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Education nationale : bon débarras, Michel Lussault a démissionné

Michel Lussault a démissionné. Chantez Fontaines, hurlez de joie sapins et forêts, terrils et collines. C’est un signe d’espérance pour les jeunes enseignants et pour tous ceux qui ont encore devant eux de longues années à enseigner. Et pour nos enfants scolarisés.

Michel Lussault est un géographe. Son idéologie de géographe est à la hauteur de celle qui a gouverné sa présidence du conseil des programmes scolaires. Les dernières idées géniales dans ce domaine se sont portées précisément sur la géographie. Nul doute qu’on ne les lui doive. Mme Claire Polin, présidente de l’association SOS éducation l’a fait savoir, dans les derniers mois de la gouvernance Najat Belkacem de funeste mémoire. Ceux qui ne seraient pas informés sur les ultimes méfaits de nos Diafoirus de l’éducation peuvent se référer à l’information solide et nourrie de cette femme courageuse et persévérante.

Wikipédia consacre toute une page à M. Lussault. Elle est édifiante. La vision de l’espace de M. Lussault est au moins à la hauteur de sa vision de l’école. Il chante le mondialisme à travers ce qu’il appelle les « hyper-lieux » : des espaces intenses et divers où s’exprime la créativité. Les hypermarchés je suppose, ou les grandes plateformes médicales où on ira de plus en plus se faire soigner.

Mieux, il se prononce en géographe sur les points noirs de nos géographies urbaines. Ainsi, la jungle de Calais n’est pas une jungle mais « une sorte d’alter-lieu portant en lui une autre vision de la co-habitation urbaine : plus spontanée, informelle, souple, sobre, autoconstruite ». Elle s’autodétruit aussi, si l’on en croit certains usages des habitants de ces « alter-lieux », qui les incendient. Vieille coutume afghane.

Hurlez forêts, dansez montagnes et vallées. M. Lussault a démissionné. Il était temps, nos écoles n’allaient sans doute pas tarder à devenir des « alter-lieux », portant en elles une autre vision de l’enseignement, spontanée, informelle, souple, sobre et auto-construite par les élèves. Le résultat, comme on sait, est magnifique.

France Inter, toujours prêt à donner une tribune à tout ce qui s’indigne dans les trémolos idéologiques de ses avant-gardes éclairées, a évidemment tendu le micro pour donner à cette démission le caractère éclatant qu’elle ne mérite nullement.
Chantez lycées et collèges de France, nous allons peut-être, peut-être, pouvoir enseigner de nouveau. Nous aurons peut-être de nouveau des programmes dignes de ce nom, le droit d’enseigner la littérature sans expurger tout ce qui risquerait de froisser nos amis musulmans, le droit d’enseigner l’histoire et le roman national, le droit d’apprendre aux enfants à lire, à écrire et à compter. Peut-être le droit de parler de nouveau de la nature humaine dans les programmes de philosophie, et le droit de considérer que l’histoire de la pensée ne commence pas avec les Lumières, ni d’ailleurs l’histoire de France.
Devenir citoyen de la République, cela s’apprend en vivant dans une atmosphère respirable. Ça n’est pas un objectif pédagogique, c’est de la pure propagande idéologique. Dans la langue un peu chic des universitaires, on appelle ça : de la phraséologie.

Ce qu’il faut apprendre aux élèves, après la lecture, l’écriture et la maîtrise du calcul mental, c’est à réfléchir : à penser. Cela ne s’apprend pas de rien, cela s’apprend dans une histoire de la pensée, des idées, une histoire de France, une histoire littéraire et sociale, si riche que pour la raconter les programmes sont insuffisants. Et malgré tout, merveilleux paradoxe, la pensée est un exercice fabuleusement démocratique. Pour cela, il faut simplement ce qui appartient à tout homme : la raison.
Au revoir, M. Lussault, chantez sapins, dansez collines et vallées… Que voilà une excellente nouvelle : vous avez démissionné !

Laure Fornès