Dieudonné : les vrais comiques, c’est la bobosphère

Je ne sais pas ce que vous pensez de l’affaire Dieudonné, mais je trouve, moi, qu’il s’en dégage un humour tout à fait réjouissant. Non, je ne parle pas de l’humour de Dieudonné lui-même, que je n’apprécie que très moyennement, mais de celui qui résulte de la situation ridicule dans laquelle cet amuseur professionnel a mis la « bobosphère » en général et nos dirigeants en particulier.

Voici un président d’association antiraciste – a priori pas plus idiot que vous et moi – qui affirme sans rire que la « quenelle », geste favori de Dieudonné évoquant une sorte de bras d’honneur, serait en réalité « un salut nazi inversé signifiant la sodomisation des victimes de la shoah ». Moyennant quoi non seulement il passe illico pour un maniaque de la persécution, mais en outre il donne à un geste certes vulgaire, mais relativement anodin, une crédibilité inespérée à l’usage des racailles antisémites : Se tirer ainsi une balle dans le pied, quel gag !

Voilà maintenant un ministre de l’Intérieur – en principe payé pour être intelligent – qui, avec des airs de matamore, déclare étudier « toutes les voies juridiques » pour interdire les spectacles de Dieudonné, au motif que ceux-ci contribueraient à « accroître les risques de troubles à l’ordre public ». Sachant que dans un État de droit les réunions publiques sont libres et qu’un spectacle humoristique n’est pas a priori contraire à l’ordre public, ledit ministre est bien parti pour se couvrir de ridicule devant les tribunaux : Encore du rire en perspective !

Voilà enfin un avocat connu – que vous pourriez donc croire doué de raison et d’un certain sens du droit – qui appelle ouvertement à des manifestations de rue lors des spectacles de Dieudonné, « pour que les tribunaux puissent considérer qu’il y a un trouble à l’ordre public, pour que la décision du ministre de l’Intérieur et de la préfecture soit justifiée sur des bases légales ». De la part d’un homme de loi, quel aveu ! Sans compter que c’est du pain bénit pour Dieudonné, qui aime tant se donner des airs de victime – encore heureux si ses supporters ne répondent pas par la violence… – : Donner ainsi des bâtons pour se faire battre, ce n’est plus de la comédie, c’est du Guignol lyonnais !

Et surtout, la conséquence immédiate de toutes ces brillantes initiatives est de faire une publicité monstre à celui-là même qu’elles sont censées combattre… Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser ces gens à se comporter de façon aussi stupide ?

Bon, c’est vrai aussi qu’il est énervant, ce soi-disant humoriste, à ramener toujours les mêmes blagues douteuses sous prétexte de pourfendre « le système américano-sioniste ». S’il se contentait, comme à ses débuts, de dénigrer la France pour son passé colonial et esclavagiste, il serait encensé par le gouvernement, les associations stipendiées et les médias aux ordres. Au lieu de cela, il se laisse aller, tant dans ses sketches que dans ses (excellentes) relations avec les dirigeants islamistes de Téhéran, à un « antisionisme » compulsif qui n’est pas sans rappeler certaines diatribes des années 1930 contre la « juiverie internationale »… Mais qu’est-ce qui lui a pris, à lui aussi ?

Eh bien, il lui a pris qu’il s’est politiquement radicalisé, bien sûr, mais aussi que, comme beaucoup de comiques professionnels, il a fini par s’identifier à son public. Et qui c’est, son public ? C’est essentiellement des « jeunes » issus de l’immigration – vous savez, cette « diversité » qui est une richesse pour la France –, plutôt incultes et frustrés parce que mal insérés dans la société, et qui trouvent « cool » un « black » qui bave sur leur pays d’accueil… Et que fait le comique professionnel quand il prépare son prochain sketch ? Eh bien, il cherche ce qui va faire rire son public. À savoir, en l’occurrence, des vannes sur les boucs émissaires favoris dudit public : les religions (sauf l’Islam, bien entendu), l’Occident dans son ensemble et la France en particulier, et surtout, surtout les Juifs – normal, c’est dans la tradition culturelle musulmane.

On me dira que ce n’est pas nouveau et que lorsque des « chances pour la France », allant à leurs dévotions, braillaient « Mort aux Juifs ! » dans la rue, personne n’a moufté, ni au ministère de l’Intérieur ni dans les associations soi-disant antiracistes. Oui, mais là, c’était juste quelques extrémistes – rien à voir avec l’Islam, vous pensez bien. On me dira aussi que ça fait des années que Riposte Laïque nous répète, citations à l’appui, que le Coran et les Hadiths sont bourrés d’incitations à la haine contre les « mécréants » en général et contre les Juifs en particulier. Oui, mais qui a vraiment lu ces bouquins-là ? (Et puis d’abord, vous lisez l’arabe littéraire, vous ?) – Et quant à Riposte Laïque, c’est rien que des islamophobes, donc racistes, qui ne méritent que la 17e Chambre correctionnelle…

Donc l’antisémitisme musulman, ce n’était pas grave – autant dire que ça n’existait pas –, tandis que maintenant, Dieudonné… Mais qu’est-ce qui a changé, avec Dieudonné ?

Ce qui a changé avec Dieudonné, ce n’est pas l’antisémitisme musulman, c’est la perception que peut en avoir le Français moyen. Tant qu’elle restait dans l’intimité relative des communautés vivant dans les « quartiers », l’idéologie islamique n’était guère audible pour la plupart de nos concitoyens. Ce que Dieudonné apporte maintenant à cette idéologie, c’est une énorme caisse de résonnance : non seulement par l’effet direct de ses spectacles et de ses vidéos, mais surtout par un effet d’amplification interactif entre lui-même et son public – une sorte d’effet Larsen, si vous voyez ce que je veux dire : ce public, voyant son antisémitisme amplifié à travers Dieudonné, ne s’en cache plus et répond par des éclats de rire qui, en popularisant l’humoriste, sont amplifiés à leur tour, etc., et quand enfin les médias commencent à s’en mêler, on arrive à un niveau de bruit tel qu’il ne peut plus être étouffé.

Mais alors, dites-moi, c’est très grave : Toute la France va être informée du fait que des milliers de gens, pour la plupart issus de la « diversité », ont une telle mentalité qu’ils applaudissent aux blagues antifrançaises et antisémites de ce monsieur… Le Français moyen ne sera-t-il pas alors tenté de douter des bienfaits de l’immigration, voire même de mal voter aux prochaines élections ?… Vite, enfumage et poudre aux yeux : anticipons le problème en stigmatisant bruyamment celui par qui le scandale arrive, pour faire croire qu’il en est le seul responsable !

Et voilà pourquoi nos dirigeants et leurs affidés sont prêts aux pires imprudences politiques à l’encontre de Dieudonné : la « bobosphère » islamo compatible se retrouve piégée par l’extériorisation sans vergogne de cette idéologie qu’elle a laissée venir dans notre pays et qu’elle aurait voulu cacher – le gag de l’arroseur arrosé, en quelque sorte : c’est ce qu’on appelle du comique de situation, et je le trouve, en l’occurrence, profondément humoristique.

Les Français (« des veaux », disait de Gaulle) seront-ils assez bêtes pour se laisser abuser par les gesticulations ridicules des princes qui nous gouvernent ? Peut-être… ou peut-être que non. Dieudonné – qui est tout ce qu’on voudra sauf un imbécile – a déclaré au sujet de sa désormais fameuse « quenelle » : « Ça ne m’appartient plus, ça appartient à la révolution qui arrive ». Il a raison : Quoiqu’il puisse advenir de lui désormais, les communautés dites de la « diversité » reprendront à leur compte ses discours et ses mimiques agressives. Si, ce qui est probable, les mesures contre lui n’arrivent pas à l’empêcher de s’exprimer, il continuera à faire le boutefeu. Si par extraordinaire il était mis hors d’état de nuire, le désir d’une revanche perçue comme légitime défense serait pour ses supporters une motivation supplémentaire. « La révolution arrive », c’est à dire que ces communautés vont passer de la phase d’immigration à la phase de conquête. Le bon côté de la chose, au moins, c’est que l’hypocrisie est terminée.

Je parlais, à propos de ce théâtre que nous offre la « bobosphère », de comique de situation. Mais, en jouant sur les mots, on peut aussi bien dire que Dieudonné aura été le comique de la situation – entendez : le comique qu’il fallait dans la situation présente, celui qui, comme autrefois le fou du Roi à son seigneur, ose dire aux Français la vérité. Si, à la suite de cela, ces derniers réagissent enfin et portent au pouvoir des gens responsables – on a bien le droit de rêver…–, qu’ils n’oublient pas de faire ériger une statue au « Quenellier suprême », avec l’inscription : « À Dieudonné M’bala M’bala, les patriotes reconnaissants ».

Jean-Marie Blanc

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