Deux candidats, quatre options : je n’arrive pas encore à me décider

Publié le 23 avril 2012 - par - 799 vues
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Les Français ont décidé dimanche : ce sera donc un conventionnel deuxième tour droite/gauche qui aura lieu le 6 mai prochain. L’élection était annoncée comme inédite, cruciale, déterminante pour l’avenir des changements de société majeurs qui se profilent, et pourtant, les Français ont choisi un match classique UMP/PS, mettant en lice les principaux artisans de 40 années d’une politique nous ayant menés au désastre où nous sommes aujourd’hui, une France méconnaissable, meurtrie, en perte de repères, et s’enfonçant inexorablement dans la dépendance de l’Europe et d’un système bancaire qui la pousse à la faillite, dans le chaos social et dans la perspective de brutaux changement sociétaux et identitaires. C’est le choix de la majorité, et même si j’estime qu’il est regrettable, nous nous devons, dans une démocratie, de le respecter.

Hollande et Sarkozy arrivent en tête avec des scores somme toute assez similaires, et relativement conformes à ce que l’UMP et le PS ont l’habitude de faire lors de premiers tours.. Marine Le Pen est en embuscade avec un 18% inédit et spectaculaire. Spectaculaire, car jusqu’à présent, le Front National arrivait à faire de gros scores uniquement lors de scrutins marqués par une forte abstention, son électorat étant toujours très mobilisé. Qui plus est, les bons résultats du FN étaient, jusqu’à présent, compensés par des scores moyens de l’UMP ou du PS. Cette fois, il n’en est rien. Le PS et l’UMP sont à des niveaux honorables, pas du tout en dessous de ce dont ils ont l’habitude. Pourtant, le score du FN, le plus haut de son histoire dans une présidentielle, s’est fait cette fois-ci dans un scrutin marqué par une très forte participation. Le tour de force est doublement remarquable, et démontre une poussée très nette du FN. Celle-ci marque une désaffection évidente des Français pour la caste politique UMP/PS et la volonté d’aller chercher une réponse politique ailleurs.

Hollande est évidemment en position de favori. Il dispose en effet de son aile d’extrême-gauche qui lui est toute acquise. Elle est composée du Front de Gauche de Mélenchon, qui après sa déroute du 22 avril, ne peut plus peser quoi que ce soit sur le PS, et donne de facto, et sans contrepartie – comme l’a dit Mélenchon – ses voix pour « battre Sarkozy ». On aura noté le refus de Mélenchon de citer une seule fois le nom de Hollande. C’est un détail, mais il est piquant. Toujours sur sa gauche, Hollande dispose aussi des 2,3% de voix s’étant portées sur Éva Joly. Certes, les Verts n’offrent pas beaucoup de réserve. On notera au passage l’oubli des commentateurs de rappeler la débâcle des écologistes, qui se présentaient à l’issue des Européennes de 2009 comme la 3ème force du pays, talonnant le PS avec 16,3%, pour chuter aux Cantonales de 2011 avec 8,22%, et atteindre enfin avec peine un médiocre 2,3% en avril 2012.

Au centre, Bayrou s’effondre lui aussi. Il retrouve, 10 ans après, les scores régulièrement atteints par l’UDF jusqu’en 2002. Qu’est-il arrivé à Bayrou ? Il a été « tué », dès 2007, par Sarkozy. En effet, Sarkozy, au soir du 1er tour de l’élection de 2007, a compris le danger incarné par Bayrou qui, avec ses 18.57%, représentait un contre-pouvoir au centre capable de le déstabiliser. Sarkozy avait, souvenons-nous, mené sa campagne de 2007 contre la gauche (« 8 petits jours pour en finir avec l’héritage de Mai-68, mes amis ! 8 petits jours ! », extrait de son meeting enflammé à Bercy), et siphonné les voix du FN en promettant une vraie politique sécuritaire et soucieuse de maîtriser l’immigration. De fait, il avait laissé une place au centre que Bayrou avait comblée (la nature ayant horreur du vide), avec les transfuges du centre-droit peu tentés par la politique trop à droite promise par Sarkozy et une partie du centre-gauche, soucieux de concilier modèle social et réalités économiques (dont les propositions socialistes étaient trop éloignées). Sarkozy, comme beaucoup de Français, avait été surpris par le gros score de Bayrou. Ce dernier devint alors l’homme à abattre. Persuadé qu’il en avait fini avec le danger du FN sur sa droite, il entreprit alors sa « politique d’ouverture », directement inspirée des thèses gouvernementales de Bayrou. C’est ainsi que, contre toute attente et surtout au détriment de toutes ses promesses de 1er tour, Sarkozy ouvrit à gauche dès son élection, torpillant le MoDem en lui volant son général (Morin, directeur de campagne de Bayrou jusqu’au 1er tour de 2007) et volant à Bayrou son idée (honorable) de rassembler les talents d’où qu’ils viennent, attirant dans son équipe jusqu’aux socialistes (Besson, Kouchner, Jouyet, puis même Frédéric Mitterrand). A noter toutefois que Sarkozy s’inspira de la forme, et non du fond (la faible qualité des « talents » choisis), pour voler l’idée de Bayrou. Cependant, le mal était fait et Bayrou fut réduit au silence avec les conséquences qu’on a vu dimanche soir.

Aujourd’hui, Bayrou dispose d’un médiocre 9%, qui se dispersera de manière à peu près équitable entre le PS, l’UMP, et pour une petite partie dans le néant d’un bulletin blanc ou une abstention.

Avec le report des voix du Front de Gauche, des Verts, et probablement des résidus du NPA et de LO, tout ceci ajouté à un peu moins de la moitié des voix du MoDem, Hollande dispose pour le 2nd tour d’une force d’environ 47% au lendemain du 1er tour. Pour Sarkozy, en revanche, c’est beaucoup plus complexe. Il ne dispose en effet d’aucun réservoir de voix (expression détestable, j’en conviens), mis à part peut-être quelques pour-cents de Bayrou et les maigres 1.79% de Dupont-Aignan. Il dispose donc d’une force avoisinant les 33%. c’est évidemment très insuffisant pour espérer l’emporter le 6 mai. Il doit donc aller aujourd’hui chercher les 18% qui lui manquent pour obtenir une victoire à l’arrachée au 2nd tour.

18%, c’est précisément le score de Marine Le Pen. Et il est évident qu’à l’UMP (comme ailleurs), ça n’a échappé à personne. Sarkozy a donc deux options : Soit donner des gages au FN, soit persister à ne pas vouloir ouvrir la porte et ainsi acter sa défaite qui se profile. Or, les électeurs du FN se souviennent de sa trahison de 2007, et ne sont évidemment pas disposés à lui accorder leur confiance aussi facilement. Les promesses de 2007 ont abusé les électeurs il y a 5 ans, mais cette fois-ci, ils sont dans une position beaucoup plus confortable et sont en droit d’exiger de Sarkozy des garanties, que ce soit par des postes ministériels, ou plus probablement par des accords de circonscriptions en vue des législatives de juin. C’est la seule option qui reste à Sarkozy pour espérer être réélu. Ceci suffira-t-il, si tant est que le FN soit disposé à écouter ses propositions (ce qui n’est pas d’actualité à l’heure où j’écris ces lignes) ? Il est évident que les électeurs du FN, en position de force, sont très amusés d’entendre Nathalie Kosciusko-Morizet sur BFM tenter de les ramener dans le giron de l’UMP pour battre la gauche. Car personne n’a oublié que NKM avait juré ses grands dieux que, si le 2nd tour opposait Hollande à Le Pen, elle irait voter Hollande pour « faire barrage au FN », selon l’expression généralement usitée. C’est à se demander si une telle personne a la moindre idée du sens du mot « honneur ». Rachida Dati, sur France 2, a elle aussi garanti que jamais l’UMP n’avait méprisé les électeurs du FN. Ce fut d’ailleurs le leitmotiv mensonger de la soirée à l’UMP. A gauche, évidemment, on rappelle qu’il ne faut pas s’allier avec le diable, même si Hollande, dans un soucis d’assurer sa victoire, appelle quand-même du bout des lèvres tous les amoureux de la France à le rejoindre. Il n’a pas besoin d’en faire plus, sa satisfaction est de voir l’UMP obligée de courtiser le FN, tout en l’admonestant et en lui rappelant qu’on n’a pas le droit de chercher à s’allier avec le démon. La posture socialiste dans toute sa splendeur, interdisant l’UMP de tenter une alliance avec les patriotes tout en n’hésitant pas une seconde à s’entendre avec les staliniens du FG. Une vieille histoire.

Que faire le 6 mai ?

Une première option est de voter blanc. Mais qui a envie d’être invisible ? Le vote blanc sera utile le jour où il sera comptabilisé. En attendant, c’est accepter de voir sa voix se perdre dans le néant. Dans ce système où l’on demande l’avis des Français 3 à 4 fois d’avril à juin, une fois tous les 5 ans, quel intérêt d’aller noyer sa voix dans l’indifférence réservée à ceux qui ne se reconnaissent dans aucun des candidats qui se présentent à eux ? Aucun.

Une deuxième option est de s’abstenir. C’est assez proche au final du bulletin blanc, à la différence qu’au moins vous serez visible, car vous serez les premiers dont on parlera. Il est d’ailleurs tout à fait regrettable, irritant, voire scandaleux, que les journalistes continuent les soirs d’élection à parler en priorité de ceux qui se sont abstenus au détriment de ceux qui ont accompli leur devoir de citoyen. On a en effet hier soir donné, ce n’est pas une première, le taux d’abstention au détriment du taux de participation. Il ne s’agit ici que de sémantique et d’arithmétique, mais il est toutefois bon de rappeler quel est l’intérêt premier des journalistes.

La troisième option, c’est d’aller voter Sarkozy. Mais qui au FN a envie d’accorder une deuxième fois sa confiance en quelqu’un qui a trahi, et en un parti qui, dès qu’il en a l’occasion, s’arrange avec le PS pour s’assurer que le FN n’aura pas d’élu ? N’est-il pas temps de ramener l’UMP face à ses contradictions, et lui faire assumer ses choix ? Qui d’autre, à l’UMP, aura l’audace et le cynisme de NKM d’inviter les électeurs de Marine Le Pen de les rejoindre en leur promettant que la gauche serait une catastrophe, quand ce sont les mêmes qui s’allient avec la gauche pour les battre de manière systématique et empêcher de manière récurrente près de 6 millions et demi de Français d’être privés d’une représentation nationale ? Qui, au FN, peut être certain qu’une fois réélu, Sarkozy n’ira pas les trahir une nouvelle fois ? L’UMP fait les yeux doux aux électeurs du FN, en promettant qu’il luttera pour l’identité française, pour la maîtrise de l’immigration, contre l’insécurité et contre le droit de vote des étrangers. Ceci ressemble hélas beaucoup trop aux promesses non tenues de 2007 pour être crédible et ça ne suffit évidemment pas. Le moins que le FN puisse se voir proposer, c’est l’assurance absolue d’obtenir des sièges à l’Assemblée, en nombre significatif, et donc des désistements de l’UMP en sa faveur en juin prochain. l’UMP n’y semble pas disposé. Pour finir, ne risque-t-on pas, en réélisant Sarkozy, de voir les 5 années écoulées recommencer de plus belle, et d’offrir dans 5 ans non pas une alternative avec Marine Le Pen, mais une alternance avec le PS, et donc oter à jamais au FN la moindre chance de pouvoir un jour mener sa politique ?

La quatrième et dernière option, c’est de voter Hollande. En ce qui me concerne, ça va évidemment au delà de toute conviction politique. Il s’agirait alors d’un vote stratégique, de calcul et d’intérêt. Pour ma part, ça me dérange. Toutefois, le principal intérêt (et il n’est pas mineur) serait de voir l’UMP exploser et assister à une recomposition de la droite autour des vrais patriotes. D’autre part, comme le faisait remarquer Pierre Cassen le soir du 22 avril, ne faudrait-il pas plonger la France dans un véritable chaos pour réveiller les Français de la torpeur qu’ils ont encore démontrée hier soir en s’offrant un médiocre duel droite/gauche ancestral, là où les enjeux cruciaux méritaient un vrai débat alternatif avec de nouveaux projets ? Le PS annonce le chaos, c’est inévitable : Financement d’une politique surréaliste à l’aide de l’épargne des Français, accroissement de la dette, régularisation massive de sans-papiers, politique pro-immigrationniste, droit de vote des étrangers, laïcité en danger. Le pays n’y résisterait pas. Faut-il faire ce pari, cruel pour les Français, afin de leur ouvrir les yeux sur la seule solution qu’ils n’ont pas osé essayer dimanche soir ? Devons-nous parier sur le fait que le droit de vote aux élections locales accordé aux étrangers nous donnerait quand-même la possibilité de faire machine arrière dans 5 ans au niveau national, ou serions-nous trop naïfs de croire que le PS n’irait pas plus loin dans la braderie du droit citoyen en accordant aux étrangers le droit de vote aux présidentielles pour 2017 ?

Je n’ai pas de réponse aux questions que je viens de poser. Mon avis change jour après jour. D’un côté, empêcher la gauche de mener sa politique me semble être l’intérêt supérieur de la Nation. De l’autre, j’ai mal à l’idée d’élire à nouveau un homme qui a trahi la vraie droite nationale, qui laisse le pays dans un état désastreux, et qui n’hésite jamais à s’allier avec la gauche pour battre les idées nationales et les valeurs de souveraineté que je défends. J’attends de voir ce que va proposer Sarkozy, et plus encore Marine Le Pen le 1er mai. Et je prie pour qu’en juin, la droite nationale ait une véritable présence à l’Assemblée, digne de ce qu’elle représente de Français excédés par cette politique bipolaire qui promet, brade, se vend et fini par trahir, que nous ont malheureusement imposés nos concitoyens dimanche soir encore. Si en revanche, le FN n’obtenait que 4 ou 5 sièges, et que le FG en obtenait 50 et les Verts 25, il faudrait alors un sursaut général, qui ne passerait que par la révolte. Car comme je le disais au début de mon analyse, la démocratie, c’est respecter toutes les tendances et veiller à ce qu’elles soient représentées de manière équitable. Nous sommes 20% ! Nous sommes là ! Nous avons le droit qu’on nous écoute, et ils ont le devoir de nous donner cette garantie ! Au nom de la démocratie, et au nom de la France !

Henri Vaumoret

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