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Dissensions au sein de l'Etat Islamique

JIHADISTE BRITANNIQUE

Un jihadiste britannique  (Ph. The Times) :

« C’est une lettre adressée au porc infâme « David Cameron » J’ai décidé … »

Cet article d’Omar Kaïd, de la chaine libanaise al-Mayâdîne, paru sous le titre « Quelles sont les raisons de la dissension parmi les composantes de l’organisation Dâ’ech ? », est inspiré d’un reportage de John Simpson et Tom Coghlin du Times de Londres, Il fait état des dissensions qui surgissent entre les fractions de l’État Islamique ou Dâ’ech. Le journaliste pressent « un démantèlement de l’intérieur, une implosion précédant sa chute » (NDT). 
Depuis l’arrivée de combattants étrangers armés sur le territoire syrien, appelés les « mouhâjiroun » (les émigrés) (1), les dissensions entre ces combattants étrangers et les combattants syriens, qualifiés d’ « al-‘ansar » (les soutiens) (2) ont commencé à voir le jour à l’intérieur de l’organisation Dâ’ech (3).
Des sources proches bien informées ont déclaré que la cause essentielle de la dissension est l’absence de confiance mutuelle entre les deux parties. Les mouhâjiroun n’ont pas confiance dans la loyauté des ansars et se méfient d’eux quand ils sont à leurs côtés. Des enquêtes de l’appareil sécuritaire de l’organisation ont montré l’implication de ses combattants syriens, à Deir-el-Zor, Rakka et Alep, dans des contacts avec le régime syrien. Elles ont montré aussi que des ansars trahissaient certains mouhâjiroun contre des sommes d’argent.
A l’opposé, de nombreux groupes armés syriens de l’organisation regardent avec suspicion certains combattants étrangers dont le comportement indique qu’ils ne respectent pas les préceptes de l’islam et ils soulèvent des interrogations relatives à leurs liens avec des services de Renseignement étrangers.
Ce fossé entre les deux parties a commencé à se creuser et à élargir la fissure dans le corps de l’organisation. Les mouhâjiroun se sont mis à accaparer les postes de commandement. Par exemple, il y a un an, le gouverneur de Deir-el-Zor, ‘Amer al-Rafdân, de nationalité syrienne, a été destitué puis remplacé par un autre gouverneur de nationalité tunisienne. Cette politique a soulevé une forte réprobation dans les milieux des combattants syriens qui considèrent, qu’étant originaires du pays, ils sont les mieux placés pour connaître les affaires de leurs villages et de leurs villes. Cela ne veut pas dire que l’organisation ne permet pas aux Syriens d’occuper certains postes de haute responsabilité mais qu’elle place des conditions draconiennes pour accéder à de tels postes. Parmi ces conditions, le candidat doit avoir adhéré volontairement à l’organisation à ses débuts et avoir participé à plusieurs grands combats décisifs, tel le gouverneur Abou Loukmân à Rakka.
De l’attribution des postes, la discrimination s’est étendue aux questions financières. Les mouhâjiroun reçoivent des soldes bien supérieures dépassant de multiples fois ce que reçoivent les combattants d’al-ansar. De même, lors du partage des saisies de guerre [les butins], ils reçoivent plus que ne reçoivent les éléments syriens de Dâ’ech.
Ces dissensions se sont reflétées aussi dans les relations sociales. Les mouhâjiroun étrangers en effet s’abstiennent de donner leurs filles en mariage à des ansars alors qu’ils ne refusent pas de les marier à des mouhâjiroun comme eux, même s’ils sont arabes. Ils ont procédé aussi au cours des derniers mois à l’installation de camps et de carrés d’habitations qui leur sont propres en y interdisant l’accès aux combattants syriens.
Cet article d’al-Mayadîne passe sous silence quelques autres informations présentées par Simpson et Coghlin qui rapportent d’autres situations sur le conflit entre les principales composantes de l’État Islamique. Ainsi :
En plein combat et parmi les bombes, les combattants occidentaux rencontrent des problèmes plus importants que les pannes de leur iPad ou la perte de leurs effets personnels.
Un combattant et rappeur britannique et d’anciens étudiants qui ont quitté l’Europe et les États-Unis ont commencé à marmonner pour manifester leur nervosité.
Alors que les combattants arabes supportent le poids de la guerre, les jihadistes occidentaux se plaignent du froid de l’hiver, du vol de leurs chaussures et de la colère de leur famille pour leur engagement dans l’organisation de «l’État Islamique ».
Un jihadiste britannique a écrit dans son blog qu’il constate un « choc culturel » entre les combattants occidentaux et les combattants locaux. Il qualifie les locaux « d’impolis, de paresseux et de coléreux ».
Les combattants locaux se plaignent quant à eux de voir les jihadistes [étrangers] obtenir pour leur habitat les meilleurs quartiers et les meilleures maisons alors que les Syriens sont nommés simples ordonnances ou employés comme gardiens.
On peut déduire de cet article que la solidarité religieuse ne suffit pas à cimenter une organisation et encore moins un État. Des facteurs ethniques, culturels, locaux et financiers entravent la solidité et la solidarité interne de toutes les composantes d’une organisation qui aspire à gérer un territoire donné et à le convertir en État en rassemblant des combattants hétérogènes multinationaux. Ne serait-ce pas la preuve que la diversité, dans un état islamique, échoue ? (NDT).
Traduit de l’arabe et de l’anglais par
Bernard Dick
(1) Dans tous ses comportements, l’État Islamique cherche à imiter la période islamique primitive du VIIe siècle pour se forger une légitimité et asseoir son autorité sur tous les musulmans sunnites. Ainsi, les « mouhâjiroun » sont les partisans de Mohammad qui migrèrent avec lui de la Mecque à Médine.
(2) Al-ansar désigne ceux qui ont rejoint sur place le premier groupe pour lui porter secours et soutien.
(3) Dâ’ech est un acronyme arabe désignant « l’État Islamique d’Irak et du Levant » mais, alors que « l’État Islamique » a été proclamé en juin 2014, les médias continuent, pour désigner l’État Islamique, à utiliser cet acronyme périmé, pour en gommer la référence claire à l’islam (NDT).
Au 21/09/2015 : nombre d’attaques terroristes islamiques mortelles :
TERRORISME 26928 ATTAQUES-21-09-2015