Elections présidentielles 2012 : l’Ifop refait le match après six mois

Publié le 21 octobre 2012 - par - 3 430 vues
Share

C’est un curieux sondage que celui qu’a réalisé l’Ifop du 9 au 12 octobre 2012 (1).

http://www.ifop.fr/media/poll/2014-1-study_file.pdf

L’institut de sondage a « refait » l’élection présidentielle d’avril et mai 2012 avec les mêmes candidats.

Les deux gagnants du premier tour sont les mêmes mais inversés :
– François Hollande : 28,6% le 22 avril, 28% dans le sondage six mois plus tard.
– Nicolas Sarkozy : 27,2% le 22 avril, 29,5% dans le sondage six mois plus tard.

Cette inversion expliquerait le second tour : François Hollande emportait l’élection avec 51,6% contre 48,4% pour Nicolas Sarkozy, alors que le sondage Ifop leur donne un score de 50-50 en octobre 2012.

A ce niveau, on ne peut rien conclure sur un résultat final, la marge d’erreur est de l’ordre de 2 à 3%. De plus, on peut constater plusieurs biais dans ce sondage :

1. On ne compte pas les absentions. Elles furent de 20,5% et 19,7% des inscrits respectivement au premier et second tour. Un petit 0,8% de différence qui a pu jouer.

2. Pire encore, on ne compte pas les bulletins blancs ou nuls. Ils furent de 1,9% des votants au premier tour et de 4,7% au second tour. La différence est énorme et inhabituelle, et peut s’expliquer de deux manières. Des électeurs n’ont par retrouvé « leur » candidat au second tour. Mais surtout, Marine Le Pen a appelé implicitement à voter blanc et elle a dû être partiellement  suivie par une partie de ses électeurs. Comme dit Nicolas Sarkozy, « c’est Marine Le Pen qui m’a fait perdre ».

3. L’Ifop nous donne la répartition des votants d’avril et mai pour les 10 candidats six mois après et les reports de voix, mais uniquement les reports des 5 premiers candidats d’avril et mai. Or les « petits » candidats ont pu voir leur électorat évoluer en bien ou en mal, ou changer leur fusil d’épaule pour le second tour entre le mois de mai et aujourd’hui. Même si ce sont des chiffres faibles, ils ont pu jouer dans un score très serré au second tour.

Pour toutes ces raisons, il est donc difficile de faire des tableaux de contingence complets et de déterminer les vrais changements d’opinion en six mois. De plus, Nicolas Sarkozy qui avait mené une bataille tambour battant a disparu de la sphère médiatique alors que François Hollande en est la vedette.

Notons aussi que la cote de François Hollande dans TOUS les sondages d’opinion est en chute libre. C’est donc plutôt par absence de candidat crédible à droite qu’il se maintient à 50% d’intentions de vote.

Etudions tout de même le tableau de contingences sur les 5 « principaux » candidats entre avril et octobre :

On constate que Jean-Luc Mélenchon perd des plumes au profit de François Hollande et des « petits candidats », et que l’électorat de François Bayrou se disperse, profitant davantage à Nicolas Sarkozy qui ainsi dépasse le candidat du P.S. Quant à Marine Le Pen, elle améliore encore son score sans toutefois siphonner les électeurs UMP.

L’Ifop ne donne pas les reports de voix entre le premier et le second tour de son sondage, mais nous pouvons rapprocher ce second tour « sondé » en octobre du premier tour d’avril 2012 :

On constate que la voiture-balai de Jean-Luc Mélenchon continue de fonctionner parfaitement malgré les critiques du Front de gauche envers le gouvernement, et que Nicolas Sarkozy bénéficie d’un rapport de voix favorable du Modem, et encore plus du Front national. Ce qui explique que le score serait plus serré aujourd’hui qu’il y a 6 mois.

Bref, François Hollande est en train de perdre des plumes, mais il a fallu le temps nécessaire pour que les Français s’aperçoivent que c’est un « Flanby ». Et ils voteraient maintenant Nicolas Sarkozy mais celui-ci est hors jeu, et l’UMP risque de se diviser entre Fillon et Copé…

Djamila GERARD

(1) Echantillon de 1607 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1724 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) et par téléphone.

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.