Dominique Jamet : Boulevard Voltaire se veut une citadelle de la liberté d’opinion

Riposte Laïque : Associé à Robert Ménard, vous lancez, ce 1er octobre, un nouveau journal internet appelé « Boulevard Voltaire ». Pourquoi ce projet, et ce nom ?

Dominique Jamet : Placer notre projet sous l’invocation de Voltaire en définit assez clairement le sens et l’orientation. Nous aurions pu aussi bien nous réclamer de Noam Chomsky ou de Philippe Muray. Notre intention est de faire de ce site un lieu privilégié, une citadelle, aussi nécessaire au XXIe siècle qu’en tous temps, de l’ouverture d’esprit, de la liberté d’opinion, de la lutte contre le fanatisme, le sectarisme et le conformisme et, autant que faire se peut, de l’humour ou de l’ironie qui font trop défaut dans une société affectée de tant de pesanteurs.

Riposte Laïque : Quelle sera la formule de Boulevard Voltaire ? L’enverrez-vous, comme le fait Riposte Laïque, chaque matin sous forme de lettre électronique à vos abonnés ? Y aura-t-il une mise à jour continue de l’information, dans la journée, ou bien votre journal sera-t-il immuable, chaque matin, comme un journal papier, mais avec contenu différent ?

Dominique Jamet : Dans un premier temps au moins, nos moyens ne nous permettront pas sans doute de nous renouveler intégralement chaque matin. Nous aurons donc une partie du « journal » qui comportera des éléments rédactionnels susceptibles d’une durée de vie supérieure à vingt-quatre heures et une partie renouvelée et enrichie au fil des contributions qui nous parviendront.

Riposte Laïque : Après diverses expériences professionnelles, vous vous lancez dans la presse internet. Pensez-vous que c’est le sens de l’histoire, et que la presse papier ne peut aller qu’en déclinant ?

Dominique Jamet : Même si nul ne peut dire ce que sera son avenir, chacun est à même de constater les difficultés de tous ordres qu’affronte la presse papier, notamment quotidienne. En tout état de cause, le lancement et la pérennité d’un nouveau journal de type traditionnel exige des capacités financières que détiennent seuls des groupes industriels puissants. D’où la mainmise sur les médias (car ce qui est vrai de la presse écrite l’est encore davantage de la radio et de la télévision) d’entrepreneurs qui ne sont pas journalistes et dont les motivations (prestige,  soutien politique, détention de leviers d’influence) n’ont rien à voir ni avec le souci de l’information ni avec le nécessaire maintien du pluralisme. Le Web offre une souplesse et une légèreté de structure que n’offre pas la presse-papier. Ces atouts doivent permettre, pour peu que la curiosité et le civisme existent encore dans une fraction numériquement importante du public, la naissance, le développement et le succès d’aventures de presse qui, sous une forme nouvelle, répondent à un besoin permanent de la société et de la démocratie.

Riposte Laïque : On se doute que contrairement à vos confrères Rue 89 ou Médiapart, vous n’avez pas bénéficié de chèques de soutien de certains milliardaires liés à l’actuel gouvernement, et encore moins de subventions publiques. Pour autant, il vous faut un budget pour tenir. Votre journal demeurera-t-il gratuit, et accessible à tous, et dans ce cas, à quelles conditions pourrez-vous poursuivre ce projet ?

Dominique Jamet : Boulevard Voltaire n’a rien à cacher : il est aussi nu que la Vérité sortant du puits. Cette pauvreté est la meilleure preuve et, dans un premier temps, la plus sûre garantie de son indépendance. Mais il va de soi que rien de durable, en matière de presse, ne peut s’édifier sur le seul socle de la gratuité et du bénévolat. Il nous faut d’abord exister, et mériter l’adhésion d’un nombre suffisant de lecteurs. Ce n’est que lorsque nous aurons atteint une masse critique que nous serons assez crédibles pour attirer l’indispensable attention des annonceurs, lancer une souscription auprès de ceux qui accepteront de nous apporter un soutien financier et franchir une nouvelle étape. Nous n’en sommes pas encore là.

Propos recueillis par Pierre Cassen

image_pdfimage_print