Dieudonné contre Valls, l’affrontement des deux gauches ou le temps des choix

Publié le 20 juin 2014 - par - 1 401 vues
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vallscaricatureDésormais, les deux camps semblent s’être bien formés et organisé. D’un côté, nous avons le gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, appuyé par une untelligentsia de gauche, de quelque tendance que ce soit, des médias (Claude Asckolovitch, Frédéric Haziza), des intellectuels (Bernard-Henri Lévy, Vincent Cespedes), des artistes (Jean-Michel Ribes, Josiane Balasko), bref que du lourd, du nom connu, du très médiatique, de l’imposant. A priori, rien ne pourrait y résister. En face, donc, Dieudonné lui-même, et ses alliés de toujours, Alain Soral, Maria Poumier, plus quelques nouveaux dont Marion Sigaut, le leader nationaliste-révolutionnaire (ou néo-nazi-bolchevique) Serge Ayoub, mais surtout, le renfort de figures très différentes qui, il y a peu encore, auraient pu être ses ennemis les plus ardents, mais que le nouveau contexte géopolitique amène à être de nouveaux alliés, la tendance réac-catholique et patriote, incarnée pour la première par Alain Escada et Béatrice Bourge, pour la seconde par des groupements tels que Renouveau français ou des transfuges du Front National.

Une galaxie pour le moins hétéroclite constituée essentiellement autour de personnalités et d’associations fort bien organisés et qui se relaient médiatiquement notament par le biais d’internet. Voila qui rend les évènements d’autant plus intéressant (et désolant). On assiste donc à l’alliance tacite mais bien réelle d’anciens gauchistes (Dieudonné, Soral le marxiste) avec ce qui est censé être une force de droite sinon réactionnaire, du moins conservatrice défenseur des valeurs catholiques, les deux se rejoignant sur leur opposition commune au gouvernement. A cela, il faut ajouter de sleaders communautaires issus de l’immigration, anciennement connus (Farida Belghoul) ou plus récents (Kamel Bechik). Eux aussi ont profité de cette opposition tenace au gouvernement socialiste et notamment ses vélléités de rééducation des français dans une optique porno-pédo-gay, il est vrai des plus odieuses.

Du reste, nombre de disciple de Dieudonné et de Soral sont eux aussi issus de l’immigration et des milieux identitaires comunautaro-racilistes. C’est donc cet aéropage pour le moins hétéroclite qui a décidé de mené une véritable guerre contre le régime de François Hollande, cela allant bien plus loin que le simple gouvernement Hollande, ce sont bien les institutions politiques de la Ve République qui sont visées (ce qui est assez savoureux quand on se rappelle certains discours républicains de Dieudonné et Soral il n’y a pas si longtemps). Cette force d’opposition est grandissante, elle a de plus en plus d’influence et de soutiens et palie efficacement au manque de soytien des médias traditionnels par l’utilisation des nouvelles techniques de communication (notamment internet) et les différents coups de force provoquant le buzz, d’ailleurs abondamment relayé par les médias traditionnels. L’affrontement couvait depuis quelques temps, il est désormais passé à une phase plus décisive et il y a fort à parier qe cette tendance se confirmera dans les années à venir.

De cette évolution et de la situation qu’elle engendre, il y a plusieurs constats à tirer :

-Les deux adversaires déclarés, quelques soient leurs divergences et les bravades médiatiques, sont tous deux issus d’une même idéologie de gauche. Nous avons d’un côté la gauche socialiste bobo et gay-friendly, légaliste, de l’autre, la gauche tiermondiste et complotiste. Et toutes deux sont foncièrement antiracistes, islamophiles et pro-arabes. Eles partagent d’autres points communs (anti-capitalisme, opposition systématique à Israel appelé convenablement antisionisme, haine de la droite) mais c’est bien cet aspect qui els rapproche les plus et rend la situation d’autant plus dangeureuse. Ceux qui doutent de ce constat n’ont qu’à se reporter au CV des principaux meneurs de la tendance : Dieudonné fit partie de la gauche anti-raciste (il en a d’ailleurs gardé sa haine de l’occident et sa préférence racialiste, concrétisée notamment par son obsession de l’esclavage), Soral fut communiste et se revendique toujours marxiste (d’où son admiration presque idolâtre d’Hugo Chavez), Thierry Messan fut un ancien militant gay, libertaire et anti-chrétien, Paul-Eric Blanrue fut également gauchiste de même que Marion Sigaut, Maria Poumier fut une pasionaria de la révolution cubaine. Voici donc la cohorte de français patriotes prêts à sauver la France.

On m’objectera que leur sont associés plusieurs personnalités et organismes nettement plus à droite et conservateurs. Ors, ces derniers, en faisant le choix d’une alliance avec de telles personnalités, marquent précisément leur réorientation idéologiques, d’autant plus qu’ils sont plus les suiveurs que les instigateurs, particulièrement sur le fameux geste de la quenelle (quand même moins classe que le poing levé de l’Internationale). De fait, les militants catholiques et conservateurs, qui avaient une chance inespérée de constituer une force politique autonome influente contre le gouvernement en place et distincte des partis UMP et FN, ont clairement raté le coche pour des raisons trop longues et fastidieuses à expliquer, et se retrouvent désormais à la remorque des dieudonnistes et des soraliens. Il n’y eut qu’à entendre les propos pitoyables d’Alain Escada ou de Béatrice Bourges sur Dieudonné.

Quant à l’extrême-droite présente dans ce mouvement, elle ne fait que confirmer la théorie de nouvelle gauche, voire de la convergence rouge-brun, théorie paraissant (et étant souvent présentée comme) simpliste, mais qui recèle un fond de vérité. Pour preuve : Christian Bouchet, ancien secrétaire de Troisième voie et Unité Radicale, est ouvertement tiermondiste, pro-iranien et pro-palestinien, Frédéric Chatillon, ancien président du GUD et président de l’agence Riwal, est pro-syrien et affirme n’avoir jamais voté à droite, Serge Ayoub, patron des JNR, est aussi anti-capitaliste et anti-impérialiste (comprendre, anti-américain) que Besancenot et Mélenchon, les deux premiers sont au Front National, le troisième en est proche. L’extrême-droite, une vieille extrême-gauche ? Ca y ressemble y fort. Nous avons donc deux camps de gauche opposés, tous deux d’accord sur le positionnement pro-arabe, pro-islam, anti-occidental, anti-patriotique. Un militant ou même simple personne de droite ou patriote devra chercher ailleurs. S’il est honnête et cohérent, bien sûr.

-Dans les deux camps, il faut une caution diversité. La propagande anti-raciste (qui n’est en fait qu’un racisme d’Etat mal déguisé) instauré depuis maintenant une bonne trentaine d’années a été suffisamment efficace pour complexer jusqu’au plus vaillant et subversif des militants nationalistes, d’autant plus qu’il ne trouva pratiquement pas de contradicteur en face, à l’exception de Zemmour ou Finkielkraut. De fait, les communautés immigrés s’étant fortement organisé, ils sont désormais très présents dans le champ d’action médiatique et politique et se retrouvent dans les deux camps. Alors que jusqu’au début des années 2000, ces communautés (notamment les musulmans) misaient essentiellement sur la gauche sociétale et progressiste, pro-gay et féministe, profitant de leur statut de damnés de la Terre, voilà que depuis quelques années, une partie d’entre elles commence à mettre quelques billes sur le camp réactionnaire en se référant aux valeurs traditionnelles de l’islam.

C’est ainsi que Farida Belghoul, ancienne meneuse de la marche des beurs de 1983 et ancienne militante communiste, est devenue la passionaria de la fronde contre la théorie du genre, le lien logique étant sa conviction musulmane. La même conviction musulmane qui pousse une Rockaya Diallo, entre deux diatribes contre une France trop blanche, à soutenir les gays et les lesbiennes. En somme, les deux camps peuvent se prévaloir d’avoir leur caution diversité pour se décomplexer : d’un côté, Harlem Désir et Najat-Vallaud Belkacem, de l’autre, Dieudonné et Farida Belghoul. Mine de rien, cette capacité d’entrisme des immigrés de confession musulmane s’avère d’une efficacité redoutable, à donner des leçons aux cadres communistes des années 1950 qui n’étaient pas des mickeys en la matière (contrairement à leurs héritiers actuels). Seule différence notoire : Dans la tendance soralo-dieudonniste, les immigrés et musulmans semblent d’avantage en position de meneur, entrainant les français idiots utiles tandis que dans celui de la gauche étatique, les français tiennent encore les rênes, les immigrés demeurant des seconds couteaux.

-Il n’y a eu aucune tendance notoire et pérenne se manifestant dans le sens du patriotisme, des valeurs morales élémentaires et libres de toute idéologie parasitaire. S’il y eut quelques voix et personnalités pour dire clairement ce qui n’allait pas (Renaud Camus, Alexandre Del Valle, Alain Finkielkraut, Gilles William-Goldnadel), elles ont été noyées, étouffées, dissolues et n’ont malheureusement plus rassemblé. Nous avons hélas encore assisté à la victoire de la lâcheté sur le courage, de la démagogie sur la raison, du sectarisme idéologique sur le bon sens. En clair, les gens ont préféré avoir tord avec Soral et Dieudonné que raison avec Camus et Finkielkraut.

-Le temps de la paix civile en France est clairement révolu et il faudra s’y faire. En fait, les signes avant-coureur n’ont pas manqué depuis quelques temps et nos élites et gouvernements successifs ont tout fait pour faciliter cet état de fait. Malgré le refrain du « Tout va bien madame la marquise (ou plutôt monsieur le marquis) », il est clair que la France est nettement divisée en deux camps irréconciliables, voire plus. Avec un gouvernement et une élite prêts à sévir pour s’accrocher à son pouvoir et une opposition prête à s’imposer sur le terrain et à en découdre, il ne peut en être autrement. La guerre civile est donc pour bientôt, ce n’est même pas un souhait, simplement un constat, d’autant plus dur que beaucoup, dans les deux camps, y compris parmi les plus durs, continuent de se référer au sacro-saint pacifisme et à l’idéal de paix (voire aussi d’égalité et de réconciliation pour certains). En clair, si certains continuaient de se bercer d’illusions, dorénavant, la récréation est terminée. Le problème est que, comme nous l’avons vu, aucun de ces deux camps ne représente la France et sa civilisation. Il faut donc que les patriotes authentiques s’organisent au plus vite afin d’organiser une troisième force (et non une troisième voie) alternative crédible face à ces deux blocs anti-France. Il y a urgence.

Pour conclure, il apparait assez nettement que nous nous trouvons à un tournant charnière de notre histoire, voire à la fin d’une époque. Les vieilles idéologies du XXe siècle, les anciennes conceptions, les camps figés, tous se désagrègent peu à peu. Un basculement s’opère et notre pays sera aux premières loges. En fait, on peut considérer que nous nous retrouvons un peu dans la même situation qu’à la fin des années 1930 (ce qui me permets de faire un point Godwin à mon tour, après tout, il ne faut pas toujours que ce soit les mêmes) : nous avons affaire à un ennemi puissant, décidé et implacable, qui se fait de plus en plus menaçant et face auquel les gouvernements et les élites font tout pour capituler et le laisser se renforcer, paralysés par un pacifisme idéologique pervers. Même suite à une déclaration de guerre forcée, rien ne fut entrepris sérieusement pour combattre (rappelez-vous, c’était la Drôle de Guerre). Puis, ceux dont on s’attendait logiquement à ce qu’ils résistent se sont finalement lancé, en grande partie, dans la collaboration, aussi bien la gauche pacifiste et droitdel’hommiste que la droite nationaliste et anti-allemande.

Extrême gauche et extrême-droite, même combat, déjà, ou plutôt encore. Nous revoici donc dans la même situation, quelque part entre les accords de Munich de septembre 1938 et la Drôle de Guerre de 1939-40. Dans les deux cas, nos élites politiques autant qu’intellectuelles se révèlent somptueusement incapables de parer à la menace réelle et grandissante. Là encore une différence fondamentale : l’ennemi n’est cette fois plus une armée extérieure en uniformes, mais une population présente au sien du pays et déjà bien implantée. Et cet ennemi n’est pas celui que fantasment tant les deux camps : le fascisme pour la gauche institutionnelle et libertaire, le sionisme pour la gauche tiermondiste et naze-boche. Reste à savoir si nous trouverons, comme en 1940, une résistance authentique digne de ce nom. A l’heure actuelle, rien n’est moins sûr.

François Préval

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