Didier Pleux : comment échapper à la dictature du cerveau reptilien

À l’heure actuelle les droits sont à l’honneur et je dis bien « droits » et non « droits de l’homme » car je ne voudrais pas paraître sexiste. « Devoir » est un mot de l’ancien temps… même dans les écoles on n’ose pas trop le prononcer et j’avoue avoir été ravie de lire le dernier livre de Didier Pleux : il aborde les malheurs de ceux qui n’ont plus que des « droits ».

Celui qui n’a que des droits estime avoir droit à tout, il veut tout, ne supporte aucune frustration et LA question qui vient à l’esprit est : est-il, peut-il être heureux ?
Malheureusement, la réponse est invariablement NON et Didier Pleux nous explique pourquoi : obéir à notre cerveau reptilien ne fait pas de nous des humains heureux, bien au contraire, et l’auteur montre tout au long de son livre qu’il est très difficile de faire taire un cerveau reptilien habitué à foncer vers ce qui lui plaît à l’instant en refusant toute frustration.
Pourtant, les frustrations sont indispensables à notre bonheur, nous préparent au monde réel et il faut frustrer utilement les enfants dès le plus jeune âge, les amener à des réussites liées à l’effort au lieu de les maintenir dans leur monde primitif de satisfaction immédiate, monde primitif qui ne peut être satisfaisant pour un être humain !

Pendant longtemps on nous a seriné que les frustrations de la petite enfance étaient destructrices pour le cerveau et beaucoup de parents n’osent pas affronter la colère de leurs enfants…
À l’heure actuelle, les neuroscientifiques savent que la résilience est aussi neuronale et que les frustrations sont utiles dès les premières années de la vie : sans frustration aucune, avec toujours plus d’amour, le risque est grand de devenir de plus en plus vulnérable aux contraintes (…). Le plaisir exige toujours plus de plaisir, même quand il s’agit de l’affectif (p. 16).

Didier Pleux, par son expérience, ses réflexions, met fin au dogme freudien disant que toute pathologie psychologique trouve son origine dans le vécu affectif de la petite enfance (p. 45). Cet homme de terrain aime son semblable, veut le voir heureux.
L’égocentrisme anti-frustrations ne rend pas heureux et le chapitre « Moi, moi, moi » le démontre de manière magistrale.
Il ne sera pas facile de mettre des limites au « moi, moi, moi » qui est encouragé par les profiteurs de la consommation et Didier Pleux cite les écrans en exemple, présente Michel Desmurget (1) qui est arrivé à la conclusion : les écrans facilitent toutes les conduites que j’appelle « reptiliennes » (p. 82).

Et voici un exemple précis de problème trop souvent rencontré chez les enfants, souvent généré/encouragé par les écrans : le manque de concentration. Les parents imaginent un problème psychologique, Didier Pleux leur apprend qu’il y a un problème éducatif et, ici, je ne puis que dire : lisez le livre ! Il m’est impossible de résumer les paroles sages, vraies, très humaines de l’auteur – qui donne aussi la parole à ses patients – et je termine sur un petit extrait :

Il ne sert à rien de s’offusquer ou de se désespérer de la mentalité, du potentiel ou des attitudes des jeunes que nous appelons « rois ». Ils existent.
(…. ) Nos petits « rois » ne sont pas des « carencés affectifs » qui exigent seulement de l’empathie adulte, de la gratification constante, du partage d’autorité et de l’apprentissage « motivant » (donc « plaisant »). Ils ont besoin d’autorité, d’adultes significatifs privilégiés à part entière et non instrumentalisés qui vont cesser de les surprotéger constamment, de les valoriser à foison et d’enseigner dans le « fun ». Il est possible de faire preuve d’empathie mais aussi d’autorité sans retourner dans l’enseignement des premières décennies du XXe siècle et d’avant où le « maître » chosifie l’élève pour qu’il apprenne ce qu’il doit apprendre. (pp. 101-102).

(1) Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital, Seuil

Mia Vossen

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15 Commentaires

  1. Mia Vossen, chacune de vos interventions sur RL est intéressante et parle de choses essentielles. Bravo pour cet article. Je vais me rensigner sur Ddier Pieux.

    S’il est, comme le dit un commentaire, » un contradicteur de Françoise Dolto », il ne peut qu’avoir raison. Pour moi, malgré le culte dont elle est l’objet, ses idées ne reposent que sur du vent et sont dangereuses.

    Heureusement que nous avons un cerveau reptilien qui fonctionne. Des commentaires le notent ici. Mais ce vestige du passé ne doit pas nous commander. C’est le néo-cortex qui doit maintenant nous diriger. L’hominisation, c’est ça ! l’éducation, avant, ça servait à ça !

    Observant certains bipèdes actuels, on dirait bien aue le régression a commencé!

  2. Je vous conseille de lire ou relire « L’Homme neuronal », Ed Fayard de Jean-Perre Changeux, prof au Collège de France et « Sentir et savoir » Ed O Jacob, d’Antonio Damasio.
    JP Changeux en 1981, déjà, et A Damasio très récemment, ont tous deux donné la même explication satisfaisante de la pensée consciente.
    Les dérives obscurantistes sortent du champ des sciences et relèvent des Droits de l’Homme et du Citoyen…. quand ils seront restaurés dans notre beau pays.
    Ce sera peut-être après la guerre civile qui gronde chaque soir en banlieues, si la République Laïque l’emporte.
    Pour l’heure, « c’est mal barré! ».

  3. Un peu court! Beaucoup d’animaux dotés « seulement » d’un tronc cérébral, que l’on dit cerveau reptilien, ces animaux sont pourtant capables de « pensée ». Une pensée non consciente pour les plus frustres, qui va devenir consciente avec la complexité croissante des espèce.
    L’homme développe une pensée consciente par l’apprentissage des sensations de son corps, l’intéroception des scientifiques. Ce sont ces sensations et les réactions du système cérébral qui l’amènent à devenir Conscient. Ensuite, les perceptions reçues par les sens de l’extérieur complètent ces informations stockées. La pensée consciente nait de cet échange permanent.
    C’est ensuite que ça se gâte.
    Selon l’éducation, la coercition sociale et religieuse et la télé, le petit d’homme deviendra un Citoyen ou un gros con.

  4. En ces temps obscurs, seul le cerveau reptilien peut nous sauver. Le réflexe de survie est bien ce qu’il semble nous manquer le plus.

  5. Le cerveau reptilien, ce n’est pas ça du tout! C’est le cerveau de la survie (retirer sa main du feu, etc).
    Rien à voir avec le comportement gâté pourri des gosses de bobos.

  6. IL est regrettable que les parents de l’enfant macron n’aient pas pu lire ce livre quand il en était encore temps , encore plus regrettable , qu’en leur « qualité  » de médecins , ils n’aient pas été avertis de la manière d’élever leur progéniture

  7. Tout est fait pour que justement nous n’utilisions que nos fonctions reptiliennes . Gouvernement , médias , propagande , consumérisme , DICTATURE et bien pensance . Je m’interroge les islamiques combien possèdent’ ils de cerveaux un ou trois ? les sachant pragmatique je dirais qu’ils ne s’encombrent pas .

  8. J’aime beaucoup Didier Pleux, contradicteur de Françoise Dolto et c’est tout à son honneur ..J’ai écrit plusieurs articles sur cet illustre pédopsychiatre ! merci pour cet article tellement vrai chère Mia

    • Merci, cher Dominic! Didier Pleux aime ses semblables, est intelligent et sensible…. j’ai lu plusieurs de ses livres et ne puis que les recommander.

  9. C’est très juste et vrai.
    Savoir attendre pour avoir quelque chose cela rend son obtention ultérieure encore plus plaisante et donne beaucoup de valeur à cet objet.

    Si on a tout ce que l’on veux tout de suite cela devient une accumulation d’envie immédiatement oublié pour une autre chose bref du caprice

  10. Cerveau reptilien donc côté animal rampant, soumis, aux abois prêt à avaler sa proie et même des couleuvres devant un écran n’est ce pas ? Un écran conçu pour le rendre addict, mais aussi pour le mater, le soumettre, l’enfermer ds un monde de fous, Les psychothérapeutes ont de beaux jours devant eux. Les créateurs de jeux videos sont eux même déshumanisés ds ce cercle vicieux et deviennent de fait leur geôliers mentaux. Plus besoin de construire des places de prison avec des murs. Avez vous compris ?

  11. comment échapper à la dictature du cerveau reptilien / dixit

    Etrange comme point de vue ? DICTATURE ? , je ne partage pas…
    Mon cerveau « reptilien » ( souvent nommé « cerveau instinctif » puisqu’il gère les fonctions vitales de l’organisme… Depuis 500 millions d annees ) m a souvent sauve la vie plus d une fois ou fait eviter le pire, on appelle ca : intuition…

    Donc m en passer certainement pas !

      • Pour etre tres franc avec vous je n ai pas lu l article car vu son titre trompeur et surtout peu realiste: « dictature du cerveau reptilien »

        J ai lu a l instant ! Mais ne partage pas entierement l analyse… sauf l idee des malheurs de ceux qui n’ont plus que des « droits ».
        Mais cela n a strictement rien a voir avec le cerveau reptilien… ! D ailleurs beaucoup de scientifiques mettent cette theorie « reptilienne » en doute !

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