Directeur d’école pédophile et Éducation Nationale

Publié le 29 mars 2015 - par - 1 649 vues
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PédophileDirecteurPour comprendre la quasi impunité de ce directeur il faut saisir le cadre idéologique qui le permet :

 » Un jour de 1867, un ouvrier agricole, du village de Lapcourt, un peu simple d’esprit, employé selon les saisons chez les uns ou les autres, nourri ici et là par un peu de charité et pour le pire travail, logé dans les granges ou les écuries, est dénoncé : au bord d’un champ, il avait, d’une petite fille, obtenu quelques caresses, comme il l’avait déjà fait, comme il l’avait vu faire, comme le faisaient autour de lui les gamins du village ; (…). Il est donc signalé par les parents au maire du village, dénoncé par le maire aux gendarmes, conduit par les gendarmes au juge, inculpé par lui et soumis à un premier médecin, puis à deux autres experts qui, après avoir rédigé leur rapport, le publient. L’important de cette histoire ? C’est son caractère minuscule ; (…).  »

L’importance de cet extrait d’Histoire de la sexualité, 1, La volonté de savoir[1] de Michel Foucault? Le fait de trouver «minuscule» qu’une «petite fille» ait à procurer «quelques caresses» à un adulte, voilà ce que l’emploi de l’adjectif «minuscule» implique. Et Foucault réitère : « c’est que ce quotidien de la sexualité villageoise, ces infimes délectations buissonnières aient pu devenir, à partir d’un certain moment, objet non seulement d’une intolérance collective, mais d’une action judiciaire, d’une intervention médicale, d’un examen clinique attentif, et de toute une élaboration théorique[2]. »

Observons que cet adulte, ouvrier agricole, «un peu simple d’esprit» n’a pas été supplicié au nom de la morale ou de la religion ; point de spectacle punitif non plus à se mettre sous la dent, à l’instar de celui que décrivit minutieusement et avec tout le spectaculaire requis Michel Foucault, encore lui, dans Surveiller et punir[3].

Cet adulte, se trouve, certes, confronté aux connaissances de l’époque présupposant que le fait d’aller chercher jouissance chez une petite fille soit plutôt le symptôme d’une désorganisation mentale que l’Appel émanant d’une quelconque Force dont elle serait l’exquis Éon. Ou la douce fraîcheur indolente qu’il serait agréable de consommer.

On peut évidemment relativiser, expliquer par exemple que dans d’autres contrées, l’âge, ne pose pas tant d’histoires, telle la dernière femme de Mahomet (Aïcha) qui avait entre neuf et treize ans quand il l’épousa[4] ; et cette tradition perdure, tout à fait légalement, par exemple en Iran.

Il n’empêche que l’accumulation, progressive, difficile, d’observations vérifiées par des présupposés, fondés, (et même disponibles à l’époque où écrivait Foucault) permet d’énoncer avec certitude  -et celle-ci ne concerne pas seulement les sciences de la matière et de la vie mais aussi les sciences humaines- qu’un tel acte opéré sur une petite fille s’avère être un traumatisme. Et ce même si son impact aura évidemment à être évalué en fonction du cas étudié.

Cet acte exprime aussi un traumatisme chez l’adulte qu’il est, peut-être, possible de soigner, au-delà des tâtonnements et autres erreurs paradigmatiques, passées, présentes, et à venir, en matière de méthodologies.

Mais Foucault ne raisonne pas ainsi. Il ne se place pas du point de vue de la petite fille, ni même d’ailleurs du point de vue du simple d’esprit. Il martèle uniquement que le côté «important de cette histoire» réside non seulement dans son « caractère minuscule », mais aussi et surtout, pour lui, dans l’approche institutionnelle multiforme opérée.

Foucault se gausse par exemple de la méthode employée à l’époque pour tenter d’évaluer la cause du traumatisme chez l’adulte, -(et la petite fille ?)-, sans pour autant proposer aucune autre alternative que l’interprétation qui non seulement n’explique rien mais caricature et diabolise :  » L’important, c’est que ce personnage, jusque-là partie intégrante de la vie paysanne, on ait entrepris de mesurer la boîte crânienne, d’étudier l’ossature de la face, d’inspecter l’anatomie pour y relever les signes possibles de dégénérescence ; qu’on l’ai fait parler; qu’on l’ait interrogé sur ses pensées, penchants, habitudes, sensations, jugement. Et qu’on ait finalement, le tenant quitte de tout délit, d’en faire un pur objet de médecine et de savoir –objet à enfouir, jusqu’au bout de l’hôpital de Maréville, mais à faire connaître aussi au monde savant par une analyse détaillée.

On peut parier qu’à la même époque, l’instituteur de Lapcourt apprenait aux petits villageois à châtier leur langage et à ne plus parler de toutes ces choses à voix haute. Sur ces gestes sans âge, sur ces plaisirs à peine furtifs qu’échangeaient les simples d’esprit avec les enfants éveillés, voilà que notre société –et elle fut sans doute la première dans l’histoire- a investi tout un appareil à discourir, à analyser et à connaître ». [5]

En cet exemple, -dont l’exigence restauratrice d’un ordre immémorial des plaisirs volés et pétris de meurtrissure entre en concurrence avec une plastique spectaculaire, -(visant également à faire rire la galerie : cf., l’instituteur ; même si cela sombre dans l’anachronisme, ce dernier incarnant bien plus la lutte laïque, qui annonce la Troisième république, que l’ordre victorien…)-, en cet exemple réside l’archétype, même, de toute la problématique foucaldienne, et, par extension, des autres auteurs étudiés ici. (…) »

Lucien Samir Oulahbib 

Pour en savoir plus : voir ici

[1] Paris, Gallimard, 1976, p.43.

[2] Idem, p. 44.

[3] Par exemple Damiens, dont l’écartèlement, besogneux, couvre près de quatre pages et ouvre l’ouvrage Surveiller et punir, avec luxes détails… (Paris, (1975) Tel /Gallimard, 1993, 1/ Supplice, chapitre 1, le corps des condamnés<span « = » »>

[4] Selon un hadith de Boukhari, (vol. 7:64) et de Sahîh Mouslim, 2547, qui optent pour l’âge de neuf ans. Cette date est contestée par At-Tabarii et Ibn Hajar Al-Asqalani qui la fixent à 13 ans.

[5] Idem, pp.44-45.

 

 

 

 

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