Désolé, Catherine Ségurane, le tribunal administratif d'Amiens a eu raison d'interdire une crèche publique religieuse !

Je ne peux en aucun cas approuver l’article de C. Ségurane dans le dernier numéro de « Riposte Laïque », quand il dénonce la décision du tribunal administratif d’Amiens d’interdire l’installation, par la commune, sur un espace public, d’une crèche « religieuse ».
Quels que soient les attendus du jugement, et même s’ils sont mal étayés, il n’appartient nullement à une autorité municipale, à un maire –représentant de la République laïque et démocratique, et garant de ses lois, principes et valeurs- de violer le principe essentiel de laïcité institutionnalisé par la loi du 9 /12 /1905. (D’accord, ce n’est pas le premier, et, malheureusement cela devient une habitude, à « droite » comme à « gauche »…)
Faut-il rappeler ici que si la République connaît les religions, elle ne les reconnaît pas et que, selon la parole d’Aristide Briand, l’Etat n’est ni religieux ni irreligieux, il est a-religieux. C’est au nom des deux articles fondateurs de la loi de 1905 que se séparent, irréductiblement, l’Etat et les églises de toutes sortes, et qu’aucune autorité se réclamant de lui ne doit, en quoi que ce soit, permettre à la religion d’occuper un espace qui n’est pas le sien : la religion relève donc de l’espace privé de chacun (fût-il collectif) et si elle appartient à l’espace sociétal , elle n’a pas à agir sur l’ espace public ni à l’occuper indûment pour l’une quelconque de ses activités. C’est aussi en leur nom que la ressource publique est réservée à tout ce qui relève des besoins et services publics, à l’exclusion de tout subventionnement des activités, constructions et initiatives religieuses.
C’est pour cela que , dans l’exemple qui nous préoccupe, le combat à mener était celui de bien montrer qu’en interdisant cette installation, le TA d’Amiens donnait des armes aux défenseurs de la laïcité pour agir, légalement, contre toutes les formes d’occupation de l’espace public par des groupes religieux ( les exemples ne manquent pas), et de mettre au défi le plaignant, « libre penseur », d’agir de la même manière en ce qui concerne les attaques de l’islam, par exemple, contre la loi de 1905, attaques que soutient régulièrement la Libre pensée « officielle » dont l’attachement à la laïcité est à « géométrie variable »
Dans la décision du TA d’Amiens, la laïcité n’est pas un prétexte mais une raison majeure, incontournable, et il ne faudrait pas que le juste (et féroce) combat à mener contre l’implantation communautariste de l’islam (attaque majeure contre l’unité laïque de la société qui nous rassemble) aveugle les défenseurs de la laïcité au point de leur faire perdre la rigueur d’analyse et de comportement indispensable… et de leur faire accepter pour une religion ce que, par ailleurs, ils refusent, à juste titre, aux autres, le « retour de bâton » serait, alors , douloureux !
Et qu’on ne vienne pas ici nous parler de « tradition » ou de « sécularisation » d’une pratique religieuse : l’argument est fallacieux…et dangereux, car, reçu, il permettrait à tous les prosélytes de toutes les obédiences idéologiques et religieuses de s’engouffrer dans la brèche !
La « crèche religieuse » est un moyen d’instrumentalisation idéologique de la religion catholique pour imposer sa vision de l’Homme, du Monde, de l’Univers, en passant par le vecteur du conte et de l’imagerie naïve dont on sait combien il est efficace et pervers en tuant tout recul critique et analytique et en jouant sur l’affect, l’émerveillement, l’adoration. Dans son domaine privé, chacun fait ce qu’il veut (dans le respect de la loi générale), mais l’esprit de raison qui est celui des philosophes des Lumières et qui préside au principe politique de laïcité doit nous conduire à ne pas voir de différence de nature entre la supposée naissance par « l’opération du Saint Esprit » d’un personnage même pas historique que l’on appellera plus tard « Messie » et auquel on prêtera la paternité d’une nouvelle religion, et les supposées paroles d’un ectoplasme aérien dictant à un Bédouin ignare, ancien caravanier et chef de guerre cruel, des textes qu’il aurait mis 20 ans à écrire et par lesquels il aurait codifié une religion rétrograde (pléonasme), ségrégationniste, sexiste, séparatiste.
Par parenthèse, il ne faudrait que cet aveuglement empêche les défenseurs de la laïcité de voir combien l’intrusion de l’islam dans le monde occidental participe de cette volonté jamais étouffée de l’église vaticane de récupérer la place dominante sur les individus et les institutions qu’elle avait il y a (historiquement) peu, qu’elle a encore dans maints pays européens, en caressant l’idée fortement relayée auprès de la commission européenne par la COMECE de jouer un rôle majeur dans la construction de l’Europe mondialiste, Atlantiste que nous préparent, ensemble, les libéraux et les socio-démocrates (l’UMP et le PS pour parler « français ») . « Réjouissons-nous de voir le retour de Dieu en Europe grâce aux musulmans » s’est écrié tout récemment le cardinal JL Tauran, bien en cour au Vatican : l’aveu est réjouissant (voir mon article dans « Riposte Laïque » n°67)…Le jeu de l’église vaticane est peut-être dangereux, mais l’enjeu est de taille et il nous prépare des lendemains qui fleureront bon les années noires de notre passé.
Alors, attention : dans le combat à mener contre ce retour aux formes anciennes de l’organisation politique et sociétale des espaces publics qui nous organisent, et où les ennemis (c’est le mot juste) à combattre, déclarés ou tapis dans l’ombre, sont nombreux (et parfois installés là où on ne les attend pas : dans la « gauche » française, par exemple), soyons rigoureux et ne leur donnons pas des armes qu’ils retourneraient contre nous.
Robert Albarèdes

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