Editorial du Monde : un festival de poncifs et de manipulations

Agacement, sourires, rire (pas jaune du tout), effarement devant tant de mauvaise foi ou d’ignorance. Voilà ce que j’ai manifesté spontanément et quasi simultanément en si peu de temps à la lecture de l’éditorial du Monde du mardi 2 décembre 2009 (1). J’ai rarement lu autant d’inexactitudes, de poncifs, de phrases manipulatrices qu’en si peu de lignes.
Tout d’abord, lorsqu’on a la prétention d’informer objectivement des lecteurs, tout article se doit de décrire un phénomène à charge et à décharge. Ce qui n’est pas le cas de cet éditorial qui charge à sens unique les 57% d’électeurs suisses n’acceptant pas les minarets. A aucun moment, n’est esquissée une amorce de compréhension des nombreuses raisons ayant poussé une majorité de votants suisses à voter ainsi.
Non, au contraire, les bien-pensants intervenant dans le Monde n’ont eu de cesse d’éprouver du dédain, voire du mépris à l’égard des électeurs suisses ou des autres Européens les soutenant, en laissant entendre qu’ils n’avaient exprimé ainsi que des bas instincts, comme la peur, la volonté de discriminer ou le mépris d’autrui. Curieuse attitude que de mépriser celui qui ne pense pas comme vous, parce qu’on lui reproche d’être lui-même méprisant ; à moins que l’objectif ne soit plutôt d’intimider et de résoudre ainsi l’autre au silence ?!
Dès la première phrase, le ton est donné, puisqu’on prétexte les dérapages racistes, ultra minoritaires par rapport à la masse des contributions envoyées lors du débat sur l’identité nationale, pour les lier au « coup de semonce » du vote suisse, évoqué à la phrase suivante. Mmmmh ! Donc, inconsciemment se dessine, comme habituellement dans ces médias, l’image du musulman, victime des dérapages, mais aussi dorénavant, en plus, victime d’un vote.
L’évocation de la victimisation du musulman se prolonge de suite dans le deuxième paragraphe puisque sa pratique religieuse s’effectue dans des « conditions indignes ». Et « on » ose donc rejeter leurs symboles. Bigre, « on » est vraiment méchant de s’acharner sur des victimes. J’utilise volontairement ce terme « on », très général, puisqu’il s’agit pour l’éditorialiste, de culpabiliser le maximum de personnes, sans finalement décrire de quelles catégories de personne il s’agit. Ce flou dans la désignation nous suggère le fameux englobant « ces gens-là » utilisé par les racistes, bien authentiques ceux-là.
Mais revenons-en à cette fin de deuxième paragraphe, ou on apprend qu’ « on » ose s’associer à la joie et aux applaudissements des populistes et extrémistes européens, tel le FN. Mais ce « on » n’a donc aucune conscience morale de se retrouver associés à de tels individus.
Dans le troisième paragraphe, le lecteur apprend qu’à défaut d’un minaret, « on » édifie un mur symbole de « la défiance et du refus de l’autre » ; c’est le retour à la ritournelle du musulman victime, d’autant plus, qu’ « on » « affuble sa religion des pires fantasmes ». Voyons, mesdames et messieurs du Monde, cet argument est éculé aussi, car de plus en plus de gens ont lu le coran ou des biographies de Mahomet ; et ils se sont empressés d’en informer leur entourage ; et croyez le bien, s’il y a bien fantasme, il réside plutôt dans l’esprit de ceux qui croient naïvement à un islam des Lumières. Les contempteurs de l’islam ont, au contraire côtoyé la réalité du coran et de la vie de Mahomet.
Quant à la « défiance », nous avons plus de chances de la trouver de la part d’un admirateur du coran face à des versets appelant à la méfiance à l’égard des juifs et des chrétiens, quand ce n’est pas à leur combat.
Suit l’habituelle distinction à faire entre islam et islamisme : les pauvres rédacteurs ! Ils n’ont donc pas compris l’étroite parenté entre islamisme et islam. Ah et puis, « la stigmatisation de l’islam » ! Stigmatisation ! Je pense que c’est devenu le mot qui m’insupporte le plus. Il est utilisé à toutes les sauces. Il ne se passe plus un jour sans qu’il soit entendu. Un mot à l’origine religieuse d’ailleurs, qui montre bien, hélas, le retour du religieux dans notre vie publique. Pourtant, on souhaiterait, nous, défenseurs de la laïcité, que le religieux se cantonne au domaine privé. Or, l’éditorialiste à l’air tout surpris qu’on demande à l’islam « d’être invisible ».
Enfin, dernière phrase de ce paragraphe, les bien-pensants remettent le couvert : on fait partie « du terreau des adaptes du repli sur soi et de l’intolérance ». Alors là, « repli sur soi », ça ne manque pas de sel, de la part de journalistes, dont la connaissance des différents milieux socio professionnels et culturels de notre pays, se réduit à bien peu.
« Il faut sortir des caricatures et des assimilations honteuses ». Sortir des caricatures : quel beau lapsus. Seraient–ce celles de Mahomet parues dans le journal danois ? Et les assimilations honteuses ?! Commencez déjà par éviter d’en faire vous-même, en n’assimilant pas les anti-minarets à des racistes, des frileux égoïstes, égocentristes, des extrémistes, etc…
« L’identité européenne c’est aussi la reconnaissance des religions ». Mais nom d’une pipe, refuser le minaret ne signifie pas qu’on ne reconnaisse pas l’existence de l’islam, ni la liberté d’expression de son culte. Mais celle-ci relève du domaine privé – comme pour toutes les autres religions- . Et ce n’est pas la peine de nous en rajouter une couche, en employant pour la deuxième fois dans cet éditorial, l’expression « stigmatisation de l’islam ».
Le sermon éditorial se conclut par le rappel de deux arguments éculés :
– la menace de l’extrémisme et du repli communautaire, si on ne cède pas aux exigences des musulmans. Comme si ce repli n’était pas déjà bien engagé.
– L’intégration facilitée par la construction de mosquées ; alors qu’au contraire, cela n’empêche pas le communautarisme de croître.
Même la dernière phrase est encore dans le registre de la mauvaise foi, suggérant une nouvelle fois, que, par le refus de construction d’un minaret, on s’opposerait à la pratique de cette religion.
Le fameux journal de référence semble être devenu, en peu d’années, la référence de la mauvaise foi, du catéchisme répétitif d’un humanisme dévoyé, car détourné de son rôle libérateur et émancipateur des individus. Ce n’est pas exagéré de penser ainsi, à la lecture de cet éditorial au conformisme paresseux, qui ne fait pas dans la subtilité en utilisant les bons vieux ressorts du populisme tant décrié par eux-mêmes. Mais là, au lieu de flatter les bas instincts du peuple, l’éditorial flatte la vacuité nihiliste de pseudo humanistes et leurs désirs de recherche d’un bouc émissaire, c’est-à-dire de l’individu qu’ils projettent comme raciste, ignorant et affecté de tant d’autres tares, dont la plus grave à leur yeux, est de mettre en doute le paradis multiculturel, selon lequel toute les cultures se vaudraient et partageraient les mêmes valeurs d’humanisme et de concorde.
Jean Pavée
(1) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/01/rejet-ostensible_1274477_3232.html

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