Discussion avec une jeune fille de 19 ans qui regrette l’absence de patriotisme des Français

Publié le 31 juillet 2013 - par - 3 590 vues
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Je viens d’avoir chez moi la belle-fille d’un de mes fils, J., 19 ans. Elle est en khagne à Paris..

Elle était déjà venue l’an dernier, nous nous entendons très bien. Nous nous voyons de temps à autre à l’occasion des fêtes de famille. Et j’aime bien avoir l’occasion de rencontrer des gens « marchés provençaux », elle est du Nord, Douai, Lille….

Nous avons parlé, à un moment elle a évoqué l’affaire de Trappes, elle était révoltée que des gens ne respectent pas la loi, qu’on en arrive à créer des émeutes, elle percevait très bien ce que cela représentait comme danger, pour les femmes en particulier. Elle craignait qu’il soit trop tard. Car, m’a-t-elle dit, beaucoup de ses camarades sont « politiquement corrects ».

14 juillet 2013Elle m’a raconté comment elle avait été, à Douai, avec son compagnon, insultée et agressée par des voyous dans la rue. Dont une bonne part était « issue de la diversité ». Et qu’à une terrasse, à Paris, un rom lui avait craché dessus parce qu’elle refusait de lui donner de l’argent.

Elle m’a dit aussi qu’à l’occasion de la naissance du petit prince en Angleterre, elle  avait eu l’impression d’une cohésion des Anglais autour de la famille royale, qu’aux Etats-Unis on voyait le drapeau partout. En France elle ne voit rien de semblable, elle regrette que les Français ne soient plus patriotes. Et cela m’émeut qu’une jeune femme qui n’a connu que la paix, la vie normale, des parents, une maison, des études,  perçoive cela. Quant on est âgé on est tenté de se dire que l’on voit le monde avec un œil critique, parce qu’on a été le témoin d’une autre époque, et que ma foi aujourd’hui c’est comme ça, et qu’il faut l’accepter.

Je lui ai parlé de R.R., lui ai donné à lire un document, lui ai expliqué ce que nous faisions, ce que nous essayions de faire. Et au cours de la discussion j’ai constaté qu’elle ne connaissait pas l’histoire des femmes, du moins celle des cinquante dernières années. Je lui ai donc raconté ce qui me passait par la tête et qui me paraît si évident, la révolte des femmes dans les années 70, la loi Neuwirth de 1967, la loi Veil de 1975, je lui ai parlé du procès de Bobigny, elle ne savait pas qui était Gisèle Halimi, ni même, je crois Simone Veil. Mais elle m’écoutait avec attention. J’ai tenté de lui faire comprendre ce qu’était la « condition des femmes », avant. Elle m’a dit à un moment : »Alors, quand maman est née (1962) il n’y avait pas de contraception ! ». Cela lui paraissait impensable.

On sait que les jeunes filles et les jeunes femmes ne connaissent pas l’histoire de leurs mères ou grand-mères, que les droits acquis leur paraissent avoir toujours été là. Mais celle-ci, qui est très consciente et révoltée de ce qui se passe en France, est capable, je crois, de faire le lien, de réfléchir

En tout cas cela m’a fait plaisir qu’elle réagisse aussi sainement à ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays. Peut-être tout n’est-il pas perdu, on peut garder espoir.

Jacqueline Fichet

Aix en Provence

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