Elections : comment gagner?

Au-delà de la nouvelle victoire d’Emmanuel Macron, que retenir des mécanismes observés lors de de cette élection ?

Une élection, ça se prépare (et les primaires sont une mauvaise idée)

La désignation par primaire conduit à des résultats désastreux dans les urnes en France, pour deux raisons :

– d’une part, la période de compétition met en relief les faiblesses de chacun, connues de ses adversaires momentanés d’autant mieux qu’ils sont des proches depuis longtemps au sein du même parti. Pour vaincre un candidat issu d’une primaire de parti, il suffit (presque) de piocher dans les arguments utilisés contre lui lors de cette même primaire : on peut être certain que tous ses casseroles y seront, sans exception ;

– d’autre part, une primaire quelques mois seulement avant l’élection laisse amers les pseudo-soutiens perdants de ladite primaire, par là même peu enthousiastes à soutenir l’aventure de leur vainqueur. De plus, ce dernier n’a aucun délai pour préparer sa stature présidentielle, pour apprendre. On attend du candidat tout juste intronisé qu’il soit tout de suite parfait, qu’il sache prononcer des discours justes, ait de la répartie, prône les tempos et sujets qui feront mouche. Intègre les idées au vol dans son discours du moment, surtout chez ses concurrents, en paraissant, non pas une girouette sans âme, mais à l’écoute et non dogmatique. Bref, mission impossible pour un être humain normal. N’est pas Tom Cruise qui veut.

On objectera au moins deux soi-disant contre-exemples :

– « Ah oui mais Macron il n’avait pas de parti ni rien, et ça a marché en 2017 ! »

Macron a préparé sa candidature de 2017 pendant quasiment 5 ans, d’abord à l’Élysée puis avec tout le soutien des moyens de Bercy, tant logistique qu’en reconnaissance apportée par la fonction occupée. Quand on est ministre, surtout à la tête d’un gros ministère, il n’y a pas loin pour viser la première place, seulement deux échelons plus haut. Et on apprend. À répondre, à discourir à flatter … il n’avait rien d’un novice, En Marche n’avait rien d’une organisation sortie de nulle part. Certes, il lui a fallu tout de même profiter de l’opportunité rare de ce que le président en place, François Hollande, était suffisamment cramé pour n’avoir aucune chance. De là à l’aider un peu, en coulisses ? On peut le penser, pas le montrer – de toutes manières c’est une autre question.

Le Macron de 2017 était sur les rails en 2012, l’organisation et les réseaux qui l’ont porté au pouvoir depuis même plus longtemps (merci le Parquet National Financier créé par Hollande pour la mise en examen super-rapide-jamais-vue de François Fillon pour deux costards : des juges ont élu Macron, ne pas l’oublier …) : il n’est pas sorti de nulle part, ce fut un travail de plusieurs années.

– « Oui mais aux USA c’est comme cela que ça marche ! »

Certes, il y a une différence fondamentale avec France et USA : aux USA l’élection présidentielle est à un seul tour. Ce qui conduit mécaniquement à la formation de deux blocs majeurs par la cristallisation des votes utiles, et seulement de ceux-là puisque tout vote en dehors des deux partis traditionnels est de facto un vote sans effet. Dès lors, peu importe que le candidat arrive tard en campagne et soit inconnu : on vote d’abord pour un parti, établi depuis longtemps.

L’élection en France est très différente de ce point de vue : on vote encore pour une personne avant une étiquette et l’effet vote utile est limité. La première grosse exception a été le premier tour qui vient de se dérouler car les électeurs avaient vu que la concurrence pour être au second tour se jouait entre deux candidats seulement, qui ont siphonné les voix des autres : le second tour Mélenchon – Marine Le Pen s’est joué au premier tour, en quelque sorte.

Aussi, aux USA est-ce que cela fonctionne si bien que cela, cette découverte d’une nouvelle tête quelques mois avant l’élection ? Pas vraiment. D’abord, parce que le plus souvent le président sortant est candidat. Pas une nouvelle tête, donc. D’ailleurs, preuve que l’antériorité joue : il gagne souvent. 50% pas issu de primaires une fois sur deux. Et s’agissant des candidats issus des primaires des partis, s’agit-il vraiment de têtes si nouvelles ? Bush Jr., Joe Biden qui fut vice-président d’Obama : pas vraiment, en tous cas pas toujours.

Également, autre différence forte entre France et USA : les dépenses de campagne ne sont pas plafonnées aux USA (au motif d’un obscur arrêt de la Cour Suprême américaine statuant qu’une telle limitation nuirait à la liberté d’expression … des plus riches, donc, qui doivent pouvoir dépenser leur argent pour soutenir leur candidat comme ils l’entendent). Dans ces conditions l’argent compte plus que l’homme désigné, du moins sa capacité à récolter des dollars compte surtout. Car en moyenne, les votes ça s’achète. C’est moche, mais celui qui dépense le plus en communication gagne. Le plus souvent. Pas besoin de corrompre l’électeur, il suffit de le matraquer. Ça marche.

Bref, même aux USA où le système électoral à un tour pousse mécaniquement aux primaires, les primaires avant une élection ne sont pas de tout repos ni une stratégie qui concoure vraiment à la victoire électorale. Un avantage toutefois du système de primaires : cela peut parfois permettre à un inconnu doué de mettre la main sur les ressources du parti indispensables à la campagne. Mais c’est devenu une exception (Donald Trump en 2017).

Résumons quelques conditions idéales pour gagner une élection : partir tôt, plusieurs années avant, avec une structure dont on est le candidat naturel non contesté, mettre tout le monde derrière soi et gérer son armée et ses finances. La démocratie, c’est pour l’extérieur ; un parti politique, c’est une machine pour conquérir le pouvoir par petites touches en agrandissant le cercle de ses amis et obligés.

Partir de loin, courir et tenir longtemps.

L’important dans cette phase est la construction d’une image, patiente. Qu’un sentiment s’attache à vous, spontanément. Pour cela, une règle simple : être modeste en apparence, et surtout ne pas se laisser détruire par des attaques. Ne jamais laisser une perfidie, si minime soit-elle, grandir. Pour y parvenir : immédiatement isoler l’attaquant, lui faire comprendre qu’il est tout seul et ne doit pas continuer. Aussi, ne pas laisser les media vous porter aux nues dans la première phase (la louange, avant la critique puis le lynchage) : ils ne cherchent pas à vous aider, seulement à découvrir vos faiblesses qui, ensuite, seront systématiquement reprises à partir de la première couche jusqu’à la dernière découverte tout juste ajoutée. Un journaliste reprend ce qui a déjà été dit, et ajoute « sa » nouvelle. Le premier tas doit rester vide … Comme il ne l’est jamais (ce n’est pas parce que vous n’avez rien à vous reprocher que personne ne vous reprochera rien), il faut le rendre intouchable, trop dangereux à sortir.

Dans cette phase se prépare le programme, les idées, les sentiments et postures qui permettent de capter l’électorat. C’est pour cela que peu de politiques disent ce qu’ils pensent et que leur discours public est souvent si différent de leurs déclarations privées, comme l’a bien noté Éric Zemmour mais sans me semble-t-il en comprendre à fond la raison. Vertus publiques vs vertus privées : même combat, même dichotomie. Il faut un discours public différent pour réussir à faire triompher ses convictions réelles. Pour cette raison aussi, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Mais elles permettent de se faire croire à l’écoute de tous, surtout de ceux dont on a besoin pour être élu.

Tout simplement parce que ça marche, c’est la démocratie et la démocratie c’est d’abord plaire, quitte à raconter n’importe quoi ou à faire rêver en oubliant le réel.

Finir vite

« Une campagne, ça commence à fond, puis on accélère » a dit Nicolas Sarkozy – l’homme de la forfaiture de Lisbonne. Cela se commence environ deux ans avant l’élection. Par un recueil d’informations, une prévision du tempo, les dates, les équipes et leurs phases de mobilisation, etc. Savoir ce qui doit sortir, à quel moment et par qui.

Et un programme … surtout pas celui qui est issu des contributions des adulateurs du parti, de bric et de broc un peu au dernier moment avec une cause par-dessus pour le faire apparaître logique et humain. Ces programmes-là donnent une récitation laborieuse comme un meeting de Valérie Pécresse. Un programme qui gagne l’élection. Peu importe ce qu’il contient : les promesses n’engagent … etc. Le programme est un outil pour gagner une élection, pas pour gouverner ni faire passer ses idées. Il s’agit de gagner le pouvoir, ce qu’on en fait pour de vrai … ce sera après.

Le meilleur programme de tous les temps à cet égard restera sans doute celui qui a présidé à la création du Rassemblement Pour la République (RPR), qui était issu des réponses à un sondage dont avaient été retenues à chaque fois les propositions recueillant le plus de suffrages. La démocratie demande de plaire, il faut plaire : c’est la règle du jeu, donc la seule règle. Le mensonge, le parjure (Sarkozy, encore), la dissimulation, l’exagération, le revirement sont autorisées en démocratie, ne violent pas les règles du jeu. Jouer dans les règles, c’est simplement survivre – et devenir schizophrène accompli, le plus souvent.

Il faut en permanence flatter de conserve, contourner et contenter ses adversaires internes du parti pour ne pas leur donner les vraies clefs. À la fois les faire monter, mais pas trop pour qu’ils ne se liguent pas. Cela suppose, aussi, de mécontenter ses amis en privilégiant souvent ses ennemis. On achète beaucoup en politique, on combat peu. Le combat épuise vite, seul un petit nombre peuvent être utilement menés. La première règle : ne pas avoir suffisamment d’ennemis pour qu’ils puissent de mettre en réseau contre vous. Couper les lignes ennemies. Conserver les siennes fournies et prêtes, alimentées, continues et surtout invisibles. Jouer de la logistique. Ne pas dire, ni dévoiler. Un réseau d’amis rendu public est presque déjà détruit. Toujours avoir une ligne de repli. Bref … un parti c’est fait pour faire la guerre, alors on joue avec les armes de la guerre.

Avec le programme, il y a le « contre-programme », plutôt les peaux de bananes à laisser aux adversaires, avec leur planning (ni trop tôt, ni trop tard). Cela se monte doucement, par étapes pour ensuite que les couches fassent épais, donnent une impression d’inéluctable. Peu importe qu’elles soient fines en réalité, seule l’impression importe.

Quelques exemples : le scandale Mc Kinsey, c’est fin, tout juste un examen par le PNF de Hollande dont le président a été nommé par Macron ; les subsides européens du Rassemblement National, c’est gros, car utilisable à chaque élection sans limitation de durée. Comme le sparadrap de Haddock : petit et toujours au premier plan. La privatisation des autoroutes par Lionel Jospin puis Dominique de Villepin et tous leurs successeurs : zilch, nada, tout le monde est mouillé donc arrêt tout de suite : ça n’existe même pas, désolé …

Cela se prépare, les peaux de banane. Toujours avoir un bureau marqué : « la délation c’est ici ! ». Et pour ce « contre-programme » avoir ses soldats, ne jamais aller seul au feu, ou alors par touches très, très mesurées.

Exemple : Jean Messiha lisant le Coran à Marine Le Pen. Attaque au fond portée par un émissaire, d’ailleurs qui a reçu une bonne résistance en retour, par le refus de ladite Marine Le Pen d’entrer dans la discussion (en substance : « je ne l’ai pas lu, car ce n’est pas mon rôle »).

Alors, ça donne quoi ?

Demain, j’analyserai les résultats de l’élection présidentielle 2022 en France à l’aune de ces quelques principes et modestes suggestions.

John Vallès

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16 Commentaires

  1. Première des choses à savoir. On ne gagne jamais une élection, c’est les autres qui nous font gagner, d’où l’impossibilité de faire bien lorsque l’on est élu. Personne en france ne sera élu de part lui même, c’est impossible, d’ou le labyrinthe que vous avez si justement proposé, auquel il manque la nature autour

  2. Excellente vision ! Pragmatique, en tous cas. Un manuel. Mais les leçons de l’histoire sont-elles souvent tirées ?

  3. Manœuvre de séduction qui ne convaint que les « neuneus » qui n’ont aucune idée précise sur le sens de leur vote. Ces gens
    Votent pour une image et non pas pour un programme qu’ils ne connaissent pas dans le détail notamment l’augmentation de la CSG et la suppression de l’ISF. Ainsi le profil du gendre idéal à largement profité à Macron en 2017. Il ne faut pas oublier le matraquage médiatique ou tous les journaux affichaient le portrait de Macron au détriment des autres candidats. Il suffisait d’une opération de communication poussée à son paroxysme pour convaincre tous ceux qui ne se sont jamais attardés sur les programmes. On voit le résultat aujourd’hui à cause de ces abrutis.

    • Voter pour une image … c’est exactement cela. Politique devenue Instagram. Plutôt qu’une image, on vote en fonction d’une émotion. Le jeu devient : provoquer l’émotion qui fera voter pour moi. Construire un film, en quelque sorte.
      C’est le jeu démocratique aujourd’hui …

  4. COMMENT GAGNER ? (Point de vue d’un FN sans Takia ) : Pour VAINCRE le régime d’Oppression et d’Occupation Cosmopolite , oligarchique , tribal , totalitaire et immigrationniste , incarné par Macron et par les restes de l’UMPS et dirigé en sous main par le CRIFJ, ses pontifes et ses phalanges .Il faut créer le DECLIC ETHNOLOGIQUE GAULOIS des français euro-chretiens non-circoncis , pour former LE BLOC GAULOIS , contre les etrangers , les immigrés , notamment arabo-islamiques et judeo-judaiques , les plus nuisibles, les plus dangereux , parce que les plus tribaux , les plus arrogants , les plus hostiles , les plus suprématistes et les plus haineux et imbus de leurs religions et de leur race . ( Un chinois, un hindou ou un vietnamien (peuples Goyims sans pretention suprahumaine ) immigrés ne sont pas aussi nuisibles que ces envahisseurs qui se prennent pour des races et religions supérieures PURES ET ELUES ) .Il faut les expulser et couper tout lien avec eux .

    • autour ça commence à marcher ; autant il y a 2 mois en arrière quand je causais guerre raciale contre Nous je suscitais l’effroi autant deux mois plus tard les mêmes sont allés encore plus loin que ce que j’avais suggéré en me parlant d’unification des Forces Blanches = même timide, l’idée de la survie de l’espèce pourrait commencer à s’enclencher, car elle est tellement logique.

  5. 1) en allant voter!
    2) en faisant l’union des droites, la disséminations des votes étant nullissimes mathématiquement; on apprends aujourd’hui que philippot et dupont aignan se sont alliés mais reste reconquête et rn !
    pour ma part s’ils ne s’allient pas, je m’abstiendrait au 2è tour, si le rn vaut faire cavalier seul il n’aura pas ma voix

  6. La campagne n’est qu’un élément parmi d’autres. Il y a aussi: 1/ Mettre en avant des gens connus, afficher des compétences, montrer qu’on n’est pas seul, enfermé dans un parti (gros problème pour Marine). 2/ S’appuyer sur des structures, des réseaux, des relais (comme sait le faire Macron et sa clique du club St Simon). 3/ Viser une sociologie (ne pas parler à un camp mais à des catégories sociales). 4/ Véhiculer une idéologie trans-partisane et inter-classiste (comme avait su le faire de Gaulle en son temps).

    • Tout à fait exact … pour cela il faut du temps, de la préparation longtemps à l’avance, des financements sur la durée. Bref une organisation claire pas à la dernière minute, et des choix d’idées qui touchent le plus grand monde. Comme « le plus grand monde » est une larve idiote en moyenne (même si l’idiot est toujours celui d’à côté), des propositions à leur image. Surtout, ne pas dire des choses intelligentes que l’on pense.
      Tiens, dire des choses stupides qu’on ne pense pas, comme un acteur d’une mauvaise pièce … cela fait irrésistiblement penser à un grand vainqueur électoral récent …

  7. Comment gagner les élections? En les truquant comme Macron l’a fait par deux fois!

  8. Ne pas oublier non plus que le physique du candidat compte.
    Imaginons qu’un gaillard comme Wauquiez ait été candidat LR, à coup sûr il aurait été qualifié à l’issue de la primaire.
    Il aurait suffi qu’il reprenne un seul morceau (quel morceau cependant!) du programme d’E Zemmour : rien moins que « sauver la France » pour que le résultat de l’élection présidentielle en fût changé.
    MLP alors éliminée au premier tour, il serait peut-être arrivé en première position, devant Macron.
    Et, qui sait, élu au second tour !

    • Et … pourquoi n’a t il pas été candidat, s’il était promis à un si bel avenir ?

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