Dheepan, d’Audiard : les bobos préféraient « Un prophète »

Dheepan

Même encensés par la critique autorisée – parisienne, de préférence, germanopratine dans l’âme, assurément ! –, les créateurs qui seraient tentés de dévier du droit chemin de la bonne conscience officielle sont prestement rappelés à l’ordre.

Il en est ainsi de Jacques Audiard, dont je viens de voir le film palmé au dernier festival de Cannes : Dheepan. Je ne discuterai pas ici de l’esthétique du film, mais du fond. Quel est le décor ?

Dheepan est un Tigre tamoul qui décide de fuir la guerre civile au Sri Lanka, accompagné d’une femme et d’une petite fille. Les trois ne se connaissent pas mais vont faire illusion auprès des services de l’Immigration français afin de pouvoir rester sur le territoire. Il leur sera attribué un logement de fonction car Dheepan officiera en qualité de gardien d’immeuble dans une cité « heureuse » de sa diversité, à Poissy, dans les Yvelines. Sauf que les choses vont se gâter : le trafic de drogue n’est pas un voisinage de tout repos, ce qui mettra l’ancien guerrier dans une colère « fascisante », pour être raccord avec la charia médiatique ! On ne se révolte pas contre l’Autre, même quand on est un Autre : seul le Blanc judéo-chrétien est digne de coups et blessures !
Audiard ne décrit pourtant pas une réalité biaisée, et, même s’il cède à certaines outrances, pour peu que l’on ait connu cette réalité,  le moins que l’on puisse dire de son film c’est qu’il est dans le vrai.

Et c’est là que le bât blesse ! Autant dans l’un de ses précédents films – Un prophète – tout allait bien pour lui, étant donné le sujet et son traitement : une petite frappe de la diversité qui, à l’école formatrice de la prison, se muait en authentique caïd, après une initiation filmée avec une indéniable complaisance ; autant là c’est le contraire.

Ainsi, Les Inrockuptibles et Libération ne tarissaient pas d’éloge pour Un prophète, mais pas pour Dheepan. Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas : la « chance » de bénéficier sur notre sol d’une pareille diversité n’est pas négociable !

Un prophète jouissait par exemple, chez Les Inrockuptibles, d’une critique dithyrambique, associant Audiard à Scorsese – rien que ça ! – dans son traitement du monde des gangsters. A cela près que les Affranchis de Scorsese, dans la vraie vie, n’ont jamais reluqué du côté d’un califat mortifère. Mais c’est une autre histoire. Donc, nous avions à propos d’Un prophète, un : « Film de genre éternel, film français d’aujourd’hui dont on n’a pas fini d’épuiser les multiples niveaux de lecture, Un prophète est un coup de cinéma qui fait bang ! Et résonne longtemps. » Pour Dheepan, ce n’est plus le même ton : « Il est aisé de voir de l’idéologie dans cette restauration. Comme on peut aussi en voir dans la peinture délirante d’une cité française proche du New York 1997 de Carpenter, entièrement aux mains de gangs de dealers qui guettent tels des snipers-sentinelles du haut de barres d’immeuble/miradors. Heureusement que Dheepan est là pour nettoyer la racaille au Kärcher. » La pilule d’un homme excédé par la violence subie et qui ose se rebiffer ne passe pas chez Les Inrockuptibles, on dirait !

Allons voir chez Libération, maintenant. Un prophète  avait : « une force interpellatrice sur le sens de la peine [de prison] » ;  dépeignait « une zone d’ombre de la société française » et « l’omnipotence d’une administration habilitée à restreindre à sa guise les droits de ses hôtes, pourtant déjà privés de liberté. » Du Taubira tout craché !

Quant à Dheepan, il étalerait plutôt un mensonge éhonté en lieu et place d’une réalité de cité où tout ne serait que luxe, calme et volupté, pour reprendre Baudelaire ! Libération traite ainsi ce film de « sujet type Fox News » et  « fable pesante sur la famille » ; cette saleté de famille qui se permet même de défiler lorsqu’on la chatouille un peu trop !

Loin de l’irritation cutanée de la presse de gauche, Valeurs actuelles rétablit quelque peu l’équilibre : « Reste que le film a pour premier mérite de tourner le dos au parti pris militant qu’embrasse le cinéma français dès qu’il est question d’immigration : Jacques Audiard ne prêche pas, il raconte une histoire, avec sa force d’évocation et d’observation. »

Enfin, si Dheepan n’est pas un chef d’œuvre indiscutable, il porte au moins un regard émancipé sur l’état des cités de France – très loin du justificatif de violence de Mathieu Kassovitz, La Haine, tourné jadis à Chanteloup-les Vignes.

Hélas, en France, le réel, il faut le taire ou le maquiller : surtout pas le filmer tel quel ! Ce réel n’existe pas, c’est un fantasme, comme la femme non islamique violée, car si l’on creuse bien, elle était forcément consentante ! Parlez-nous de liberté d’expression !

Charles Demassieux

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3 Commentaires

  1. Il est vrai que les Tigres Tamouls( ils ne sont pas musulmans mais indépendantistes en Inde du Sud ) furent les premiers à relancer les fameux attentats suicides.
    Il est cocasse d’imaginer un tamoul énervé s’en prendre à la « diversité « (plutôt monoculturelle et monoconfessionnelle de nos banlieues).
    A la Réunion il y a aussi des tamouls qui cohabitent « harmonieusement » avec d’autres indiens, musulmans, mais, bien évidemment, ne « fusionnent » pas avec

    • Les Tigres Tamouls sont des indépendantistes du Nord – Nord-Est du Sri-Lankais et non pas de l’Inde, même si le Tamil Nadu fait parti du Sud de l’Inde

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