Destruction du lecteur, anéantissement de l’analyse

Publié le 17 septembre 2019 - par - 1 107 vues
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La lecture permet la transmission d’idées, l’analyse du réel, l’apport de connaissances par l’union d’un livre et de son lecteur.
Pour éviter cette contamination, les religions et les régimes politiques ont organisé la destruction des livres déstabilisateurs.

Depuis Farhenheit 451, le roman de Ray Bradbury, chacun sait à quelle température un livre s’enflamme et se consume.
Au fil de l’histoire, de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie aux hordes musulmanes cramant Les versets sataniques en passant par les autodafés de l’Inquisition et les livres jetés dans les flammes par les nationaux-socialistes allemands, des millions de pages de questionnements, de réflexions, de poésies, de romans se sont transformés en chaleur et lumière.

Aujourd’hui, les auteurs sont édités et leurs livres partent rarement en fumée. Les régimes politiques ont compris que ce n’est pas le livre qui est important, mais le lecteur.
Les écrits sur le réel ne manquent pas. Les essais et les romans sur notre situation actuelle sont d’accès faciles. Notre monde y est décrypté, analysé mais… rien.

Pourquoi n’y a-t-il plus de vrais lecteurs ? Pourquoi les compétences pour le métier de lire sont-elles si rares ?
Parce que les États ont compris qu’au lieu de cramer les bouquins, ils suffisaient de brûler moralement, psychiquement, mentalement, intellectuellement les lecteurs.
Et de les criminaliser : nationalistes, beaufs, racistes, homophobes, populistes, bas du plafond…

La plus belle réussite de l’Éducation nationale a été de créer des lecteurs qui n’en ont plus que le nom tant ils manquent de subtilité, de nuance, de rigueur.
Le langage a été rétréci à sa portion utile : boire, manger, dormir, se déplacer, baiser.
Déconstruction des structures grammaticales et de la syntaxe, appauvrissement du vocabulaire, réduction de la conjugaison au présent, simplification de l’orthographe, suprématie de l’oral sur l’écrit, imposition du spontané et de l’émotionnel sur la réflexion : le lecteur peine à lire un mode d’emploi alors un roman ou un essai de 600 pages…

Pour abolir la pensée, des mots et des expressions ont été imposés, réflexes pavloviens du « vivre-ensemble », de l’éloge de la « diversité » et du « réchauffement climatique » anthropique…

D’autres mots ont été pervertis jusqu’à signifier le contraire de leur définition originelle : « justice », « morale », « démocratie…

D’autres encore ont été disqualifiés. Les employer relève du crime : « nation », « identité », « souveraineté »…

D’autres sont en voie de disparition. « Race » est ainsi en phase d’extinction dans les textes officiels.

Les livres ne sont plus un danger. Les bibliothèques d’un coup de baguette municipale sont maintenant des médiathèques. Les écrits qui pouvaient provoquer quelques branchements de neurones n’y ont plus leur place.

Le lecteur est « un homme unidimensionnel qui pense comme tout le monde, agit comme tout le monde, jouit comme tout le monde, réfléchit comme tout le monde » (Michel Onfray). Autrement dit un non-lecteur qui ne pense plus, n’agit plus, ne jouit plut, ne réfléchit plus. Ne commet plus aucun crime par la pensée.

La dictature contemporaine, et le macronisme en est un quasi aboutissement, a réussi là où les autres dictatures ont échoué.
Les livres ne font plus vaciller aucun régime. Ils semblent écrits dans une langue ancienne, inatteignable, incapable d’imposer le réel.

Marcus Graven

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