est efficace. Par ailleurs, cette longueur entre l’agent et la cible limite les possibilités de découverte du premier, c’est donc un facteur de sécurité pour le commanditaire.
Les complices ne sont pas toujours conscients du rôle qu’on leur fait jouer. Si l’opération échoue, ils deviendront des boucs émissaires.
Certains des relais peuvent être cachés, substitués, falsifiés et manipulés, avec amplification à tous les degrés, grâce aux technologies de l’information, mais pas uniquement.
Les actions via ces relais multiplient les effets de la désinformation de façon exponentielle.

Les caisses de résonance

Pour que les messages parviennent d’une manière détournée aux individus composant la cible, les agents d’influence utilisent des intermédiaires ou caisses de résonance.
En publicité, les caisses de résonance sont les médias faisant passer les messages, et naturellement les destinataires du message si celui-ci a été bien reçu, parce que le produit est à son goût ou parce que le message a plu.
En désinformation, plusieurs caisses de résonance sont nécessaires pour assurer la démultiplication des moyens d’acheminement des messages vers la cible.
Les caisses de résonance peuvent être :
– Des « personnalités » auxquelles les informations sont « vendues » comme étant des secrets à ne pas divulguer, d’où leur empressement à en parler tout autour d’eux ou sur l’oreiller …
– Des organismes spécialisés auxquels les informations sont « vendues » comme provenant de « sources autorisées » et devant rester confidentielles, d’où leur empressement à en parler tout autour d’eux …
– Des destinataires choisis en raison de leur position sociale, professionnelle, ou de « lettres confidentielles », en fait pseudo-confidentielles, ce qui leur donne un label qualité, alors qu’il est évidemment recherché que leurs contenus soient largement diffusés ;
– Des mass media se complaisent dans l’imprécation2, le sensationnel ou voulant donner l’illusion qu’ils sont importants. Tout naturellement, ils amplifient, déforment les messages dans un sens favorable à la désinformation.
La bonne diffusion des messages à la cible nécessite une démultiplication des vecteurs d’acheminement, ainsi qu’une diversification des médias utilisés.
Ceci n’est pas difficile, particulièrement à l’heure d’Internet, car les médias :
– copient les uns sur les autres, ne citent leurs sources que rarement. Ceci donne l’impression au lecteur peu averti que ces sources sont multiples;
– font le travail trop heureux de pouvoir se mettre en valeur (que l’on se souvienne de l’affaire d’Outreau).

La cible

Ne pas oublier : la cible c’est l’opinion publique, donc les individus qui la composent.
En publicité il est admis que 90% (environ) d’une population est perméable à la publicité, quelle que soit sa forme : écrite, visuelle ou orale.
En désinformation, les choses ne sont pas les mêmes. La cible visée doit :
– Posséder une tolérance aux messages de désinformation. Ce ne serait pas le cas dans une tentative de persuasion des Esquimaux d’acheter une saharienne, ou d’une tentative de persuasion des bédouins d’acheter des kayaks de mer. La tolérance est toujours limitée, elle est proportionnelle à l’ignorance des individus quant au sujet abordé, et inversement proportionnelle aux préjugés défavorables ;
– Etre consentante, ce qui est loin d’être toujours acquis;
– Subir une préparation très sérieuse afin de développer son adhésion aux messages de l’opération de désinformation.

Notes

1Influence : technique ayant pour finalité, non pas la modification du cours des événements mais la déstabilisation de l’adversaire en vue de son affaiblissement.

2Souhait de malheur, adressé à quelqu’un (CNRTL)

Prochain article : Désinformation, arme de guerre (4) – Le thème de la désinformation

Sujets abordés :

Définition du thème
Traitement du thème
Les supports du thème
La préparation de la cible

image_pdf
0
0