Dupond-Moretti, le ministre fier d’avoir défendu Merah

Éric Dupond-Moretti, Le Dictionnaire de ma vie : Une appétence pour les mots.

Un luxe incroyable ! Rédiger mon propre dictionnaire ? Fallait oser. Et il l’a fait !

AbdelKader Merah : « Un sentiment n’est pas une preuve. Juge ce que tu vois, mais laisse (Allah) Dieu juger ce que tu ne vois pas. » Les 11, 15 et 19 mars 2012, à Toulouse et Montauban, le djihadiste Mohamed Merah assassine 3 militaires ainsi que 3 enfants et un enseignant juifs de l’école Ozar-Hatorah, avant d’être abattu par le Raid le 22 mars 2012. Cinq ans après les faits, le 2 octobre 2017 s’ouvre le procès d’Abdelkader Merah, accusé de complicité dans les sept assassinats commis par son frère au nom d’un groupe affilié à al-Qaïda et jugé devant la Cour d’Assises spéciale de Paris composée exclusivement de magistrats.

Le 30 octobre 2017, après 4 semaines d’audience, d’interrogatoires, de témoignages et de plaidoiries, l’avocate générale requiert la réclusion à perpétuité contre Abdelkader Merah. Je plaide l’acquittement.

Extraits de ma plaidoirie pour le procès d’Abdelkader Merah : « Des hommes de paix assassinés, blessés, des petits enfants qui ont été exécutés, toute cette abomination commise au nom de Dieu (Allah).

« Tous ces morts, toutes ces images, le sang, les larmes, c’est le moyen choisi par les terroristes pour nous soumettre. Le chaos et l’effroi ont pour but de nous faire abandonner notre mode de vie, notre mode de pensée, notre mode de juger. Les mots que je destine à la Cour seront une blessure supplémentaire infligée aux victimes, à qui on affirme, sans preuve, que par défaut l’artisan de leur malheur est Abdelkader Merah.

L’acquittement d’Abdelkader Merah, prononcé au bénéfice du doute, serait une injure pour certaines parties civiles. Notre époque est marquée au quotidien par le sceau du terrorisme que nous imposent les islamistes radicaux. Nos dirigeants, les chroniqueurs de tous ordres, les gens ordinaires parlent de guerre, ainsi nous serions en guerre. Le juge doit dire si les règles qui étaient les nôtres et que notre société civilisée (soumise) a mis des millénaires à élaborer s’appliquent ou si nous sommes entrés dans une ère nouvelle.

Les 27 octobre 2017, le journal Le Monde (de la gauche droit-de-l’hommiste bien-pensante) évoque la charge symbolique de ce procès. Évidemment, votre cœur bat pour les victimes, l’émotion balaye tout sur son passage, votre chagrin est exclusif, il est confiscatoire. Vous avez dénié à une femme la douleur de la perte d’un fils (terroriste). Nous savions tous qu’elle avait menti délibérément. Elle a un fils dans le box, un fils mort.

De quelle partie de notre serment, qui comporte le mot humanité, avez-vous tiré le droit de dénier à cette mère, qui que soit son fils, ce conflit de loyauté qui pouvait être le sien. Je voudrais vous lire un texte signé Jacques Degrandi, rédigé par le premier magistrat de cette Cour d’Appel, prononcé en janvier 2013.

« Pendant longtemps, les victimes ont été les grandes oubliées du procès pénal. Elles pouvaient y obtenir réparation, mais en étant bien seules, et sans aucune certitude d’obtenir (satisfaction).

« Atteintes dans leur chair, il leur incombait de recouvrer elles-mêmes les indemnités en recourant à un huissier, fréquemment au prix de nouvelles et longues procédures d’exécution, la plupart du temps en pure perte en raison de l’impécuniosité des délinquants. Ce déséquilibre excessif devait être corrigé.

« Mais il ne faut pas céder à la tentation de (vouloir) transformer la victime, selon les termes du doyen Carbonnier, de sujet passif du délit en agent martial de la répression. Pendant des années, les fonctions de la sanction pénale, protéger la société, punir le coupable et permettre sa réinsertion, ont occulté les réparations.

« C’était une erreur. Mais elle ne doit pas être réparée par la dérive d’une mise en scène du malheur destinée à favoriser le deuil des victimes, au point de dénaturer la justice pénale transformée en instrument de vengeance collective et individuelle. Il n’est plus exceptionnel que des acquittements de cours d’assises soient stigmatisés et caricaturés au nom de victimes, par d’incompréhensibles décisions de justice !

« Ils donnent lieu à des commentaires, perçus comme des vérités judiciaires, qui sont de nature à faire accuser la justice d’ajouter à la douleur des victimes. Sans compter la certitude alors communément partagée que l’institution judiciaire s’est fourvoyée dans quelque obscure lutte d’influences qui l’ont pervertie pour faire triompher l’injustice. Progressivement, la victime devient l’âme du procès pénal et de ses suites. »

Dupond-Moretti : La justice puise sa légitimité dans la distance, l’analyse et l’impartialité, autant de qualités qui constituent des remparts contre l’erreur judiciaire. Et il y a l’opinion publique, cette prostituée qui tire le juge par la manche, disait Moro-Giafferi. Il fallait un coupable pour réparer les errements de la police !

Il fallait un coupable parce qu’Abdelkader Merah incarne le Mal absolu, pour que le Mal (ait) un visage qu’on peut éradiquer. Il est celui dont on a besoin pour se donner l’illusion qu’on peut conjurer (le Mal).

Dupond-Moretti exprime son mépris de classe Bobo droit-de-l’hommiste du Café de Flore, je le suis :

« Au Café du commerce, entre l’odeur de l’anis et du café, c’est au pire une balle dans la tête, c’est au mieux un procès sommaire où l’on va pouvoir vociférer et applaudir, un procès sans défense, ou avec une défense mutique. » Et cela, après l’opinion publique, cette prostituée !

Ma crainte, c’est que la haine, qui vous est interdite, interdise la justice (à Abdelkader Merah).

Dupond-Moretti : J’ai davantage confiance dans la cuisine de mon pays que dans sa justice !

« Aurez-vous la même exigence en termes de preuve que dans le comité de salut public qui institua à Orange un tribunal révolutionnaire, où son président, Jean Fauvety, entreprit de dénoncer à Robespierre l’un de ses assesseur ? Il a dit de lui : « Meilleret ne vaut rien comme juge, il lui faut des preuves ! »

Dupond-Moretti se lance alors dans un procès politique : « Le terrorisme a libéré tous les populismes. Politiquement, la parole est aujourd’hui décomplexée. L’excellent Ménard, maire de Béziers, martèle qu’il faut être blanc et chrétien pour être français. Et de dénoncer : l’apéritif saucisson-vin rouge, c’est la République, c’est deux fois des frites ou l’idée folle qu’on puisse distinguer les Français de souche des binationaux !

Et dans ce dossier, dans celui qui nous occupe, vous croyez que la parole n’est pas décomplexée ?

Merci d’avoir rappelé à cet officier de police judiciaire, au service de la vérité et de la preuve, qu’un sentiment n’était pas une preuve. Et si le Code de Procédure Pénale ne vous suffit pas, faites-vous aider de saint Augustin, il a dit : « Juge ce que tu vois, mais laisse Dieu (Allah) juger ce que tu ne vois pas« .

Ce qui n’est pas prouvé, n’existe pas.

Et de citer le socialiste Robert Badinter qui a déclaré DSK innocent et hurlé au complot ! « La paix publique a été une longue et difficile conquête. L’insécurité dans la rue, dans les maisons, c’est une terrible régression. Il est juste qu’elle soit ressentie comme telle« . (Et nous savons aussi que l’insécurité est au cœur de notre société moderne, comme elle ne l’a jamais été. Les violences font le drame de notre civilisation).

Et Badinter de dénoncer « notre société d’égoïsme, notre société d’égoïsme repliée, notre société sans rigueur ! Comment ne pas comprendre l’appel à la vengeance ? Mais que le ministre de l’Intérieur y participe, alors qu’il ne sait rien de ce que révélera l’instruction pénale, rien de la responsabilité pénale du criminel, que le ministre de la Justice promette une instruction rapide, une justice expéditive (?), se mêlant de ce qui ne le regarde pas car c’est l’affaire du juge d’instruction. Le ministre de la Justice n’a ni ordre ni conseil à donner !

« Que ces deux ministres d’État, chacun avec son tempérament, l’un brutal, l’autre enveloppé, hurlent avec les loups, cela ne se comprend ni ne s’excuse. Gouverner, ce n’est pas recueillir, pour y trouver profit, la peur qui nous fait perdre raison, la haine qui nous rend incapables de vraie justice. Gouverner, ce n’est pas nous flatter ni nous ressembler quand nous devenons médiocres. Qu’une partie de la presse ait fait le même et médiocre métier, qu’elle ait alimenté la colère en détails inventés en commentaires destinés à faire peur !

« Qu’elle se soit dégradée jusqu’à célébrer la haine et regretter qu’il y ait des juges là où il suffirait d’un bourreau, qu’elle ne se sente d’autre mission que de suivre l’opinion publique, de l’exaspérer, quand il faudrait l’éclairer et la retenir, car elle devient féroce : cela non plus ne se comprend ni ne s’excuse. »

Car, au fond, ce qui est proposé à propos d’Abdelkader Merah, c’est la règle de l’axiome. L’axiome ? C’est quelque chose qui ne se démontre pas, et dont il est impossible de démontrer le contraire. C’est-à-dire qu’en réalité, on dénie toute humanité à Abdelkader Merah (alors que son frère a été criblé de balles) !

J’affirme que si Abdelkader Merah est ici, c’est parce que son frère Mohammed Merah est mort ! Et je veux vous démontrer qu’il y a eu un acharnement, il fallait absolument qu’Abdelkader Merah soit jugé. Je vais vous dire qu’il y a une grande malhonnêteté dans cette histoire. Il y a trois hypothèses : soit il n’a rien fait, il n’a pas donné de conseils et j’inclus dans cette hypothèse que vous n’avez pas la preuve qu’il a fait quelque chose. Soit il a donné des conseils à son frère. Alors, soit ce sont des conseils pour le djihad et c’est dix ans [c’est le maximum de la peine prévue pour association de malfaiteurs délictuelle], soit ce sont des conseils pour les crimes d’assassinat, et là, l’association de malfaiteurs ne sert à rien, car elle est punie de vingt ans et elle ne sert à rien, car si vous retenez ça, évidemment vous retiendrez la complicité d’assassinats. Mais l’on ne vous a pas permis intellectuellement de vous poser la question de savoir si à un moment il n’avait pas pu dire des choses à son frère, correspondant à une association de malfaiteurs non terroriste.

Curieuse conception de la responsabilité pénale, qui n’est jamais collective mais individuelle. Vous n’avez rien. Il y a une conception de la justice que je déteste, celle qui consiste à arriver avec son dossier et à ne rien changer. Même si les faits ont exceptionnellement et durablement troublé l’ordre public, le trouble persistant occasionné à l’ordre public ne doit pas s’opposer à l’examen d’une demande de mise en liberté.

Nous n’avons aucune excuse pour ne pas faire ce que notre conscience nous dicte de faire. Le courage judiciaire, c’est celui qui quitte la galerie antiterroriste parce qu’il ne supporte plus d’y voir ce qu’il y a vu. Le courage judiciaire, c’est simple et puis c’est d’autant plus facile, que nous n’avons aucune excuse à ne pas faire ce que notre conscience nous dicte. Si vous condamnez Abdelkader Merah, vous aurez jugé sans doute, mais vous n’aurez pas rendu justice. Justice sera morte, ou gravement blessée.

Le 2 novembre 2017, la cour d’assises spéciale juge qu’Abdelkader Merah n’est pas coupable de complicité d’assassinats, mais reconnu coupable d’association de malfaiteurs terroriste et de vol en réunion. Il est condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle dont deux tiers incompressibles.

En acquittant Adbelkader Merah du crime de complicité d’assassinat, la cour d’assises rappelle que, même dans les affaires de terrorisme les plus graves, la preuve et la règle de droit ne sont pas reléguées au rang d’accessoires. Les juges, et c’est à leur honneur, ont résisté à la pression de l’opinion publique. Moins de 24 heures après le verdict, le parquet général de Paris a fait appel. Il y aura un nouveau procès Merah !

Fin de citation de Dupond-Moretti : Le Dictionnaire de ma vie : Une appétence pour les mots !

Éric Dupond-Moretti : c’est pour moi un honneur de défendre Merah !

Thierry Michaud-Nérard

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6 Commentaires

  1. son nom ne restera pas inscrit dans les annales,l’histoire en France ou de grands personnages important !! méme son piétre passage comme ministre il n’en sortira rien et restera qu’un avocat toujours a la recherche d’un « procés poubelle »

  2. mon père ne disait pas « avocat » mais « menteur professionnel
    plus grave sont ses positions aujourd’hui

  3. Le Métier d’un Avocat est de Mentir sans Preuves…
    Le Métier d’un Ministre est de Prouver des Mensonges…
    Quand on aura compris ….

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