Duo et choeurs contre la laïcité et la loi de 1905

Qui a dit : « La recherche de Dieu est le fondement de toute culture véritable. »
« Dieu n’asservit pas l’homme, mais le libère. »
« L’Europe et la France ne s’inspirent pas suffisamment de la sagesse des grandes traditions religieuses…au profit d’une forme de rationalité qui exclut totalement Dieu de la vie de l’Homme. »
« Dans la transmission des valeurs et de l’apprentissage entre le bien et le mal, jamais l’instituteur ne pourra remplacer le curé ou le pasteur. »
« Le principe de laïcité ne doit pas empêcher l’Eglise de prendre une part toujours plus active à la vie de la société… Il n’appartient pas à l’Eglise d’être un Etat ou une partie de l’Etat, mais il lui appartient de se savoir responsable de tout et de ne pouvoir se limiter à elle-même. »
« Je souhaite que les cultes soient mieux représentés dans les instances officielles. »
« Je salue l’expression belle de laïcité positive…car nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l’importance de la la¨cité est devenue nécessaire. » ?
« J’en appelle à une laïcité positive, une laïcité qui respecte, qui rassemble, qui dialogue… »

Vous n’allez pas le croire. Mais les phrases impaires sont de Benoît XVI et les phrases paires du chanoine de Latran, accessoirement président d’une République une et indivisible, laïque et démocratique. Etonnant, non ?
Etonnant pour qui verse sans y penser dans la naïveté ou l’angélisme béat (pléonasmes). Car le voyage actuel du pape en France évoque, à l’évidence, la rencontre d’un père et de sa fille aînée, un temps éloignée, et qu’il voudrait réinsérer dans le giron originel, nonobstant les bouleversements irréversibles de l’Histoire des Hommes, de leur pensée, de leur mode d’organisation de la société, de leur rapport à la divinité de plus en plus distendu au fur et à mesure que progresse l’esprit de raison et la connaissance de ce qui est.
L’Homme a montré qu’il n’avait nul besoin de divinité pour élaborer une morale, œuvrer sur les chemins de la connaissance du Monde et de lui-même, construire des sociétés qui lui permettent de vivre –ici et maintenant- d’une manière à laquelle les prophètes les plus échevelés n’avaient même pas osé rêver, modeler les créations artistiques de tous ordres marquant son génie créatif…L’Homme s’est fait « Homme » et « Homme Libre » en s’appropriant ce qu’il est et ce qu’il doit à l’univers complexe qui l’entoure, en se libérant de l’aliénante soumission à un esprit créateur, en explorant par lui-même l’espace immense et perpétuellement élargi du savoir…
Mais le fil rouge de cette visite où le chef notre Etat s’est comporté en représentant soumis et obséquieux au-delà même du raisonnable ( le faste de l’accueil sous les « ors » de la République, tapis rouges compris, le déplacement à l’aéroport, la réception après celle du représentant de l’Eglise de France…) pour celui qui venait comme « chef de l’Eglise vaticane » ( et dont 62% de français considéraient que sa visite ne concernait que les catholiques – « Métro » du 12 / 09 /08) ressort de la forme de cet accueil même : il s’agit de préparer les citoyens de notre pays à l’abandon des principes essentiels de la laïcité tels qu’ils sont formulés par les articles 1 et 2 de la loi de 1905.
Et les discours à deux voix prononcés en canon, comme le montrent les citations reproduites ci-dessus qui mêlent des références antérieures à celles du moment, n’ont eu de cesse que de prôner un retour en force des religions ( et de la religion catholique en particulier) dans un espace public où elles pourraient s’imposer et modeler les lois au nom de leurs particularismes ou de leurs intérêts particuliers, aucune d’entre elles – et par addition même- ne pouvant revendiquer l’intérêt général, seul intérêt légitime en démocratie. D’ailleurs, dans un pays où près d’un tiers des habitants ne se réclame d’aucune religion, où 75% de la population avoue conduire sa vie sans référence précise à une quelconque religion, comment pourrait-il en être autrement ?
La nécessité que prône nos duettistes de donner aux religions la place qu’avait pu avoir, ici même, la religion dominante dans les siècles précédents, n’est pas une affirmation purement spirituelle : enfermer « les âmes » dans les dogmes et les rites pour les conduire en « ouailles » bêlantes est la nature même de toute religion … il faut aussi « régir » les corps (dont on ne peut plus dire qu’ils ne sont que « guenilles ») et régenter le corps social.
Derrière les assertions « théoriques et globales », il y a l’intention politique : pour ceux qui dirigent (dans tous les domaines : économie, administratif, culturel, idéologique …), seule compte la construction politique de l’Europe libérale et anglo-saxonne, et la structure générale qui doit la réaliser est celle d’un ensemble administrativement et sociétalement éclaté où les religions (et, en particulier, la première d’entre elles du fait de l’Histoire) vont assurer le ciment social.
Il convient donc de les rétablir dans ce pays de France outrageusement laïque au rang où elles peuvent être en Pologne par exemple, le catholicisme affirmant sa supériorité dans tous les domaines, les autres cohabitant avec lui à la place inférieure qui est la leur. On comprend mieux pourquoi tant de « faiblesses coupables » au regard de la laïcité, sont concédées à l’islam dans notre pays, tout affaiblissement du principe fondateur profitera au catholicisme qui « tirera les marrons du feu »…
C’est cette approche politique qui est essentielle : qu’on se rappelle (ce n’est pas si loin ) le projet de Traité Constitutionnel Européen et ses articles I 52 et II 70 sur le rôle spécifique des églises, l’article I 11 sur le principe de subsidiarité qui porte en germe l’altération de la cohésion nationale et de l’égalité du citoyen devant la loi, l’article II 74 (sur l’enseignement) et la Troisième partie (sur l’économie libérale) qui organisaient la « marchandisation » de l’Ecole… Qu’on n’oublie pas les « forces politiques armées » (telle la COMECE) que le Vatican a placé auprès des instances européennes…Et il n’est jusqu’au choix d’un pape allemand ( après un pape polonais) qui ne doive nous « faire dresser l’oreille »…
Le combat pour la laïcité à mener est sur ce terrain : et il doit l’être dans la clarté, dans sa totalité, et avec la vigueur la plus extrême… Car, juste derrière les duettistes, soutenant leurs accords et amplifiant la calomnie contre la laïcité, on peut entendre Mme Alliot-Marie vitupérer contre ceux qui ont une « conception archaïque » de la laïcité et M. Raffarin ( qui vise la présidence du Sénat) demander « à compléter la loi de 1905 »…C’est pour trouver sa place au premier rang qu’une nouvelle venue –Mme Kosciusko-Morizet- s’emporte contre « les extrémistes de la laïcité » tandis qu’un ensemble imposant d’élus de tous niveaux appartenant à la majorité actuelle approuve dans des murmures de soutien…et que l’ineffable recteur de la « grande mosquée de Paris » y va de son couplet sur « le moratoire sur la loi de 1905 »…Mais il n’y a pas à s’étonner des airs « anti-laïques » chantés de ce côté de la scène : chacun est à sa place et dans son rôle…
Plus curieux sont ceux qui viennent du côté opposé, en arrière fond comme pour rester masqués, jouant à la fois sur l’éclatant et le tonitruant quand il s’agit de dénoncer les propos « papistes », mais mettant curieusement en sourdine quand la laïcité est attaquée par le communautarisme religieux islamique…Certes, le parti socialiste a appelé le président à être « le gardien de la laïcité » et Julien Dray y est allé d’un « coup de menton » énergique en martelant « que la religion est une affaire individuelle ».
Que n’ont-ils pas la même vigueur pour dénoncer les atteintes à la loi de 1905 perpétrées, quotidiennement, par leurs amis Aubry, Collomb, Delanoë, Hervé (j’en passe, et de bien plus nombreux) qui mettent l’argent public au service des religions, qui utilisent tous les subterfuges pour construire aux frais de leur collectivité territoriale des établissements cultuels, qui vont au-devant de demandes communautaristes musulmanes, qui ferment les yeux devant la « chosification » de la femme que réalise cette religion… Avec de tels défenseurs, la laïcité n’a pas besoin d’ennemis et le président de la République trouve en eux, sur le terrain et tous les jours, des pratiquants de sa « laïcité » positive et de futurs alliés tacites dans son objectif de toilettage de la loi de 1905 …
Et que dire de ceux qu’on appelle « les Verts » ? Dans un communiqué officiel incendiaire rappelant que la Pape refuse l’homosexualité comme la contraception et affirme des positions rétrogrades en matière de mœurs, ils concluent, véhéments, « nous refusons la France – église de Sarkozy » …préférant sans doute aucun « la France – mosquée » de Ramadam et autre UOIF dont ils font leurs choux gras avec leurs amis altermondialistes et maints responsables de la « gauche extrême » …
Nous ne polémiquerons pas avec M. Bayrou (il ne le veut pas lui-même), aussi le laisserons-nous assister en paix à la messe papale de Lourdes à l’occasion du cent cinquantenaire des « apparitions » en lui souhaitant de ne pas guérir de ses ambitions présidentielles : il nous faudrait saluer un « miracle »…Et si l’on a parlé d’ overdose pour l’ onctuosité politico-médiatique papale dans les allées de la fête de « l’ Humanité », on y aura (on l’espère) dénoncé aussi la complaisance éhontée pour le communautarisme religieux musulman pratiquée par nombre d’élus « communistes » et servie jusqu’à la nausée par la missive de ce conseiller général communiste de Noisy-le-Sec dont ce numéro de « Riposte Laïque » publie des extraits significatifs (article de Christine Tasin).
Avec vigueur, sans relâche, dans la clarté, dans sa totalité, dans l’unité de ses défenseurs …Telles sont les caractéristiques du combat actuel pour la défense et le renforcement de la laïcité…Force est de constater qu’aucune structure politique existante n’est de nature à le conduire, aucune association qui se réclame d’elle n’est à même de l’organiser…
Il faut sans doute réfléchir au comblement de ce vide.
Robert Albarèdes
www.laic.fr

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