Dévaluation : attends ! Je t’explique…

Publié le 13 septembre 2014 - par - 1 520 vues
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billetsSi tu suis l’actualité française, tu as peut-être comme moi entendu dire par les ministres des finances, celui-là en sapin et celui d’avant en bois d’importation, que l’euro était sur-évalué.

J’ai même lu ce mardi 2 septembre dans un journal helvétique que son Illustrissime Roi des « sans-dents », descendant du François premier socialo, avait rencontré à ce sujet le Grand Argentier de la Banque Centrale Européenne, et ce peu avant la Chancelière teutonne.

Et tu te demandes sans doute ce que cela peut bien vouloir dire…

Alors voici  ce que signifie une dévaluation dans le contexte actuel. Je sais, je n’ai pas fait l’ENA, l’école des ANES, mais je peux quand même te donner les bases pour en comprendre les arcanes.

La France va mal, je le sais, tu le sais, ce n’est un secret pour personne!

Mais après la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, un pays fondateur de plus en défaut de paiement, un pays comme la France par exemple, et c’est tout l’édifice européen qui est mis en péril.

La France entre en déflation, un joli mot pour ne pas dire « récession profonde et durable ».

Les économistes nomment inflation le phénomène qui pousse l’ensemble des prix à la hausse. Ce processus résulte lui-même d’une situation d’excès de la demande de biens et de services par rapport à l’offre.

Par contre la déflation traduira une baisse généralisée des prix, elle-même résultant d’un excès de l’offre de biens et de services par rapport à la demande.

Alors que l’inflation résulte d’une émission excessive de monnaie ou d’une activité intense de la planche à billets, la déflation est provoquée par un afflux important de biens sur le marché.

Dans le premier cas, la monnaie va alimenter la demande car ses détenteurs voudront s’en débarrasser puisqu’elle vaudra de moins en moins, donc il en faudra toujours plus pour acquérir le même bien.

A l’inverse, l’excès de biens et de services entraînera une raréfaction de la monnaie en circulation, soit parce que la monnaie en circulation est insuffisante, soit parce que l’épargne est trop importante. Les consommateurs préféreront alors attendre une nouvelle baisse des prix avant d’acheter.

La dévaluation peut alors paraître la solution miraculeuse pour inverser la tendance.

Pourtant aujourd’hui parler de dévaluation de l’euro relève de l’illusionnisme. On veut nous faire croire que c’est la panacée, alors que l’expérience prouve que le remède est pire que le mal. Pourquoi? Parce qu’une dévaluation permet de modifier les paramètres extérieurs sans remanier ce qui ne va pas à l’intérieur.

Bien sûr, le pauvre petit Français moyen reste agrippé à ses acquis, ses trente-cinq heures, sa sécurité de l’emploi et tout ses petits privilèges. Il est prêt à tout accepter, tout gober pour préserver le statu-quo, dans l’espoir aveugle et vain que rien ne changera. Mais il ne se rend pas compte que, une fois de plus, il sera le seul dindon de la farce.

Pourquoi?

La dévaluation est présentée comme un moyen de relancer l’économie, un moyen simple et indolore. L’euro, trop fort pour certains,  est désigné comme un carcan rigide empêchant toute politique volontariste de croissance de la part d’un Président imbu de lui-même et somme toute normal, sans plus.

S’il ne s’avère pas possible de dévaluer l’euro, car les voisins ne vont certainement pas laisser faire, alors dévaluer cela peut signifier sortir de l’euro, en tout cas cette menace est un moyen de pression. Cela voudrait dire quitter l’euro pour une nouvelle monnaie plus faible. Le but est soi-disant d’éviter la rigueur et de relancer l’économie grâce aux exportations, la dévaluation devant rendre le pays plus compétitif.

L’expérience montre cependant que la dévaluation est une résultante des difficultés économiques, et non la solution. Les difficultés restent et même s’amplifient après la dévaluation.

Dans le cas de la France les difficultés proviennent de la dépense publique et des charges que l’état fait en conséquence peser sur les entreprises et les particuliers. Mais la dépense publique demeure trop importante par rapport aux rentrées d’argent. L’Etat doit donc emprunter, mais comme il est déjà très endetté, les nouveaux emprunts seront plus chers. Et il ne faut pas négliger le fait que ce problème demeurera après la dévaluation, car rien ne dit que les emprunts ne seront pas dans un monnaie plus forte, voire plus stable.

Et donc après la dévaluation la politique de rigueur demeurera en place, faute de vrais moyens de relance de l’économie.

C’est pourquoi ceux qui prônent la sortie de l’euro préconisent également un financement de l’Etat par la nouvelle banque nationale. Ce qui revient à actionner la planche à billet. Or c’est la création monétaire surnuméraire qui provoque l’inflation et la perte de confiance en la monnaie.

Une dévaluation peut cependant aider au rétablissement économique dans le cadre d’une politique responsable qui s’attaquerait aux vrais problèmes principaux. Mais il faudrait pour cela recruter des gens compétents, et le président actuel devrait alors renoncer à rester socialiste pour cause d’incompatibilité avec un tel programme.

Il reste la question du financement de cette entreprise de redressement, mais on peut imaginer un appel à la responsabilité de chacun via un emprunt national. Cet emprunt pose aussitôt le problème des taux d’intérêt, qui doivent être suffisamment attractifs, donc plus élevés que ceux pratiqués dans la zone euro, avec cet effet pervers de contribuer à creuser un peu plus le déficit.

Il faut encore considérer qu’une dévaluation engendre d’abord une augmentation du déficit extérieur, car il faudra toujours importer les mêmes produits indispensables à l’économie. Ce qui signifie que la balance commerciale de la France déjà déficitaire le sera encore plus.

Et comme la France est un pays fortement importateur de biens, de matières premières et de pétrole, la dévaluation va augmenter le coût de ces importations vu la baisse de la valeur de l’argent, ce qui réduira d’autant la baisse des prix à l’exportation. Pour limiter les dégâts il faudrait donc que la production nationale puisse prendre le relais des produits importés à un coût raisonnable, mais ce n’est pas toujours possible.

Si la dévaluation est suffisante pour rendre les produits nationaux plus compétitifs à l’exportation, cela signifie aussi que ces produits seront plus chers pour les habitants du pays puisque leur argent vaudra moins, et cela vaut aussi et surtout pour les biens de consommation importés.

De plus en restant dans la zone euro, il faudrait viser essentiellement l’exportation hors de l’Europe,  parce qu’avec la monnaie unique les autres pays européens bénéficieront aussi de l’effet coup de fouet de la dévaluation, et ce plus fortement pour ceux dont l’économie est en plein développement, ce qui est loin d’être le cas de la France.

Il faudrait donc être faible d’esprit pour fonder une politique économique sur une monnaie faible, parce que si la monnaie est faible l’économie reste faible aussi. Une économie faible, dont la monnaie se déprécie constamment, c’est une économie qui se dégrade et qui meurt. Ce serait un peu comme confier l’éducation nationale laïque à une musulmane, ou la justice de la République à une indépendantiste guyanaise. Ce serait comme chercher à se suicider à petit feu!

Même si le problème est la compétitivité, une dévaluation n’est qu’une solution temporaire car le monde s’adapte à la nouvelle donne. Les pays qui sont plus compétitifs augmentent leur compétitivité, ce qui efface les gains d’une dévaluation.

Au final, l’effet bénéfique d’une dévaluation sur le commerce extérieur reste donc très aléatoire et à tout le moins provisoire.

Par exemple, l’Allemagne avant l’euro voyait sa monnaie s’apprécier constamment, et donc les autres monnaies paraissaient dévaluées par rapport au mark, malgré le SME. Ce fait n’empêchait pas l’Allemagne d’augmenter ses exportations, car on associe volontiers inconsciemment la qualité de la monnaie à celle des produits du pays en question.

Une dévaluation peut, temporairement, augmenter légèrement la compétitivité à l’exportation. Mais elle ne résoudra pas les problèmes économiques et sociaux du pays. Elle ne remplacera jamais les mesures de restructuration de l’économie, ni les réformes. En fait elle est une conséquence des difficultés, un symptôme, mais ne résoudra rien à elle seule.

Et il ne faut pas rêver, une dévaluation représente surtout une perte de pouvoir d’achat, et donc de niveau de vie pour la population.

Alors si la Banque Centrale Européenne opte pour l’augmentation de la masse monétaire, l’euro sera de fait dévalué, ce qui donnerait l’illusion que l’effondrement est retardé, mais il ne sera pas évité si rien de fondamental n’y est associé.

La pauvreté va continuer ses effets de gangrène. Les flux migratoires verront progressivement remplacer la population française par des immigrants sans formation et destinés à devenir des assistés. Et ces flux vont se poursuivre jusqu’à l’asphyxie totale du système si rien n’est entrepris.

Le chômage, qui est en réalité de plus cinq millions de demandeurs d’emploi, continuera à s’aggraver, dans ce pays où le nombre de fonctionnaires, donc de gens qui même incompétents ne peuvent pas se retrouver au chômage, est le plus élevé d’Europe. Le chômage des jeunes de moins de vingt cinq ans est lui à un niveau tel qu’on le tait volontairement, ce qui en dit long sur l’absence d’avenir dans ce pays.

Les entreprises n’investiront plus que le strict nécessaire pour survivre. Ceux qui ont encore de l’épargne feront ce qu’ils pourront pour la garder. Les investisseurs internationaux ne reviendront que trop tard, juste pour se partager la dépouille de ce pays en déliquescence.

La croissance restera aux alentours de zéro, et même si, grâce à quelque subterfuge comme la dévaluation, elle redevenait provisoirement positive, cela ne suffirait pas à inverser la tendance. L’endettement du pays continuera à croître faute de limitation de l’assistanat et de ressources internes suffisantes.

Dans ce contexte, histoire de sourire un peu, la vengeance de la Trierweiler (parue le 3 septembre) aurait dû, tant qu’elle y était, nous éclairer sur les détails des pannes sexuelles présidentielles, métaphore de l’impuissance de ce capitaine de pédalo à redresser la barre de ce Titanic, autrefois appelé France…

Ceci dit, pourquoi parle-t-on alors de dévaluation? pourquoi l’envisager?

Tout simplement pour l’orgueil d’un seul homme, pour son espoir dérisoire d’obtenir un effet positif sur l’économie, même fugitif, avec l’intention de faire croire que sa politique économique marche, et surtout remonter dans les sondages et espérer ainsi être réélu. Et tant pis pour les dommages collatéraux…

Si ce malfaisant met en oeuvre son projet de dévaluation, la pauvre France déjà au bord du gouffre aura fait un grand pas en avant…

Et ce sera tout en attendant une embellie.

On peut toujours rêver!

Paul Paulho

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