Elections ethniques

Publié le 26 mars 2008 - par
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Avant le premier tour des élections municipales, le site musulman oumma.com a interrogé les deux têtes de liste principales d’Amiens : Gilles de Robien à droite (http://www.oumma.com/Gilles-de-Robien-Il-y-a-beaucoup) et Gilles Demailly à gauche (http://www.oumma.com/Gilles-Demaily-Mon-equipe). (Ces deux listes seront finalistes au second tour, et la liste d’union de la gauche gagnera avec 56% des voix.)

On peut être un peu surpris de voir deux candidats républicains donner une interview à un site sectaire plutôt spécialisé dans la promotion de Tariq Ramadan, de Mouloud Aounit et des « Indigènes de la République ». Mais hélas, toutes les élections récentes nous ont montré que derrière les grands discours de façade, toute la classe politique drague à qui mieux mieux les communautés, y compris leurs représentants les plus extrémistes et antirépublicains.

Dans ces interviews, oumma.com pose aux deux candidats la question suivante :

« Y a-t-il des candidats issus de la « diversité » en position éligible sur votre liste ? »

Comme toujours, au pays du politiquement correct, les mots n’osent plus nommer les choses qu’ils représentent. La « diversité », c’est le nouvel euphémisme pour dire « issus de l’immigration », et d’ailleurs oumma.com met des guillemets à cette tarte à la crème. Mais quand est-ce qu’on appellera un chat un chat ?

Les deux candidats montreront d’ailleurs qu’ils ont parfaitement compris la question, et vont surenchérir en clientélisme exotique.

La réponse in extenso de Gilles de Robien :

« Eh bien il y a beaucoup de candidats issus de la diversité sur ma liste. Il y avait déjà des candidats de la diversité. J’avais une Camerounaise, un moment, qui est repartie au Cameroun. Il y a bien sûr un harki, Rabah Zitouni, que tout le monde connaît. Mais désormais il y a des gens qui viennent de l’Afrique, de l’Afrique du Nord, des jeunes filles, des femmes, des messieurs, des directeurs sportifs comme Ben Omar Miloudi par exemple ou comme Nedjma qui est à Etouvie – Ben Omar étant dans les quartiers nord -, et tout cela fait la diversité d’Amiens et tout cela fait la richesse de notre liste et tout cela fera, j’en suis sûr, le succès d’une nouvelle action municipale et d’une nouvelle page à écrire encore plus ensemble. »

Ainsi donc, cet ancien ministre de l’Education Nationale désigne ses colistiers « issus de la diversité » par leurs origines géographiques respectives : le Cameroun, l’Afrique, l’Afrique du Nord. Pour Gilles de Robien, ce qui fait la « diversité d’Amiens » et la « richesse » de sa liste, ce ne sont pas des compétences de gestion ou de représentation de la société civile, mais bien des communautés étrangères.

Ces arguments me rappellent l’embauche d’Harry Roselmack comme présentateur du journal de TF1 en été 2006. Les patrons de la chaîne télévisée se félicitèrent alors non pas d’avoir engagé une personne pour ses compétences – et Harry Roselmack est compétent ! – mais parce qu’il était noir. Autrement dit, selon ces bonnes âmes, c’est la couleur de peau qui a primé dans le choix du présentateur, ce qui relègue avec mépris au second plan son professionnalisme.

Gilles de Robien nous fait exactement le même coup. Il ne fait aucune allusion aux qualités de la Camerounaise, de Rabah, de Ben Omar ou de Nedjma, mais uniquement à leurs origines respectives. Nous sommes en plein clientélisme communautariste.

La réponse in extenso de Gilles Demailly :

« Mon équipe municipale est à l’image de l’équipe de France, elle est black-blanc-beur et y compris bien entendu, il faut le faire de façon sérieuse, c’est-à-dire qu’il faut absolument répartir sur l’ensemble de la liste, y compris en position éligible. Et c’est ça une véritable – je dirais – équipe et une véritable liste qui respecte l’ensemble de ce que sont donc les Français de notre ville. Voilà, alors je sais que y compris sur oumma.com, il y avait eu dans le passé un certain nombre de témoignages qui montraient que le Parti Socialiste y compris n’avait pas su – je dirais – faire ce travail. Je pense qu’en tout cas, depuis un an, on a démontré au niveau d’Amiens, tant au niveau des législatives où l’une de nos candidates était Farida Andasmas qu’au niveau des municipales, y compris dans les toutes premières places – même en cas de défaite parce qu’évidemment nous ne le souhaitons pas -, l’ensemble des communautés d’Amiens puisse être représenté. Voilà, pour être précis, moi je considère qu’il faut qu’une liste représente tout le monde, et puis toutes les compétences d’où qu’elles viennent et quels que soient les quartiers, les origines, et c’est vraiment comme ça qu’on peut être représentatif des Amiénois et mener une politique qui soit conforme à leurs intérêts à tous. »

Tout comme Gilles de Robien, le candidat socialiste ne parle nullement des compétences de ses colistiers « issus de la diversité ». Mais son discours est tout aussi communautariste, et même plus puisque Gilles Demailly précise explicitement qu’il faut que « l’ensemble des communautés d’Amiens puisse être représenté ». Autrement dit, chaque candidat « black-blanc-beur » représente l’une de ces communautés ethniques amiénoises.

Et je dis bien « ethniques », car si Gilles de Robien insiste sur les origines géographiques, son concurrent de gauche donne carrément dans la sélection raciale en disant que son équipe « est à l’image de l’équipe de France, elle est black-blanc-beur ». Décortiquons ce néologisme « black-blanc-beur » créé par des groupes de pression antiracistes et matraqué lors du championnat de monde de football en 1998 :

« Black » est à « noir » ce que « gay » est à « homosexuel » : un anglicisme snob pour masquer une désignation de particularité, ici la couleur de peau.

L’adjectif « Blanc » désigne lui aussi explicitement des gens par leur couleur de peau.

« Beur » veut dire « Arabe » dans cet argot appelé verlan qui est l’une des manifestations de l’appauvrissement de la langue française par ceux qui la contestent. On peut aussi ergoter sur le fait que les Arabes désignés ainsi sont plus exactement des gens issus de l’immigration nord-africaine, donc qu’ils sont autant sinon plus Berbères et berbérophones d’origine qu’Arabes et arabophones. Quoi qu’il en soit, c’est une désignation ethnique.

Tout comme on le fait pour l’équipe de France de football depuis 1998 – et malgré toutes les qualités professionnelles de ses membres -, Gilles Demailly qualifie donc des membres de son équipe municipale non par leur identité et leurs qualités, mais par leur couleur de peau ou leur ethnie. Le message est donc le suivant pour « l’ensemble des communautés » qu’il veut séduire : les Noirs ont leurs « blacks » et les jeunes d’origine nord-africaine ont leurs « beurs », tandis que les « blancs » représentent les Français de souche majoritaire blancs de peau.

Autant Gilles de Robien que Gilles Demailly prétendent que leurs listes démontrent le succès de l’intégration. Mais c’est tout au contraire un constat d’échec de l’intégration républicaine de populations récemment immigrées, puisqu’on ramène chacun à son origine géographique, ethnique ou même raciale. C’est la « discrimination positive » à la mode Sarkozy, mais c’est de la discrimination tout de même, puisque pour ces « blacks » et ces « beurs », les « communautés » en fonction des pays d’origine ou des races priment sur les compétences dans leur promotion élective.

Bien sûr, je ne vois aucune intention malveillante chez ces deux candidats, qui me semblent tout à fait honnêtes et modérés. Mais leur communautarisation de la politique n’en est que plus inquiétante, puisqu’elle traduit la banalisation et la bien-pensance d’une attitude totalement contraire aux valeurs républicaines françaises.

Evidemment, cette communautarisation du scrutin municipal n’est pas propre à Amiens, et ne concerne pas que les origines raciales ou géographiques. Au soir du second tour, les caméras de France 3 montraient en direct de l’Hôtel de Ville de Marseille un groupe de Comoriens en costume islamique qui se réjouissaient de l’élection de Jean-Claude Gaudin et de « tout ce qu’il fait pour les musulmans ».

Les candidats de gauche ou du Modem ne sont pas en reste pour flatter les communautés religieuses ou ethniques de leurs villes. A Lyon par exemple, Najat Belkacem ancienne porte-parole de Ségolène Royal adjointe du maire socialiste Gérard Collomb a été récemment nommée membre du Conseil des Marocains de l’étranger par le roi du Maroc (http://www.maroc-hebdo.press.ma/MHinternet/Archives_774/html_744/conseil.html). Et que dire de tous les financements déguisés du culte musulman ou d’écoles intégristes !

Le pacte républicain et laïque est mis à mal pour quelques maroquins dans les hôtels de Ville ou à l’Assemblée Nationale. Ce clientélisme sans précédent s’aggrave dans toutes les grandes formations politiques. Cette pseudo intégration montre son échec patent, parce que malgré tous les « black-blanc-beurs » médiatiques, malgré 30 ans de « plans banlieues », de « ministres de la ville » et d’« islam de France », les émeutes anti-françaises sont de plus en plus violentes et les revendications communautaires de plus en plus véhémentes. Aucune mosquée « intégrée » ou « républicaine » n’a jamais réduit l’extrémisme islamique et les affrontements ethniques dans l’une de nos villes de France, et on continue à faire semblant de ne pas s’en rendre compte.

Gilles de Robien, Gilles Demailly, Jean-Claude Gaudin ou Gérard Collomb pourront crier victoire le jour où ils n’iront plus donner des interviews sur oumma.com ou prêter des biens municipaux pour y construire des lieux de culte, et où ils n’auront plus à justifier d’avoir des délégués ethniques ou religieux, ou des ambassadeurs de pays étrangers dans leurs équipes municipales.

Roger Heurtebise

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