Eloge de la langue allemande : j’en ai assez des moqueries françaises

Publié le 23 janvier 2019 - par - 144 commentaires
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Les frères Grimm

J’écris pour RL depuis un certain temps. J’adore. Mon psy commençait à me coûter cher, mes amis ne peuvent plus m’entendre pester contre les muzz, de toutes façons, je n’en ai plus beaucoup, des amis, avant-hier encore, je me suis assuré la déconsidération définitive d’un de mes cousins, et mes enfants me supplient de me taire. Une aubaine, ce RL.

Je n’ai jamais fait de politique, je n’y connais pas grand-chose. J’ai une assez bonne culture dans l’ensemble, sans me vanter. Je connais beaucoup de recettes de cuisine par cœur, par exemple. Même pas besoin de papier. Je cuisine et j’écris avec mon âme.
Et mon âme, elle est futée : elle ne m’est pas étrangère comme Marlène et son utérus. Non. Elle a remarqué que lorsque mes articles touchent à l’Allemagne, ils captivent moins les lecteurs. Sauf, bien entendu, lorsqu’il s’agit de sujets à sensation, comme quand un gentil musulman, véritable chance pour l’Allemagne, décapite son petit bébé en pleine gare. Clac dans la poussette ! Ce genre-là fait grimper mes audiences.

https://ripostelaique.com/allemagne-bebe-decapite-en-public-merkel-tente-detouffer-laffaire.html

Cela m’attriste. Je lis parfois les commentaires sous mes articles, ils sont rarement tendres avec les allemands. On les appelle les boches, les teutons, les schleus, les fridolins, les casques à pointe, ça me blesse. Vous vous prenez pour qui, vous les français ? Vous coupez la tête à Louis XVI, un brave homme, tout affairé à ses serrures, qui ne voulait surtout pas décevoir son peuple, et à Marie-Antoinette, à cause de ses dépenses somptueuses. Est-ce qu’on vous qualifie de guillotineurs ? De tranche-têtes ? Tout cela pour mettre à sa place des despotes dont les femmes sont tout aussi dissipatrices. Qui claquent les sous du peuple sous l’étiquette de « République » ? J’ai jeté un coup d’œil au dictionnaire : République(nom féminin) : Etat dans lequel la souveraineté appartient au peuple par l’intermédiaire de représentants élus.

D’ailleurs, le dernier représentant que vous avez élu – par défaut- vous verriez bien sa tête sous une lame de guillotine malgré sa diction irréprochable, douce, légère, agréable, berçante.

https://www.youtube.com/watch?v=xeDKyl04G74

https://www.youtube.com/watch?v=xeDKyl04G74

On l’écouterait pour s’endormir…….

Mélenchon peut-être moins.

https://www.youtube.com/watch?v=i0hN9OC2yIs

La langue française est belle, je suis la première à l’affirmer, j’essaie même de la défendre à titre personnel.
Les Français la ruinent systématiquement (vous aussi, et sans interruption, je vous l’assure), la saccagent, la dévastent tant qu’ils peuvent, au point que je me suis sentie obligée d’écrire à l’Académie française pour les appeler au secours. Inutile de préciser qu’ils ne m’ont pas secourue, ni moi, ni la pauvre langue française :

A Madame le Secrétaire Perpétuel
de l’Académie Française
23, quai de Conti
75270 Paris cedex 06
Bruxelles, le 13 mai 2018
Décadence de la langue française parlée
Madame le Secrétaire Perpétuel,
Je m’adresse à vous en dernier recours, car je me bats seule contre une immense majorité.
Née à Bruxelles, je suis traductrice-interprète et dans cette fonction, appelée à lire beaucoup, j’ai toujours aimé la lecture, la langue française est une pure merveille, c’est avec énormément de peine que je constate qu’elle est à ce point maltraitée.
Je n’évoque pas la masse ici, et je comprends parfaitement qu’un ouvrier à la chaine, un cantonnier ; voire un chirurgien cardiaque ou un astronaute se permette des erreurs de langage, je vous parle ici des grands reporters, des présentateurs d’émissions politiques, des écrivains, des conférenciers et des plus grands acteurs français, adulés par les foules. Dont le métier, pour lequel ils sont rémunérés, est de parler correctement.
Pour plus de simplicité, je vous fais une courte liste de mes observations.
On ne dit plus « c’est à moi » (cé-t-amoi) en faisant la liaison entre le verbe et le mot qui suit, mais « céamoi ». Adieu la liaison obligatoire !
Personne n’utilise plus la double négation, « je ne sais pas », on dit « je sais pas ». (Mais j’ai appris à parler, moi. J’ai étudié la grammaire, on en fait quoi, on incendie tous les Grevisse ?)
On ne dit plus « ce sont des amis », mais « c’est des amis ». Alors, on abandonne le pluriel ?
Oublié, le « oui » pour le plus souvent émettre un vague « ouai ». Même au sommet !
Le dernier, mais non le moindre (ce n’est pas difficile, cette aberration me donne des frissons !) je n’entends quasiment plus « je suis à Lyon », mais « je suis sur Lyon ». Il y a quelque temps, j’ai même entendu un reporter (un professionnel du langage, donc, censé s’exprimer décemment), qui au moment des grèves de la SNCF, annonçait que plus aucun train ne roulait SUR la gare de Montparnasse. Ils ont des ailes, les trains français ?
Que font les professeurs de français ? Qu’apprennent-ils à leurs élèves ? J’aide souvent ma petite fille à faire ses devoirs, elle vit en Allemagne, ses manuels respectent la grammaire. Alors ? Je lui explique que lorsqu’un mot se termine par une consonne, on lie avec le mot suivant. Si elle fait un stage en France pour se « perfectionner », elle me prend pour une idiote ?
Je précise que j’évoque là des professionnels de la langue. De gens dont le métier, fort bien rétribué, est de parler. Or, quand il m’arrive de suivre une émission politique à la télévision, je suis révoltée par ce que j’entends. Non seulement par le contenu, mais aussi par le langage.
Peut-on imaginer un chirurgien ne sachant pas se servir d’un scalpel ? Un boulanger exécrant la farine ou un éducateur qui détesterait les enfants ? Un plongeur qui refuse d’immerger ses mains dans l’eau ou un pâtissier allergique au sucre ? Et pourtant, la situation est tout à fait celle-là.
J’ai souvent réfléchi à fonder une association pour la défense de la langue française.
Permettez-moi, Madame le Secrétaire Perpétuel, de vous remercier pour l’attention que vous porterez à ce courrier et acceptez, je vous prie, l’assurance de ma très haute considération.

Froooonzééés , j’adore votre beau pays (du moins ce qu’il en reste), j’aime votre langue, moi, et je respecte ses règles, ses accords, sa conjugaison, sa grammaire, sa phonétique, sa syntaxe, et ses liaisons surtout, alors que je ne suis pas française. Inutile de chercher des crosses aux allemands dont la langue est un pur bonheur.

Votre pays est lourdement, désespérément endetté. Eh oui, les allemands, ils ont encore des sous, eux. Au lieu de les imiter, vous vous en moquez. J’ai travaillé, entre autres, avec des français et avec des allemands, des italiens, des norvégiens, des américains, des japonais, des anglais aussi. Ma conclusion : quand un français va déjeuner six fois avec un client aux frais de la société (l’entrecôte à 120 Euro, vous vous rappelez ?), un allemand règle le problème en trois lignes de mail. Moins festif, direz-vous, mais il n’y a pas de secret.

Nous sommes bien d’accord : tout cela, c’est la faute à Merkel. Elle est la grande responsable de l’invasion, de tout notre malheur, et de celui de toutes les générations à venir. Je lui en veux terriblement. Je la déteste, je la maudis. Ce n’est pas une raison pour sans cesse se moquer de son physique. C’est irritant, agaçant, humiliant. Trop facile. Vous trouvez peut-être que la grande Nicole est plus sortable ? Plus décharnée, certes. Elle enfile un 36 sans la moindre difficulté, et alors ?

J’en ai assez de lire vos moqueries, vos critiques, vos boutades dès qu’il s’agit de votre grand voisin. Si vous regardez un match de foot, par exemple, ou un mariage royal. Le commentateur français, il parle sans arrêt. S’il ne se passe rien, il meuble, il remplit, il farcit, il encombre. C’est d’un agaçant ! S’il n’y a rien d’intéressant à dire, le commentateur allemand se tait, lui. Le Français parle quand même, il parle, il radote, il parlote, il devise, (En Allemagne, là où on parle si vilainement, si sèchement, si brutalement, on appelle cela parler pour ne rien dire. Ou encore : dire des conneries du genre de ceux, la plupart, qui massacrent le français, soit en le truffant d’anglicismes soit en inventant des formules bizarres du genre “je vous souhaite une douce soirée” : ils se prennent pour qui ? Vous avez déjà compté les euh, euh, euh qui émaillent les commentaires ? Je les compte par centaines. J’en parlais à une amie, j’expliquais que les allemands, ils parlent sans s’interrompre. Plus lentement, peut-être, mais sans tous ces tics de langage affligeants. Pourquoi ? Parce que l’allemand, lui, il réfléchit A-vant de parler !

Vous avez aussi remarqué les « eh bien » et les « voilà », et les « quelque part » dont les français ponctuent leur langage ? Facile de critiquer. Si vous donniez plutôt un coup de balai-brosse devant votre propre porte ?
L’allemand est la langue officielle des grands penseurs et auteurs à travers les siècles. Elle jouit d’une réputation à l’international, étant utilisée par d’immenses auteurs : Goethe, Kant, Karl Marx, Alexander von Humboldt, Nietzsche, Schiller, Kafka, Thomas Mann, Hermann Hesse, Günter Grass, Schopenhauer, Stefan Zweig.

Les universités et autres grandes écoles allemandes sont particulièrement réputées pour leur enseignement de qualité. L’allemand joue un rôle majeur sur la scène mondiale de la recherche. Troisième langue la plus utilisée dans ce domaine, il est un atout majeur pour rédiger des thèses et les exporter dans le monde entier. Souvent considéré comme quelque peu rugueux à l’oreille, l’allemand peut être très expressif, mélodieux et chargé d’émotion. Vous connaissez les lieder de Schubert? Montez le son, laissez les mots ravir vos oreilles et transporter vos émotions !

Gib deine Hand, du schön und zart Gebild,
Bin Freund und komme nicht zu strafen.
Sei guten Muts! Ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen.
(La jeune fille et la Mort – Franz Schubert)

D’aucuns prétendront que l’allemand sonne comme une bétonneuse. Pauvres ignorants. Si l’on y prête attention, on constate la grande beauté dans la musique des syllabes. Selon qui la parle et comment. C’est le ton qui fait la musique! Ce n’est pas par hasard que, bien longtemps, ce fut la principale langue de la musique. De Jean Sébastien Bach à Johann Strauss: l’allemand fut et fait aujourd’hui encore partie des principales langues utilisées en concert ou en opéra dans le monde entier. Si on étudie le chant classique, il est impossible de se soustraire à l’allemand.

Macron (que je n’aime pas, mais pas du tout) déclarait hier: L’allemand a un charme romantique (Exact ! En plein dans le mille, moi aussi, j’adore!) que le français ne m’apporte plus» (je vous le disais : il est trop souvent en voyage)
De toute façon, ce n’est plus la peine que je m’énerve, car en France, demain, ce sera l’ARABE POUR TOUS ! Cela vous fera peut-être réfléchir avant de ricaner.

Anne Schubert

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144 réponses à “Eloge de la langue allemande : j’en ai assez des moqueries françaises”

  1. Mireille dit :

    Madame Schubert, ce que vous écrivez est tout à fait juste. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis la fin de WW2, l’Allemagne est mise au ban des accusés, depuis plus de quatre-vingts-ans . Le procès de Nuremberg a remis les pendules à l’heure. Malgré le fait, que ce pays et ses habitants soient détestés, des millions de gens voudraient y habiter, leurs voitures et leurs technologies, sont enviées de tous. Mon précédent post est passé à la trappe de la bienpensance, voyons pour celui-ci.

  2. Mireille dit :

    Merci Madame Schubert, pour votre article. Je ne peux qu’y adhérer totalement. J’aime l’Allemagne, j’aime les allemands, la preuve j’en ai épousé un. Quarante – deux ans d’un bonheur total, un mari d’une gentillesse extrême, et un père de famille qui a su donner une éducation sans faille à ses enfants. Je peux dire que nous formions un couple franco-allemand de la ‘réunification’. Quelques lignes d’un poème de Johann Gabriel Seidl pourra résumer ma pensée: Bei dir allein, Empfind’ich, das ich lebe, Dass jugendmut mich schwellt, Dass eine heit’re Welt. Der Liebe mich durchbebe; Mich freut mein Sein; Bei dir Allein!!! Poème mis en musique par Franz Schubert.

  3. J. Frey dit :

    le viens de te mettre un score positif!

  4. smart38 dit :

    Excellents commentaires

  5. J. Frey dit :

    Soyons cohérent sur un point: la laïcité est le principe même d’uniformisation qui rejette en second plan la diversité. Comme laïcité et langue francaise font route commune, tout français est condamné sur le long terme à ne voir plus que la suprématie de la France. La France a veut tout simplement mettre dieux au second plan, pour se charger du pouvoir suprême L’Alsace entre ces deux pays a depuis longtemps compris qu’il ne faut jamais être assis entre deux chaises. (Nìe zwìsche zwei Stiehl sìtze). Mais ça arrange la France: diviser pour règner. Sinon l’Alsace serait devenu depuis le 31.05.1911 un des Länder Allemands Avec plus de pouvoir que ce que la France n’a jamais pu nous donner. Pas un gilet jaune n’a encore pu penser que la France pourrait un Etat Fédéral…à méditer