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Driss Ghali : sur le plan des idées, Zemmour a raison sur l’essentiel

Driss Ghali, marocain humaniste et francophile 3/3 : Lyautey, Lugan, Zemmour, NOM, islam, apostats

Driss Ghali, 42 ans, un citoyen engagé sur 3 continents.

Préambule de Driss  Ghali :

Tout d’abord, je vous remercie de m’avoir invité à m’exprimer dans vos colonnes, alors que je pense à contre-pied de plusieurs de vos auteurs. Bien que je partage leurs inquiétudes au sujet de l’Islam, je trouve que certaines prises de position sont excessives. Elles désignent un seul coupable pour le « mal français », alors qu’il s’agit d’un problème multiforme. Je crois, aussi, qu’il faut construire des ponts avec les musulmans qui aiment votre pays et non mettre tout le monde dans le même sac. Il y a une alternative à la Soumission, c’est l’action intelligente, ferme.

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CL. Que pensez-vous de l’ethnodifférentialisme de Lyautey et Bernard Lugan ? Comment avez-vous perçu le livre de Daniel Lefeuvre contre la repentance coloniale ?

DG. Lyautey est un père pour moi. Il a fondé le Maroc moderne. Sans lui, nous serions devenus une sorte de Yémen aux portes de l’Europe.

Lugan se réfère à Lyautey qui posait l’évidence, oubliée par tout le monde de nos jours, et qui dit qu’un Marocain n’est pas un Français et qu’un Malgache n’est pas un Soudanais. J’applaudis Lugan qui ose dire la vérité, car dire la vérité est puni de « mort sociale » aujourd’hui.

J’ai une seule critique à formuler à la pensée de Lugan dans le sens où je trouve qu’il a tendance à minimiser l’islamisme et à survaloriser le facteur tribal et ethnique. Les deux sont essentiels, à mon humble avis.

Le livre de Daniel Lefeuvre est une référence à lire par ces temps de « chasse à l’homme blanc » au nom du supposé « trauma colonial ». 

Toutefois, je crois qu’il est nécessaire de changer de braquet. Il est temps de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité quand il s’agit de colonisation. Il faut oser dire que la France a abusé de son autorité dans ses colonies, avec la complicité active des colonisés. Pour le compte des Français, les Noirs ont maltraité les Noirs, les Arabes ont maltraité les Arabes, les Indochinois ont maltraité des Indochinois. Au Cameroun, il y avait 3500 blancs en 1945 : ce n’est pas avec ça que l’on opprime un peuple, il faut des complices. Ils se recrutaient sur place ou ils venaient d’ailleurs notamment du Sénégal ou du Mali. Au Maroc et en Algérie, nombre de manifestations indépendantistes ont été écrasées par des tirailleurs sénégalais ! Et que dire de la conquête du Maroc accomplie entre 1907 et 1934 avec l’aide de soldats algériens et tunisiens ?

Cette vérité-là, complète et sans zones d’ombre, obligerait tout le monde à un peu d’humilité.

Il faut dire la vérité des années 1962-1965 lorsque les militants FLN planqués au Maroc et en Tunisie ont volé la victoire des insurgés de l’intérieur, lorsque les militaires ont évincé les civils en Algérie, lorsque le FLN a rétabli la torture après le départ de la France, lorsque les harkis ont été brûlés vifs au mépris des Accords d’Evian, lorsque les pieds noirs ont été massacrés le 5 juillet 1962 à Oran.

A « ce petit jeu » de la vérité, personne n’a de quoi être fier. Et je crois que c’est la meilleure solution que d’essayer de diaboliser le camp d’en face.

CL Comment percevez-vous l’éventuelle candidature de Zemmour à l’élection présidentielle française ? Avec vos 3 cultures, son supposé programme vous semble-t-il pertinent pour la France et l’Afrique concernant l’immigration ?

DG Si Zemmour se présente, la politique française aura à nouveau rendez-vous avec les belles lettres. Cela fait trop longtemps que nos hommes et femmes politiques sont fâchés avec la langue et la culture française. Un peu d’érudition ne nous ferait pas de mal !

Sur le plan des idées, Zemmour a raison sur l’essentiel.

Et c’est ce qui rend dingue l’establishment. Ils ont peur en haut-lieu, car, pour la première fois depuis longtemps, un homme issu de l’élite ose dire le réel et affirmer qu’il est possible d’agir sur le réel. Or, l’establishment n’est à l’aise que lorsque le peuple français est convaincu de sa propre impuissance.

Un des grands défis pour la France demain (et pour Zemmour, s’il est candidat et s’il se fait élire) est de gérer la diversité.

Même si on stoppe l’immigration en mai 2022, il y aura tout de même sur le sol français des millions d’immigrés et de fils d’immigrés qui ne sont pas capables de s’assimiler.

Qu’est-ce qu’on leur propose ? Qu’est-ce qu’on fait d’eux ?   Il est temps, et j’en parle dans mon e-book sur la diversité, de proposer une formule qui permette à ceux qui ne peuvent pas s’assimiler de vivre en France, sans casser ce pays ni l’obliger à des arrangements douloureux et déshonorants.

CL. Vous avez parlé récemment sur Twitter du « privilège immigré ». Pouvez-vous nous expliquer ce concept ?

DG. C’est un privilège et en même temps un piège.

L’establishment et ses laquais dans la presse font croire aux immigrés qu’ils ont le droit de voler, car ils souffrent (plus que d’autres) des inégalités sociales. Qu’ils ont le droit de harceler les femmes, car ils ne comprennent pas les codes culturels français. Qu’ils ont le droit de razzier les Champs-Elysées après une victoire de l’équipe d’Algérie, car ils ont besoin d’extérioriser leurs émotions.

Au final, l’immigré est maintenu dans « l’enfance » c’est-à-dire dans l’irresponsabilité. D’excuse en excuse, sa vie se passe dans la vacuité et l’insignifiance, loin du pouvoir réel qui demeure toujours aux mains de l’establishment.

Grâce à Dieu, plusieurs immigrés évitent ce piège. Personne ne leur tend le micro pour en parler, on leur préfère les rappeurs enragés et les joueurs de foot ingrats.

CL. Vous avez fustigé sur Twitter le manque de réussite et de talent collectif des immigrés africains et maghrébins en France comparé aux réussites scolaire, professionnelle, financière et sociale des communautés du sud-est asiatique. Vos propos ont-ils créé une polémique ? Pouvez-vous préciser votre affirmation ?

DG. Si l’on veut le succès de quelqu’un, il faut lui dire la vérité qui dérange et non lui mentir pour garder sa bienveillance.

Moi, j’ai mal au cœur quand je vois que l’Ecole Polytechnique compte de nombreux Tunisiens, Marocains et Sénégalais, nés et élevés au sud de la Méditerranée, tandis que les candidats issus de l’immigration se font rares.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’un fils de berger berbère de l’Atlas parvient à rentrer à Polytechnique, alors que son « cousin », né et élevé à Aulnay, n’y parvient pas ? L’ADN est « le même », la religion aussi.

La réponse se trouve dans les mentalités toxiques qui contaminent les diasporas maghrébines et africaines. Un fils de berger marocain qui est doué pour les études sera obnubilé par la réussite académique, synonyme de réussite sociale pour lui et pour sa famille. En France, la culture banlieue dissuade « au berceau » le dépassement de soi et la réussite académique, comportements attribués aux Français donc aux « ennemis » et aux « faibles ». Le rap est passé par là et a installé l’idée que la société est raciste et qu’il faut « la violer » pour en obtenir quelque chose. J’ai l’impression aussi que l’Education Nationale a lâché l’affaire et a renoncé à la méritocratie. Résultat : les jeunes sont dissuadés d’entrer dans le champ de bataille et laissent les places aux Français de souche et aux étudiants venus d’ailleurs.

Bien entendu, j’essentialise le propos pour aller vite et j’admets volontiers (j’applaudis même) l’existence de superbes exceptions à la règle.

CL. Vous avez une chaîne YouTube qui alterne des formats longs puis récemment des formats hyper courts. Pouvez-vous nous préciser votre projet de communication avec cette chaîne ? Et nous signaler des vidéos qui vous semblent particulièrement pertinentes et que vous recommandez ?

DG. La vidéosphère est devenue incontournable, surtout pour quelqu’un qui « pense mal » comme moi, c’est-à-dire qui ne s’agenouille pas devant Greta et ne crache pas sur la France. C’est un moyen de faire passer un message, ostracisé sur France 24 et BFM TV.

Je vous conseille de voir la chronique quotidienne du lundi au vendredi. Elle dure dans les deux minutes. Puis, si vous avez le temps de vous approfondir, écoutez les fiches de lecture (J’ai lu pour vous) sur Sayid Qutb et Franz Fanon ; le cycle sur « qu’est-ce que la civilisation ? » et sur « comment combattre l’islamisme ».

CL. Que vous évoquent les mots de Grande Réinitialisation de Klaus Schwab, de Davos et Agenda 2030, de NOM Nouvel Ordre Mondial et les déclarations du GIEC sur le réchauffement climatique ? 

DG. Très sincèrement, je suis étonné de voir le système nous fournir sa feuille de route ou une partie de celle-ci. Si cela est réellement le plan de l’oligarchie, alors je rigole, car elle n’a pas pris en compte la surprise que lui réserve l’Islam.

Les stratèges de salon n’ont pas compris que l’Islam, désormais installé au cœur de l’Occident, va changer le monde. On n’installe pas vingt ou trente millions de musulmans en Europe sans en payer le prix !

Même les Etats-Unis seront éclaboussés car si l’Europe explose, ils perdront leur matrice et leur principal allié.

L’Islam va balayer les délires de l’oligarchie, à commencer par le mythe du vivre-ensemble.

Comment veulent-ils faire cohabiter des LGBT avec des familles musulmanes au cœur de Minneapolis ou de Berlin ? ça va péter, et moi je crois que la balance va pencher du côté des plus violents, donc de l’Islam.

CL. Comment vivez-vous et pratiquez-vous votre foi musulmane ?

DG. Je suis un musulman sunnite, marié à une catholique d’ascendance juive. Autant dire que j’ai mis beaucoup « d’eau dans mon vin » !

Ma relation avec l’Islam est un « dialogue » régulier avec Dieu. Je ne fais pas la prière 5 fois par jour, mais dès que j’en éprouve le besoin, je m’adresse à Dieu en récitant des prières islamiques.

Très sincèrement, je suis très attiré par l’énergie de l’Islam, mais très réticent quant à certains musulmans. Je vis un paradoxe : j’aime la poésie du Coran, je ressens qu’il y a dans l’Islam une énergie cosmique, mais je n’aime pas me retrouver dans un environnement majoritairement musulman.

Cette contradiction s’explique très facilement. En fait, l’Islam n’a pas réussi à fabriquer un homme nouveau, contrairement au Christianisme qui a civilisé l’Européen et en a fait un être globalement honnête, discipliné et respectueux.

L’Islam lui n’a pas pu élever les gens au-dessus de la médiocrité de la condition humaine.

Il n’a pas appris aux gens à s’arrêter au feu rouge, à refuser les bakchichs et à ressentir de l’empathie pour les plus faibles. Cela donne des sociétés rongées par l’injustice, l’irrespect et l’ignorance. Et moi je ne supporte pas ce genre d’environnement, je suis trop cartésien !

CL. Que pensez-vous du soufisme dont se réclame Idriss Aberkane ?

DG. J’apprécie beaucoup Idriss Aberkane, ses propos et sa personnalité. Cela ne m’étonne pas qu’il se dise soufi puisqu’il s’agit, en quelque sorte, d’une religion d’élite. Au Maghreb, le soufisme est une pratique de niche, apaisée et discrète, au milieu d’un Islam populaire de plus en plus sensible à ce que nous appelons l’islamisme. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant la colonisation, le soufisme était la religion du peuple, organisée par des confréries puissantes dont les membres se comptaient par dizaines de milliers. A l’époque, le soufisme au Maghreb n’était pas forcément synonyme de modération. Et puis, pour plusieurs raisons, le soufisme a perdu son ancrage populaire et s’est replié, comme je l’ai dit, sur une élite à la sensibilité raffinée.

Par contre, en Afrique de l’ouest, le soufisme a réussi à devenir un phénomène de masse. Il dispose de deux grandes confréries puissantes, les tijanis et les mourides, qui rayonnent du Sénégal au Nigéria.  Ce soufisme noir mérite que l’on s’y intéresse car il s’adresse aux déshérités et stimule chez eux des passions positives et non l’envie de tuer et de détruire. Je vois en lui un antidote contre Boko Haram, un antidote moins onéreux et peut-être plus durable que nos drones et nos missiles.

CL. Comment percevez-vous les critiques des chrétiens et d’apostats comme Majid Oukacha contre certains aspects du Coran ? 

DG. Je les respecte et je les comprends !  Je ne connais pas en détails leurs doléances à l’égard de l’Islam, mais j’admets parfaitement qu’il y ait un côté répulsif dans cette religion. De nos jours, le Christianisme est certainement bien plus bienveillant et « amical » que l’Islam.

Et je crois que la France et l’Occident n’ont pas besoin de plus d’Islam, cette religion étant incompatible avec leur civilisation. Toutefois, je ne crois pas qu’il faille crier victoire dès qu’un musulman se déclare apostat. D’un point de vue stratégique, vous avez intérêt à démontrer qu’un musulman qui accepte de suivre vos règles a toute sa place dans votre société.  Entre les islamistes (c’est-à-dire les récalcitrants à toute idée de collaboration) et les apostats, il y a un ventre mou composé de musulmans qui hésitent à faire un pas dans votre direction. A mon avis, il faut les inciter à se rapprocher le plus possible de votre mode de vie, sans les effaroucher pour autant avec le spectre de l’apostasie.

Merci beaucoup et bonne continuation….

Sa chaîne. https://www.youtube.com/channel/UCOvUbCPLL4D9n_-0vfp64lQ/featured

Son blog. https://drissghali.com/

Son Twitter. https://twitter.com/DrissG5/status/1383926250536804357

La France est devenue une cour de prison

L’immense quiproquo entre la France et ses diasporas africaine et maghrébine

https://frblogs.timesofisrael.com/de-la-diversite-au-separatisme/

Claude Lefranc