Emmanuel Petit, la prochaine fois, envoyez les censeurs se faire foutre !

Publié le 6 décembre 2014 - par - 2 287 vues
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PetitManuCher Monsieur Petit,

vous avez, sans le vouloir, fait de l’humour comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Les faits :

https://fr.news.yahoo.com/emmanuel-petit-ayant-été-envahis-allemands-serait-mieux-163040104.html

La France est dans un tel état de névrose épidermique qu’immédiatement, tous ceux qui avaient quelque chose à dire se sont empressés d’ouvrir leurs petits clapets d’où déferle, comme par un robinet tout neuf, l’amer sirop de l’opprobre garanti anti-racisme, des fois qu’on pourrait en tirer quelque argent devant la 17è Chambre Correctionnelle de Paris.

Par cette sorte d’insolence paillarde qu’ils manipulaient joyeusement entre les mots, un Coluche ou un Desproges, un Devos, même, eussent déclenché, au milieu de leurs délires, un éclat de rire dédié à ce seul envoi. Bon gars, le public intelligent et complice qui en redemandait de manière générale, aurait pris la pique avec la philosophie qui fut la sienne quand les spadassins de la pensée correcte ne le guettaient pas encore au coin de la rue pour lui faire les poches à peu de frais. »Sacré Desproges »! « Sacré Coluche… »! Sacrés talents !

Vous avez, par une sorte de réflexe assez gaulois, parlé sans penser à mal, tant les comparaisons de notre malheureuse patrie avec sa puissante voisine ont alimenté, des décennies durant, la géniale fantaisie de nos amuseurs en vol libre. Seulement voilà. Vous avez commis une légère erreur d’époque. Celle qui vous a inspiré est morte, Monsieur Petit. Je suppose que passé votre surprise d’honnête homme soucieux des autres, réfléchi et posé dans ses jugements sur le monde sportif, vous vous interrogez sur cette mutation que peut-être, votre statut d' »intouchable » vous a longtemps empêché de sentir, à défaut de l’avoir prévue. C’est pertinent car, le second degré ayant rejoint dans les poubelles de la France l’enseignement de son Histoire, vous êtes désormais ciblé, comme l’on dit dans le commerce de détail. Et vous serez « impacté grave« , croyez le, si par malheur il vous vient à l’esprit de lancer de nouveau un semblable trait dans l’espace public.

Nous sommes en dictature, cher Monsieur Petit. D’accord, maintenant ? Oh, certes, on n’ouvre pas les stades pour y concentrer massivement les mal-pensants, on ne dégomme pas dans un fossé les petits étourdis qui n’ont pas appris assez vite la leçon. C’est plus sournois, mais tout aussi ravageur. Un seul mot de quelqu’un placé là où il faut, une seule ligne dans un journal, une seule mimique de journaliste vautré, son gros cul dans un fauteuil, devant une camera de télévision, et vous êtes aussi mort que la daurade dont j’ai fait mon dîner avant de vous écrire. Que faire alors ? C’est là une bonne question. La seule qui compte.

Vous vous êtes excusé, puisque c’est ainsi que l’on procède désormais lorsque l’on a imprudemment exprimé sa nostalgie de Coluche, de Desproges, de Devos, et de quelques autres dont Beaumarchais, Rabelais,Voltaire. Je pense qu’en vérité, vous avez été obligé de demander pardon, ce qui est très différent. J’espère que cela vous aura tout de même, au fond de vous, fait un peu mal. Si non, cela voudrait dire que vous vous êtes rendu en rase campagne, sans combattre et surtout sans cette rage refondatrice qui célèbre la contrainte exercée sur l’homme libre.

Je pense néanmoins que vous êtes celui-là. Roué de coups. Sonné. Blessé. Alors, la prochaine fois, cher Monsieur Petit, laissez le parler, cet homme libre, sans aucun projet d’excuse ni même de justification, et si les ectoplasmes qui vous ont assailli en s’imaginant piranhas se désengluent de leur cloaque pour chercher à vous mordre à nouveau, ayez une pensée pour nos chers disparus de l’esprit sans entrave et envoyez les censeurs se faire foutre dans la vase où assoiffés de mille revanches, conformistes empilés comme des assiettes semblables, bavards sinistres, spectres balzaciens, ils copulent entre eux.

Alain Dubos

 

 

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