Elections italiennes : je ne suis pas optimiste

Publié le 22 février 2018 - par - 18 commentaires - 1 398 vues
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Dimanche 4 mars, des élections générales vont se dérouler en Italie ; elles sont d’une importance cruciale pour ce pays, fondateur du Marché Commun et quatrième économie européenne ; ce scrutin est aussi déterminant pour l’U.E. ; pourtant lundi matin tout sera modifié et rien ne changera.

L’Italie va mal… depuis 166 ans ! A part quelques moment de grâce au milieu des années 30 ou au début des années 60, notre voisine n’a cessé de surnager dans des crises, politiques, économiques et sociales ; celle en cours à néanmoins une acuité nouvelle : elle ajoute la dimension culturelle ; comme partout en Europe.

Le gouvernement actuel, le 64eme depuis la fin de la seconde guerre mondiale, est à peine légal, en effet la loi électorale à été modifiée, puis tronquée et promulguée partiellement, du fait d’un référendum perdu par Matteo Renzi, sorte de Macron italien, pur produit de la néo-aristocratie Bruxelloise.

Longtemps préservé des ravages du capitalisme mondialisé libéral-financier, ce pays avait su maintenir un réseau de petites banques locales à la gestion de père de famille, et de moyennes entreprises un peu paternalistes, qui faisaient vivre en profondeur le territoire italien. La pression de l’Union Européenne et l’arrivée au pouvoir des traîtres trans-nationaux que nous connaissons, nous Français, depuis longtemps, a déséquilibré la structure économique et sociale de l’Italie. L’euro ravageur et une parité avec la Lire notoirement sur-évaluée, ont affaibli le tissus industriel et eu raison de l’indépendance financière. Il est à noter que si la dette s’accroît, ce n’est pas en raison d’un déficit primaire de l’Etat, contrairement à la France.

Pays arrivé tard dans le concert des états-nations, l’Italie avait pu à peu prés échapper à la course aux colonies et surtout aux affres de la décolonisation. Pays d’émigration il fut en-dehors des mouvements d’immigrations africano-musulmans jusqu’à une époque récente. Ces deux particularités expliquent l’atonie de sa réaction face au phénomène invasif actuel ainsi que la bêtise niaise de ses élites et d’une part importante du corps social.

Le paysage politique italien n’est pas juxtaposable au nôtre, de multiples partis politiques sont représentés dans les assemblées et conseils, les alliances sont obligatoires et souvent l’objet de négociations continues ; à cette instabilité structurelle s’ajoute un montage institutionnel complexe et disparate. Des solidarités locales et le régionalisme achèvent le trouble général. Les Italiens sont las de tout cela, mais aucune force politique n’émerge avec suffisamment de force pour pouvoir balayer ce système éculé, alors des replâtrages, des adaptations ont lieu, privant toujours plus le pays d’une représentation politique claire et efficace.

La Loi Italienne interdit la publication des sondages 15 jours avant le scrutin, donc les derniers sont ceux du vendredi 16 Février, ils montrent tous une accentuation faible des tendances observées depuis deux mois. Magie de l’Italie, si la publication est interdite la réalisation de sondage ne l’est pas, aussi le jeu des éditorialistes est d’en refléter les tendances sans les citer ! Le jeu devenant de décrypter les articles, avec toute l’incertitude que cela implique. Quel est l’état des forces en présence ?

Movimento Cinque Stelle, fondé par l’humoriste Peppe Grillo, aux outrances verbales connues, social-populiste, qui apparaît en retrait actuellement. Ce parti détient diverses mairies dont celles de Rome et de Turin ou l’inexpérience et le dogmatisme naïf provoquent des désordres administratifs dont ces cités souffrent. Radical, anti-européen, contre toute alliance, M5S est actuellement en légère baisse mais reste le premier parti dans les sondages (entre 28,6% et 25,3%).

Le précède la coalition centre-droit emmenée par Sylvio Berlusconi, pourtant inéligible. Elle est constituée de Forza Italia, le parti du Berlusconi, en hausse (entre 15,2% et 18,3%) mais où des luttes d’influences sont marquées ; s’y ajoute La Lega (entre 10,8 % et 14,5%) idéologiquement proche de notre Front National anti-euro et pro-étatique, puis Fratelli d’Italia (entre 3,6% et 5%) néo-fasciste (avec la nuance Italienne de ce terme) et enfin de nombreux petits  partis comme Noi per l’Italia (entre 1,2% et 3%) et d’autres plus locaux. Bien qu’il y ait des différences importantes, notamment sur l’euro et l’U.E. , cette alliance est malgré tout assez solide, elle gère déjà de nombreuses villes moyennes, avec de beaux résultats. La coalizione centrodestra remporterait les élections, mais sans majorité absolue (entre 35,2% et 39%).

Suit l’alliance de centre-gauche, actuellement au pouvoir (entre 26% et 29,3%) autour du parti démocrate de Matteo Renzi (entre 21,5% et 24,5).

Pietro Grasso, président du sénat, magistrat anti-mafia originaire de Sicile, représente une gauche écologiste, égalitariste, pro-dérives sociétales, immigrationniste, favorable à la décroissance et à la démilitarisation,  mais avec un discours et une présentation apaisés, très loin de l’extrême-gauche française. Son parti Liberi e Ugali (libres et égaux) malgré ses choix bisounours utopiques est crédité de 4,5% à  6,5%.

Seuls les partis ou alliances ayant plus de 3% peuvent être représentés.

Un parti dénommé +europa se propose ni plus ni moins d’engager une marche accéléré de dissolution de l’Italie (qui deviendrait l’exemple à suivre) dans des Etats-Unis d’Europe, l’aspect libertarien est soigneusement gommé par sa propagande qui reprend tous les poncifs pro-europe du PS français ajoutés à ceux de l’aile libérale de En Marche. Son score devra être ausculté ; il est dans les sondages entre 1,2% et 3,5%.

L’Europe est au cœur de la segmentation, la coalition de centre-droit ne comporte que des partis euro-critiques ou euro-sceptiques, celle de gauche que des partis pro-européens, rien ne dit qu’un accord de gouvernement entre cette alliance, Liberi e Ugali, et +europa, grâce à des promesses d’aides de Bruxelles, ne parvienne pas au pouvoir. Si, comme c’est annoncé, la coalizione centrodestra remporte les élections alors le choix du Premier ministre s’avérera compliqué, tant pour le président de la république, que pour la coalition elle-même.

Déjà des appels à construire une « digue anti-souverainistes » se font entendre ; on rappelle que Berlusconi avait donné le ministère de l’Intérieur à un magistrat qui instruisait contre lui et permit mani puliti, que Bossi venant de la ligue – désignée comme romantique dans des médias qui l’abreuvaient d’injures – avait eu une pratique modérée en gouvernant. Même 5 stelle est décrit comme prés de tomber aux mains de « responsables » voulant entrer dans le jeu normal du système.

Il se dit aussi que Matteo Salvini (La Liga) souhaite la défaite de l’alliance pour éjecter Berlusconi et prendre la tête d’une nouvelle droite, moderne et offensive, quitte à différer le retour à la Lire.

Le Premier ministre actuel, le technocrate euro-béat Gentiloni, se dit confiant  « l’Italie aura un gouvernement stable, la coalition de centre-gauche sera la colonne de ce gouvernement, et il n’y a pas de risque d’un gouvernement populiste ou anti-europe » a-t-il récemment déclaré en Allemagne.

Il a hélas probablement raison, comme aux Pays-Bas ou en France, le temps n’est pas encore venu de voir les urnes porter au pouvoir de vrais patriotes, prêts à rompre radicalement avec l’Euro, l’U.E. et sa haine de l’occident.

Alors nombre d’Italiens fatalistes songent à ce proverbe :  Asppetando il sole, la pioggia mi bagnato.

Gérard Couvert

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Notifiez de
Marcel A.

Je ne comprends pas comme en France la peur de quitter cette UE qui nous amene à l’immigration musulmane et la destruction de notre classe populaire et moyenne , je souhaite que l’Italie puisse donner l’exemple

dufaitrez

Gageure d’un Pays divisé. Nord, Sud, Sicile, etc… L’Unité Garibaldienne est loin !
Corse et Catalogne réunies, dans les revendications ! Pareil !
Sombre pronostic…

Francois Desvignes

Ce n’est pas le peuple, encore moins les partis, qui dirigent les élections, c’est la dette.
Le salut par la dette : une augmentation (inévitable) des taux d’intérêts de la BCE aura pour conséquence de mettre au tapis l’État italien et les banques italiennes.
Alors, Il va falloir choisir entre les épargnants et la protection socialo migratoire. Et devinez qui va payer ? Les deux !
Ce sera un cas grec avec une exponentielle 10 : un truc in-sauvable, ingérable. Sauf dans le sang.
Sous la pluie immigrationniste de UE on attend le soleil du réveil des peuples.
Par la dette.

Dominique Martin

L’argent et les agences de Soros sont là pour veiller au grain.Comme en France ,en Allemagne , en Suède , aux Pays -Bas …

UltraLucide

Bon article de synthèse, très intéressant. Et utile, chacun des pays européens connait moins bien ses voisins que d’autres peuples plus lointains.
Juste une question: L’influence politique du Vatican? Pas un mot ici. Pourtant, avec a sa tête un pape essentiellement jésuite, propagandiste politique, pro-invasion migratoire, mondialiste, islamophile, qui ne connaît rien à l’Europe, et la méprise, la question se pose.

Yves ESSYLU

A la différence de la France l’Italie est un pays récemment composé d’un agrégats de fiefs qui résiste bien grâce à une économie parallèle largement tolérée

butterworth
Ugolino

Article intéressant, ayant le mérite de s’attacher à présenter une vision d’ensemble de la situation pré-électorale italienne. Une remarque au sujet de la Lega, cependant. Il est ici écrit « s’y ajoute La Lega (entre 10,8 % et 14,5%) idéologiquement proche de notre Front National anti-euro et pro-étatique », formulation laissant à penser que cette formation politique italienne serait « pro-étatique ». Cela ne me paraît pas du tout correspondre à la réalité, ni à celle de la Lega d’hier, incarnée par le tonitruant Umberto Bossi, ni à celle de Lega d’aujourd’hui dirigée par un Matteo Salvini, beaucoup plus fin et, à mon sens,… lire la suite

Ugolino

Article intéressant, ayant le mérite de s’attacher à présenter une vision d’ensemble de la situation pré-électorale italienne. Une remarque au sujet de la Lega, cependant. Il est ici écrit « s’y ajoute La Lega (entre 10,8 % et 14,5%) idéologiquement proche de notre Front National anti-euro et pro-étatique », formulation laissant à penser que cette formation politique italienne serait « pro-étatique ». Cela ne me paraît pas du tout correspondre à la réalité, ni à celle de la Lega d’hier, incarnée par le tonitruant Umberto Bossi, ni à celle de Lega d’aujourd’hui dirigée par un Matteo Salvini, beaucoup plus fin et, à mon sens,… lire la suite

Gérard Couvert

Comme je l’ai dit la segmentation politique italienne n’est pas superposable à la notre ; ainsi étatisme et régionalisme qui en France s’opposent pour des raisons historiques et à mon sens valides sont en Italie complémentaires. En voulant élire le président de la République Italienne au suffrage universel direct il est évident que Salvini cherche à donner une légitimité nouvelle à l’état italien, mais le reste du discours sur les exécutifs régionaux ne fait que reprendre la Loi actuelle dont peu de régions ont souhaité bénéficier, ce qui motive le terme de « géométrie variable » utilisé dans le programme. En reconnaissant… lire la suite

Victor Hallidee

Traduction du proverbe italien de conclusion ?
Quoiqu’il en soit, les « gouvernances » ont bien réussi leur coup. Les peuples d’Europes sont devenus des zombies : sans famille, sans éducation, décervelés, sans culture ni identité, manipulés, tondus, ils marchent vers l’abattoir en chantant : le fascisme souverainiste-populiste ne passera pas par moi !
Abrutis !

De Landsheere Jacques

« En attendant le soleil, la pluie me trempe »

Gérard Couvert

J’ai entendu ce proverbe en Sicile (asppetand’ u suli a pioggia m’ bagnato) dans le contexte le sens était nettement fataliste ; le soleil c’est l’espoir lointain, la pluie la réalité incontournable.
Mais soyons optimiste en Sicile le soleil n’est jamais très loin !

jan le Connaissant

Traduction du proverbe /
 » En attendant le soleil, la pluie m’a mouillée « 

helene

« En attendant le soleil, la pluie me mouille » Oui, vous avez raison, les peuples d’Europe vont à l’abattoir en souriant.
Il n’y a que l’Europe de l’Est qui résiste….

numa

« En attendant le soleil, je profite d’un bain de pluie », plutôt, c’est-à-dire, « je fais contre mauvaise fortune, bon coeur » ; car « la pluie me mouille », fausse évidence de la traduction littérale, n’aurait pas de sens dans un proverbe.

Charlie 732

En attendant que les Français se réveillent ,
Les arabes et les voilées m emmerdent.
Il est possible que j attende longtemp.

Gérard Couvert

Traduction libre, mais à laquelle je souscris.