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Dix ans après la mort de dix soldats français, les Talibans contrôlent 70 % du pays

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Il y a 10 ans, le 18 août 2008, 10 de nos jeunes soldats tombaient sous les balles des talibans, piégés dans une embuscade fatale dans la vallée d’Uzbin, à 70 km de Kaboul.

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Rendons hommage à tous nos soldats qui servent notre pays et qui, trop souvent, tombent sous le feu ennemi sur les théâtres d’opérations extérieurs, mais aussi sur le sol français, victimes du terrorisme islamique.

Tout n’a pas été dit sur cette embuscade qui secoua l’opinion et lui fit soudain réaliser, 46 ans après la fin de la guerre d’Algérie, que nos soldats pouvaient mourir à des milliers de kilomètres de la France pour assurer notre sécurité.

La France était de nouveau en guerre.

Je ne ferai pas le procès de qui que ce soit. Et si l’armée se fait discrète, elle a ses raisons.

Défaillance du renseignement ? Trahison d’un supplétif afghan ? Défaut de coordination ? Pénurie de forces d’appui ? Équipements obsolètes ? Les réponses sont multiples.

Les 7 familles qui ont porté plainte, soupçonnant des manquements dans la chaîne de commandement, ont vu leurs plaintes classées sans suite.

Je souhaite simplement rendre hommage à tous ces jeunes soldats, ceux tombés dans la vallée d’Uzbin avaient 24 ans en moyenne, qui risquent leur vie pour leur pays.

Ce jour là, environ 300 militaires de la force multinationale ISAF partent en opération.

Une compagnie du 8e RPIMa.
Une compagnie de l’armée nationale afghane encadrée par des légionnaires du 2e REP.
Une compagnie du régiment de marche du Tchad.
Un détachement de soldats américains.

L’élément de tête, “Carmin 2”, composé de 30 gradés et paras du 8e RPIMa, quitte ses véhicules et entreprend une reconnaissance à pied vers une crête.

A 15h40, “Carmin 2” tombe dans un piège mortel, sous le feu de 140 talibans lourdement équipés, bloquant les véhicules restés dans la vallée et tirant sans discontinuer sur nos soldats.

L’effet de surprise est total et fatal.

9 militaires français sont tués dès les premiers échanges, ainsi qu’un interprète afghan. 21 soldats sont blessés.

Les tirs vont durer 6 heures.  Un 10ème soldat français sera tué après le renversement de son VAB.

Un chef taliban dira :

« L’embuscade n’était pas préparée. Nous avons juste été prévenus un peu avant l’attaque de la présence de soldats étrangers sur notre territoire. Ensuite, nous avons agi très rapidement. Ce n’était pas compliqué.

Nous disposons de caches d’armes un peu partout et nous connaissons évidemment bien le terrain. Nous étions positionnés avant qu’ils arrivent. Cent quarante combattants bien entraînés. Si la nuit n’était pas tombée, nous les aurions tous tués.”

A 16h20, deux avions d’appui américains arrivent sur place mais ne peuvent tirer, de peur de tuer des Français, tant les forces sont au contact.

A 17h50, deux hélicoptères sanitaires américains arrivent mais ne peuvent se poser tant le feu est nourri.

Les deux hélicoptères français Caracal sont mobilisés pour une mission au profit du président Hamid Karzaï.

A 18h40, les deux hélicoptères français Caracal, enfin libérés de leur mission “présidentielle”, se posent avec 2 tonnes de munitions.

A 21h, les talibans décrochent, emportant leurs cadavres et des équipements pris sur les soldats français tués.

On ne connaîtra jamais le nombre de talibans tués, un seul corps ayant été retrouvé.

Un rescapé de cet enfer dira plus tard :

“Nos chefs sont passés nous voir avec le Président. Ils ont donné leur version et c’est celle-là qui restera. (…) Mais nous, on était sous le col et on pense qu’on a été lâchés et qu’on s’est fait baiser ; ils nous ont laissés là-haut tout seuls pendant des heures.”

https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-monde/20080904.RUE5654/embuscade-d-uzbin-les-trois-erreurs-de-l-armee-francaise.html

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Après décision de François Hollande, nos troupes de combat quitteront l’Afghanistan en 2012.

Les éléments restés sur place pour former l’armée afghane partiront en 2015, après 13 années de présence de la mission “Pamir”.

En 13 ans, 70 000 soldats français ont servi en Afghanistan.

89 d’entre eux sont morts. 700 ont été blessés.

Au plus fort de l’engagement, nous avions 4 000 soldats sur place.

Triste bilan quand on sait qu’en 2018 les talibans contrôlent 70 % du territoire.

Et ce pays, premier fournisseur mondial d’opium, explose les compteurs.

Selon le rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), près de 9 000 tonnes devaient être récoltées en 2017 contre 4 800 tonnes en 2016.

Et comme l’Afghanistan est devenu une zone de repli de l’État islamique, Trump a décidé d’entamer des pourparlers avec les talibans pour vaincre d’abord l’EI et, ensuite, pour tenter une sortie du bourbier afghan en encourageant le dialogue entre talibans et pouvoir central.

Alors, fallait-il y aller ?

Après que Chirac eut dit non à Bush junior, lors de l’invasion de l’Irak, il était difficile pour la France de dire non une seconde fois à notre allié américain.

De toute façon, ces guerres contre-insurrectionnelles sont ingagnables.

Certains généraux occidentaux l’avaient annoncé. Mais le lobby américain de l’armement est éminemment puissant…

La colossale supériorité technologique occidentale n’aura servi à rien contre des pachtouns déterminés, noyés dans la population et connaissant parfaitement le terrain.

Les Britanniques en avaient fait la dure expérience au 18e siècle.

Et pour les Russes, l’Afghanistan fut leur Vietnam, de 1979 à 1989.

Selon un rapport de la CIA, ils perdront 50 000 hommes, morts ou disparus, ainsi que 450 aéronefs, dont 330 hélicoptères, et 150 chars. Un désastre militaire, financier et politique qui  a traumatisé le peuple russe pendant des années.

Au niveau français, cette guerre aura permis à nos armées de côtoyer d’autres armées étrangères de première catégorie, affûtant ainsi leurs techniques de combat et, surtout, elle aura permis d’accélérer la modernisation de nos équipements et matériels qui faisaient cruellement défaut au début de l’engagement. Hélicoptères Tigre, VBCI et blindage résistant aux IED.

C’est encore insuffisant, comme on le voit au Mali, avec un taux de disponibilité des matériels terrestres et aériens déplorable. Il faudrait un budget de 50 milliards à nos armées pour pouvoir conserver efficacement leur rang de première catégorie. Hélas, l’armée n’est pas la priorité de nos élus.

Mais c’est un autre sujet…

Ce dixième anniversaire de la tragédie d’Uzbin est pour moi l’occasion de rendre hommage à nos armées et d’honorer la mémoire de nos 650 soldats tués en Opex depuis 1963.

 

Jacques Guillemain