DSK inculpé : l’honneur perdu des femmes et du PS ?

Le grand jury a décidé que les charges retenues (7 chefs d’accusation) contre DSK sont suffisamment lourdes pour maintenir l’inculpation mais il va sortir de prison car ses avocats promettent : il sera sage, il ne s’enfuira pas. Il va sortir car il peut acheter sa mise en liberté provisoire en mettant sur la table 1 million de billets verts, et 5 millions de garantie ! Comme l’argent arrange bien les choses, il permet aussi de se payer les meilleurs avocats auxquels les médias ont attribué la mention d’ « avocats des causes perdues » ! On peut se demander dans cette affaire, si on s’occupe de la vérité, ou bien si on négocie « une vérité », puisque DSK, présumé innocent en France et inculpé aux USA, pourrait, et la justice américaine est ainsi faite, à tout moment décider de plaider coupable et négocier avec la plaignante?
En partant illico tête baissée sur la thèse du complot, en prenant parti pour lui, sans connaître les relevés de l’enquête criminelle, ses amis ont, de mon point de vue, fait une faute et rendu un bien mauvais service à DSK. En occultant de prendre en considération la plainte de cette femme, plainte qu’elle maintient fermement, les dirigeants du PS ont, de plus, rendu un bien mauvais service à l’image de leur parti. Va-ton maintenant examiner l’affaire avec un autre regard?
Il ne s’agit pas de vouloir remettre en cause la présomption d’innocence de DSK. Il ne s’agit pas de juger les liaisons et les rapports librement consentis, ni de regarder nos hommes politiques par le trou de la serrure. Il ne s’agit pas, non plus, d’approuver ces images qui défilent sur nos écrans d’un DSK menotté. Simplement, tout mérite d’être analysé aujourd’hui posément. La France doit écouter, enfin, la plainte de cette femme. Essayons de comprendre comment un homme, Président du FMI, occupant à New York une suite à 3.000 dollars et ayant les moyens de se payer une call-girl, comment est-ce possible qu’il se retrouve dans une situation ou il est inculpé de tentative de viol sur une femme de ménage ? Il y a là quelque chose qui cloche dans cet homme qu’on présentait comme supérieurement intelligent. Qu’il soit, au final, jugé innocent ou coupable ne changera pas le fait qu ‘il n’aurait jamais dû se retrouver dans cette vilaine affaire. Quant au droit qu’auront les avocats de DSK de fouiller la vie de cette femmes présumée victime et de la détruire c’est proprement scandaleux !
Les conséquences de ce cataclysme seront très dures, dur d’abord pour la cause des femmes violées. On pensait que « nos » hommes étaient au clair avec la gravité du viol. On croyait avoir sérieusement progressé dans ce domaine, et on a entendu des intervenants responsables, se prétendant de gauche, déclarer:  » on se demande dans cette affaire qui est la victime ? « (1)ou bien : »de toute façon il n’y a pas mort d’homme » (2). Le parti pris pour DSK a fait replonger la France et une certaine élite dans des réflexes de caste et, par dessus, tout machistes. Cette femme peut aussi dire la vérité. Aujourd’hui la cause plaidée par DSK peut être classique, je ne l’ai pas forcée, elle voulait bien ! D’un côté il y aura la parole d’une femme de condition modeste et de l’autre celle d’un homme influent, et par delà une énorme différence des moyens financiers pour l’une et l’autre défense.
Alors qu’il y avait bien des candidats PS à l’élection pourquoi DSK s’est-il retrouvé être le « champion présumé » de cette bataille interne? Une partie de la presse et des médias a fait monter la mayonnaise DSK, à coups de certitudes assénées tous les jours sur ses compétences, matraquage rappelant l’épisode du référendum sur la constitution européenne, ou la montée du candidat Balladur en 95. On obligeait la France à avoir pour lui les yeux de Chimène. DSK une valeur sûre, seul capable de ratiboiser Sarko ! Les choses ont changé, le cas DSK doit maintenant être examiné à la lueur des derniers évènements.
En 1975 Volker Schlöndorfs avait réalisé un film, d’après un roman de Heinrich Böll, intitulé : L’honneur perdu de Katharina Blum. Dans ce film une jeune femme hébergeait chez elle, un anarchiste dont elle ignorait tout des activités terroristes…. On enquêtait sur elle et elle perdait son honneur sans être responsable de rien… En est-il de même aujourd’hui pour le PS ? Le PS s’est-il finalement laissé imposer par les médias le candidat DSK? Les dirigeants qui semblaient plaisanter sur le côté dragueur de leur ami savaient-ils jusqu’où ses plans drague pouvaient conduire?
A l’inverse de cette Katharina Blum il semble bien que certains savaient des choses sur ce que l’on nomme aujourd’hui « pudiquement » la fragilité de DSK. Il semble bien qu’au lieu d’avoir pris cela avec un peu de gravité, ils en aient plaisanté ! Ne s’est-il pas trouvé un homme parmi ceux qui viennent aujourd’hui se prétendre ses meilleurs amis pour lui avoir rappelé la règle du respect dû aux femmes dans ce monde aux » idées de gauche! »?Comment les femmes du PS réagissaient-elles face à cela? A quel point Aurélie Filippetti fut-elle victime pour déclarer dans le journal le Temps:« Je garde un mauvais souvenir d’une tentative de drague très lourde, très appuyée de Dominique Strauss-Kahn. Depuis cet évènement, je me suis arrangée pour ne pas me retrouver seule avec lui dans un endroit fermé. » ?
L’humoriste Stéphane Guyon, lui, n’avait pas fait dans la dentelle pour en parler. Il s’en était méchamment moqué, en février 2009, avec une verve rarement égalée à France Inter!

  1.  


    Stéphane Guillon , à propos de DSK
    4 min – 17 févr. 2009
    Importé par LeBlogocrate
    youtube.com

Si on parle aujourd’hui, à fleuret moucheté, de sa relation aux femmes comme d’une fragilité du personnage et que les langues se délient, la peur étreint, (comme le relatait une journaliste de France culture ce jeudi 20mai) toutes celles qui ont été victimes de son comportement. Était-ce pathologique comme l’a laissé entendre la maman de Tristane Banon ? Y a-t-il eu d’autres Tristane Banon ? Que penser aujourd’hui de l’affaire Piroska Nagy et du pardon bloguisé d’ Anne Sinclair pour son mari ? A-t-elle eu raison de lui pardonner cette « aventure d’un soir », aussi facilement et de faire savoir au monde entier sa fierté d’avoir un mari séducteur?
Les journalistes semblent être maintenant sur la voie d’une réflexion et presque d’un mea culpa plus en accord avec leur fonction. Peut-être peut-on attendre un peu de sincérité de leur part. Au-delà de la vérité des faits et de ce qui s’est réellement passé, DSK a tout loisir de changer, à tout moment, de système de défense, imaginons qu’il finisse par plaider coupable, qu’en serait-il alors de l’image des dirigeants du PS ? Raphaëlle Bacqué leur demande de parler sans attendre (3).
De nombreux électeurs et sympathisants de gauche sont aujourd’hui groggy. Avant que l’honneur du PS ne soit définitivement perdu il paraît souhaitable que les dirigeants de ce parti suivent les sages conseils de cette journaliste du Monde et qu’ils parlent enfin.
Au delà de l’honneur de ce parti, c’est la France qui pourrait y perdre son âme.
Chantal Crabère
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(1) Jean Marc Ayrault
(2) Jack Lang sur France 2
(3) Emission C dans l’air du jeudi 19 mai

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