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Du fanatisme, d’Adrien Candiard : quand la religion est malade


Je vais vous dire ce que je pense du dernier livre d’Adrien Candiard : Du fanatisme. Quand la religion est malade.
Déjà je n’aime pas du tout le sous-titre, mais c’est peut-être un choix de l’éditeur. De quelle religion parle-t-on ? Et qu’est-ce qu’une religion ? Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet.

Adrien Candiard est un prêtre dominicain qui vit au Caire, en Égypte, dans le but d’étudier l’islam. Dans ce livre, il se dit islamologue, ce qui m’étonne car il n’a pas fait d’étude d’islamologie. Il a fait ses études à Sciences Po (Sciences Pipo comme disent certains) avant de rentrer dans les ordres. Cela pourrait expliquer ses positions très indulgentes envers l’islam.
C’est donc un petit livre de 90 pages, composé de 3 chapitres, qui tente d’expliquer les causes du fanatisme religieux, et en particulier de l’islam.
Il y a de bonnes pistes de réflexion, que je vais essayer de résumer, et quelques points avec lesquels je suis en désaccord.

Le livre démarre fort avec l’histoire d’un musulman pakistanais installé à Glasgow, en Écosse, qui, à la veille de Pâques 2016, a posté sur son compte Facebook, le message suivant : « Joyeuses Pâques à mes concitoyens chrétiens ! »
Ce message lui vaudra d’être poignardé à mort quelques heures plus tard par un autre musulman qui n’avait pas supporté ce message amical et bienveillant.
Pourquoi donc tuer un homme qui fait preuve de gentillesse et de courtoisie ?
C’est tout le sujet de ce livre.

https://youtu.be/Tt-Vw5dB3MY

Le frère Adrien trouve la réponse dans les textes du théologien musulman Ibn Taymiyya, qui vécut au XIVe siècle. Il est la référence de tous les djihadistes et salafistes qui ne cessent de le citer.
Ibn Taymiyya a en effet écrit que le musulman qui participe aux réjouissances qui entourent le jour de Pâques doit être rappelé à l’ordre, et s’il récidive il doit être mis à mort.
Mais le meurtrier en 2016, soit 7 siècles plus tard, connaissait-il cette fatwa ?

Dans le 1er chapitre, Adrien Candiard commence par définir le terme de « fanatisme », un concept forgé par les philosophes des Lumières et en particulier par Voltaire qui l’assimilait à la folie, à une maladie mentale à extirper avec la raison.
Et les journalistes aujourd’hui reprennent son discours pour présenter les terroristes comme étant des jeunes paumés et frustrés, manipulés par des cyniques.
L’auteur reconnaît que cette explication par la folie est évidemment insuffisante.
Revenons à Ibn Taymiyya. Il appartenait à l’école hanbalite, qui porte le nom de son fondateur : l’imam irakien du IXe siècle, Ibn Hanbal.
La croyance centrale dans cette école, c’est l’absolue transcendance d’Allah. Comme le proclame le Coran (42, 11) : « Rien n’est semblable à Lui. »
Notre langage, tout comme notre pensée, est donc incapable de dire quoi que ce soit sur Allah. Nous sommes donc condamnés à ne pas le connaître.
Le Coran ne nous révèle pas la nature d’Allah, mais sa volonté.
C’est donc une théologie qui constate sa propre inutilité.

Pour un musulman hanbalite, il est impossible d’avoir une relation personnelle avec Dieu comme les chrétiens. Il ne s’agit donc pas d’aimer ni d’être aimé, mais d’obéir à la Loi.
Être musulman c’est agir comme un musulman. Il n’est pas question d’une quelconque foi ou conviction intérieure. Participer à Noël ou offrir un œuf de Pâques, c’est agir comme un chrétien, et c’est donc être un apostat, et l’apostasie, selon la loi de l’islam, est punie par la mort. C’est aussi simple que ça.

Il faut bien comprendre la différence avec l’enseignement chrétien. La foi du chrétien est une relation personnelle avec Dieu et son prochain, une relation d’amour et de confiance. Et pour cela, toute contrainte se révèle inutile.
En revanche, si l’objectif est de vous faire agir de telle ou telle façon, selon une loi (comme les prescriptions alimentaires par exemple), alors la contrainte s’impose, et la violence va avec. Il n’y a pas de discussion possible puisque tout ce que je peux dire sur Dieu est faux.
L’auteur nous explique pourquoi il faut arrêter de croire que le fanatisme vient seulement d’un traumatisme psychologique ou d’une situation sociale défavorisée. La cause principale du terrorisme est cette théologie.

La faute ne peut donc pas être attribuée à « LA religion » ou « les religions » en général, c’est ridicule. D’où le sous-titre du livre erroné.
Le frère Adrien en conclut que le fanatisme n’est donc pas un excès de Dieu mais au contraire un manque de Dieu. Cette école hanbalite est une sorte d’athéisme religieux. On parle de Dieu mais on refuse d’en faire l’expérience.

Là où je suis en désaccord avec l’auteur, c’est qu’il prétend que cette théologie n’est qu’un courant parmi beaucoup d’autres dans l’islam, et qu’elle n’est pas l’essence de l’islam.
Moi qui étudie les textes de l’islam depuis des années, je peux vous affirmer que cette théologie en est l’essence, ou du moins l’élément principal à retenir. Il y a aussi l’idolâtrie du prophète et du Coran.
Le chapitre 2 a justement pour thème l’idolâtrie. La réflexion est intéressante mais l’auteur ne prend des exemples que dans le christianisme. Il note le risque d’idolâtrer la Bible alors que la Parole de Dieu c’est le Christ lui-même. Je suis d’accord mais il oublie de distinguer la différence de statut entre le Coran et la Bible.

La Bible est une bibliothèque de livres écrits par des hommes, avec des genres littéraires différents, on dit qu’elle est « inspirée » par Dieu. Le Coran, quant à lui, est considéré comme « incréé » par l’islam. Il est donc impossible de contextualiser ses versets. Le Coran est une idole bien plus redoutable que la Bible, avec ses commandements de tuer les apostats et les mécréants.
La troisième idole des musulmans, après Allah et le Coran, c’est leur prophète. Rappelez-vous les assassins du personnel de Charlie Hebdo qui criaient dans la rue : « nous avons vengé le Prophète ! »
Les terroristes tuent au nom du Prophète, et au nom d’Allah et au nom du Coran.
Adrien Candiard n’en parle pas. On peut ainsi dire qu’il n’a fait que le tiers du travail.

Dans le troisième et dernier chapitre, le frère Adrien propose trois remèdes au fanatisme et au radicalisme religieux :
Le premier, c’est la théologie chrétienne. Une théologie en tant qu’effort personnel pour rendre compte de sa foi, une réflexion critique, une démarche progressive et jamais inachevée. Les musulmans en sont-ils capables ?
Le second remède c’est pour lui le dialogue interreligieux. Là je suis beaucoup plus sceptique, ayant constaté l’échec du dialogue de ces dernières décennies.
Et son troisième remède, c’est la prière personnelle et silencieuse. Là je suis plutôt d’accord. Le fanatique se nourrit d’un culte collectif et bruyant, de rituels répétitifs et codifiés.

Pour conclure, je dirais que c’est un bon petit livre qui offre quelques pistes de compréhension de l’islamisme, mais qui fait l’erreur de réduire ce processus à une seule école, alors que tous les musulmans sont concernés et subissent les pressions et les menaces des plus violents.
Islam signifie « soumission », ne l’oublions jamais.

Louis Davignon