En 1976, j’ai combattu pour défendre Beyrouth, et je la pleure

Publié le 12 août 2020 - par - 38 commentaires - 5 422 vues

Il m’aura fallu plus d’une semaine pour réagir à l’explosion de Beyrouth. Beyrouth, c’est ma ville aussi, même si je suis un Français de pure souche, depuis bien des siècles. J’ai gagné le droit de l’appeler « ma ville » car j’ai combattu pour la défendre contre des envahisseurs étrangers qui avaient décidé de la conquérir, la mettre à sac, et d’en chasser ses habitants, ces fils de Phéniciens, d’Araméens, que sont les chrétiens du Liban.

À Gemmayzé et Mar Mikhaël, les gens criaient : « Vive la France ! »
Je me souviens de ces soirées de mai 1976 où nous descendions d’Achrafieh, juchés à l’arrière de pick-up Chevrolet ou sur des blindés M-113 frappés du cèdre des Phalanges libanaises, vers le port et le centre-ville, pour les combats de la nuit. En traversant Gemmayzé, Mar Mikhael, des inconnus, des petits commerçants, des enfants qui avaient pris l’habitude de nous voir passer à la tombée de la nuit, criaient « Vive la France ! ». Pour eux, pour l’histoire, nous étions la France. Neuf cents ans – ou presque—après les Belges et Bourguignons (comme moi) de Godefroy de Bouillon, après les Toulousains de Raymond de Saint Gilles – et des gars du Sud-ouest, il y en avait parmi nous, et des Auvergnats aussi -, après les Normands de Tancrède et Bohémond – et des Normands du XXe siècle, et de sacrément farouches, il y en eut aussi – nous étions là.

Jocelyne, pure héroïne
Moins nombreux, glorieux et puissants que nos prédécesseurs des croisades, mais nous étions quand même là avec ces chrétiens du Liban plus francophiles que la plupart des Français, parlant une langue de Molière impeccable qui roulait juste un peu, si joliment, les « R », et particulièrement les filles. Des filles, justement, de sacrées combattantes, il y en avait aussi comme Jocelyne Al Khoueiry, pure héroïne, qui, par un hasard funeste du calendrier a quitté cette terre une semaine avant l’explosion de Beyrouth, et je suis bien content qu’elle ne l’ait ni vue, ni entendue. Nous n’avons jamais été plus d’une cinquantaine au total de jeunes Français engagés dans les milices chrétiennes, mais nous étions pour eux presque mieux qu’une armée puisque, comme eux, comme tous les combattants chrétiens, de purs volontaires. 4 000 noms de ces jeunes gens morts au combat pour protéger leurs quartiers, leur pays, sont gravés dans le marbre noir du musée de la Résistance chrétienne, inauguré il y a deux ans au port de Jounieh, et où un panneau de photos – où j’ai l’immodestie de figurer- rappelle que les Français étaient là.

Les grands silos que nous protégions, éventrés aujourd’hui…
Beyrouth était si belle. Et même les rues Allenby et Foch, où nous combattions, avec leurs immeubles hausmanniens revisités par le goût architectural libanais, étaient splendides. Nous étions à Beyrouth, mais si près de la France ! Le Beyrouth qui a été soufflé par l’explosion du 4 août c’est celui-là, et c’est aussi celui des quartiers chrétiens proches du port devant lesquels nous faisions barrage, que nous protégions, et nous en étions fiers, sur la barricade de la rue du Port, dans nos trous à rat en béton de l’immeuble Fattal, ou derrière nos sacs de sable de la jetée portuaire. Derrière nous se dressaient, surplombant le deuxième bassin du port, les grands tubes des silos à grains, que l’explosion du 4 août a éventrés à mort. C’était la farine du pain du Liban qui dormait là, et nous la protégions aussi. Certaines nuits de juin 1976, quand la pression devenait trop forte, la pluie d’obus trop drue, et que les tentatives de percer le front du port se multipliaient, deux chars AMX-13 empruntés par les Phalanges à l’armée libanaise venaient se positionner de part et d’autre des silos et tiraient au canon, au-dessus de nos têtes. Nous entendions ronfler et chanter les obus français et cela nous faisait rudement plaisir.

Des quartiers épargnés par la guerre, aujourd’hui ravagés
Tous les jours les combattants du port et du centre-ville payaient leur tribut de sang et de vie pour que l’ennemi n’atteignît jamais les silos, Gemmayzé, Mar Mikhaêl et le bastion d’Achrafieh. Et tous les matins, en remontant du front, nous humions dans l’air déjà chaud du matin, les senteurs de galettes au thym et de café brûlant car toujours il y avait, à un carrefour de ces quartiers, des habitants pour nous les offrir, avec leur cœur, avec, disaient-ils : « Tout notre amour pour la France ». Ce sont leurs quartiers si jolis, frais, secrets mais accueillants, presque épargnés et entièrement restaurés malgré quinze ans de guerre, que des irresponsables, des salauds, ont ravagé pour toujours.

Aoun-la-honte
Aoun, le lamentable Président juché sur son trône par une coalition d’aveugles et de vendus, devrait déjà avoir démissionné, si le mot honte avait un sens pour celui qui, en 1990, conduisit à une mort certaine des centaines d’officiers et de soldats libanais, exécutés par les Syriens après la fuite honteuse de leur chef. Mais Aoun ne partira pas ainsi. Pathétique marionnette d’une milice libano-iranienne – le Hezbollah – il n’obéit qu’aux directives des ayatollahs de Qom. Que s’est-il passé le 4 août, j’en ai ma petite idée, basée sur des informations dont tout le monde ne dispose pas nécessairement. Dans mon prochain article, je vous dirai cela. Mais il fallait déjà que je pleure ma chère Beyrouth…

Emmanuel Albach

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Notifiez de
astrid

Jocelyne Khoueiry est décédée le 31 juillet 2020. Paix à son âme.

Shermine AbiNader Rizk

Merci Emmanuel pr ta compassion et ton message de solidarité…je me souviens tres bien de toi et de tes compagnons qui êtes venus au secours des Chrétiens du Liban…moi c’est Shermine (si tu t’en souviens) je faisais partie des resistantes de Jocelyne khoueiry , on s’était rencontré à la permanence des “kataëb” à Achrafieh…Stephane a perdu sa vie pour notre noble cause , Georges Simonin…blessé ns l’avons rammener en France via la Syrie avec ma famille…Hugues à fait de la prison en syrie, Franck… Serge qui est resté plus longtemps au Liban pr d’autres raisons…te souviens tu?…Es tu revenu au Liban un jour?

kouffar

Merci pour ce témoignage, et RESPECTS, je sais de quoi vous parlez .

Sonja

Les libanais sont nos proches parents, il faut les aider. Pour une fois Macron a été bien conseillé.

Thibaut de La Tocnaye

Excellent.
Thibaut de La Tocnaye

Eva

Merci à vous aussi, Monsieur de la Tocnaye.
J’ai lu votre livre “Les peuples rebelles”, et mon enfance au Liban m’est revenue ne mémoire.
Ce sont des personnes comme vous et comme Monsieur Albach qui font que je lutte pour que la France ne sombre pas comme le Liban a sombré.

L'Ange Gardien

Pauvre charlot, appartenant aux tarlouzes stationnées au Liban. Qu’est-ce que j’ai pu rigoler lors de vos années passées là bas ! Arrête de nous chanter la messe ; on sait ce que tu y faisait !!!! J’ai qu’à voir la photo en tête de l’article !!! Trop drôle ! Du même niveau que les lopettes de la KAFOR !!!!! Mdr les rigolos qui se la pètent en ayant rien branlé (à part les locaux) ! Surtout n’écris plus de tels articles car j’en ai mal au bide ! Pas de mot pour te qualifier ! Sinon, je suis PTDR !!!!!

Eva

C’est certainement parce-que ces combattants français n’ont “rien branlé” comme vous le dites dans votre vocabulaire si distingué que certains d’entre eux sont morts.
Vous jugez ce combattant sur sa photo ?
Nous Libanais avons jugé ces combattants sur leurs actions.
Si la France mérite d’être sauvée de l’islam, c’est parce-qu’elle recèle de courageux patriotes comme Monsieur Albach.

NOEL

Je trouverai tellement mieux que notre armée aille donner un coup de main au Liban dans le but de foutre dehors du pays toutes ces milices arabes plutôt que d’aider un pays comme le mali qui nous crâche dessus et qui nous haït voir le spécimen traoré …

Eva

Bien dit, Noël. Mais aujourd’hui la France doit avant tout faire le ménage chez elle: les Français sont en grande souffrance, à cause de l’insécurité grandissante.

Le Réveil

Cher Emmanuel, tout ce que vous dites, je le crois. J’ai vécu au Liban, près de Beyrouth pendant 5 ans en pleine guerre. C’est vrai que les libanais aiment la France et les Français, bien plus que beaucoup de français qui ne connaissent rien à l’histoire entre ces deux pays. Votre idée du 4 août m’intéresse vraiment, nous avons au moins deux petites suppositions pour cette explosion qui est tout sauf un “accident”… Le hezbollah est tout sauf innocent, le fait qu’il ne veuille pas d’enquête internationale le prouve, quant à Michel Aoun, ce mégalomane fini, il est foutu mais il ne le sait pas encore.
Geagea et lui nous ont fait quitté le Liban en juillet 1989.
Incroyable que ce petit pays puisse intéresser autant de pays non ?
J’ai hâte d’avoir votre version, et de vous lire prochainement.

Horloger

Vous êtes un héros, monsieur Albach. J’attends avec impatience de lite votre point de vue très éclairé sur la situation actuelle au Liban, en étant resté à la vision du “commandant Aoun”, héros populaire.
Enfin, félicitations pour “Le Grand Rembarquement”. La fin m’est arrivé comme un uppercut pas du tout anticipé. Il a sa place aux côtés de “Guérilla” ou du “Camp des Saints”.

Jonathan Zaroff

Lisez aussi “Soumission” de Houellebecq…

Horloger

Je l’ai lu la semaine de sa parution ;-) Ce pessimiste jouisseur m’agace mais hélas, le caractère de ce qu’on appelle encore français n’est plus grand chose. Au Québec, en revanche, ce petit morceau de France d’autrefois, ça remue beaucoup. Il suffit de taper quelques mots-clés; Alexis Cossette sur radio Québec, à lui seul, donne une idée.

Chassignot

Monsieur Albach votre livre Beyrouth 1976 est formidable, je l’ai dévoré à mon retour du Liban courant mars. Je le recommande.
Avec quelques-autres j’ai eu le grand privilège de rencontrer Jocelyne Al Khoueiry. Déjà très malade elle était impressionnante de lucidité et de conviction. Un recueillement sur le site du Drakkar nous a été possible. Le Liban préfigure t il la France de demain ?

Jonathan Zaroff

Le Liban préfigure-t-il la france de demain ? ASSUREMENT !

Theodore

Que s’est-il passé le 4 août, j’en ai ma petite idée, basée sur des informations dont tout le monde ne dispose pas nécessairement. / dixit

J attends de vous lire avec impatience… pour voir si nous avons la meme “petite idee”, en tous les cas j affirme ( avant votre commentaire ) que c etait pas le fruit du “hasard”…

POLYEUCTE

Les Cèdres du Liban ?
“Les Chênes qu’on abat” en France !
Souvenez-vous !

Jonathan Zaroff

Non ! il reste une question qui attend une réponse :
Pourquoi Beyrouth, la ville lumière (1), est-elle tombée ?

(1) la ville lumière : pas comme paris la grande prostituée.

François BLANC

Après les combats des années 70 Beyrouth était à l’état de Ruines, je le sais pour y avoir dirigé des chantiers de reconstruction, le dernier attentat n’a pas fait pire et n’a nullement détruit Beyrouth qui sera encore une fois reconstruite

Jonathan Zaroff

Donc, finalement, pas de problème ?

Jill

Sans l’Islam, le Liban serait un pays de cocagne. Mais cette effrayante organisation politico-religieuse fait l’effet du vinaigre dans un grand cru.

Johnny

C’est drole ce que tu dit j’ai l impression qui l islam est au Liban depuis des siècles et jamais aucun problème et comme par hasard depuis que le monstre est né en 1948 que dés guerre tu te trompe d accusé il me semble

Eva

Non, jamais aucun problème au Liban depuis des siècles qu’il a été envahi par les musulmans. Entre deux massacres de chrétiens, c’est très calme en effet.

Jonathan Zaroff

Et si on parlait de la france qui a laissé des islamistes verser le vinaigre dans le grand cru ?

Dorylée

Page 306 : Les peuples les moins civilisés font les conquêtes les plus étendues. …Ces peuples parviennent à soumettre les autres, parce qu’ils sont assez forts pour leur faire la guerre et que LE RESTE DES HOMMES LES REGARDE COMME DES BÊTES FÉROCES. Tels sont les Arabes…
Pages 309/310 : Un peuple vaincu et soumis dépérit rapidement
Pages 311/312 : Tout pays conquis par les Arabes est bientôt ruiné…par leur disposition naturelle, ils [les Arabes] sont toujours prêts à enlever de force le bien d’autrui…Sous leur domination, la ruine envahit tout.
Ibn Khaldoun – 1332/1406 – Les prolégomènes
L’auteur n’est pas du RN et n’a pas écrit cela la semaine dernière. Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et de pire chef qu’un couard STUPIDE.

philipon

comme l’auteur de ce magnifique texte j’ai vécu à Beyrouth (1978-1979) j’ai rencontré ces combattants,tenu au devoir de réserve je n’en dirais pas plus,mais ces français qui combattaient au côté des Kataebs étaient l’honneur de la France;que cette m^me France abandonnera quelques années plus tard.Il pleure Beyrouth ,je la pleure aussi..

astrid

Témoignage très émouvant. Partout où sont passés les hordes de palestiniens, il y a une atteinte à l’état et la guerre et la désolation. Ils ont essayé de s’emparer de la Jordanie et Hussein les a foutu dehors avec l’aide de ses bédouins. Ils sont partis pourrir le Liban et on déclenché la guerre. On ne parle pas assez du rôle néfaste des palestiniens. Merci pour ce témoignage émouvant qui m’a ramené bien des années en arrière.

Anne Lauwaert

Les croisades pour libérer la tombe du Christ, les idéalistes comme vous qui sont allés défendre Beyrouth… Et si les Libanais de la diaspora rentraient en masse au Liban? Ne sommes-nous pas arrivés au point où chacun doit reprendre en main et défendre son propre pays, en Belgique, France, Liban et ailleurs ? Les Africains ne doivent-ils pas aller reconstruire leurs pays et les défendre contre les prédateurs étrangers ? Curieux reversement de situation !

Dorylée

Il est effectivement curieux que nos magnifiques soldats aillent se faire trucider au Mali quand les Maliens viennent se goberger chez nous avec leur smala à nos frais et saccager nos bien pour distraire leurs langueurs.

Jonathan Zaroff

“Renversement de situation” ? Je crois que c’est dans votre tête que les idées ne tournent pas rond !
Mais quand je lis le reste de votre commentaire, je me dis que ça ne vaut pas la peine d’y répondre ni d’en parler.
Et je m’abstiendrai d’en dire plus pour rester poli.

Clamp

Je partage votre peine. Dans la guerre mondiale qui nous attend contre l’islam, Beyrouth sera peut-être “reconquise”, ou disons, rendue à qui de droit, et reconstruite, pour enfin la dernière fois. Gardons espoir.

joseph d arimathie

tres emouvant votre amour pour BEYROUTH et pour la FRANCE CHRETIENNE .mes respects .

François BLANC

les chrétiens libanais méritent effectivement d’être aidés tout comme les chrétiens serbes
ceci étant pour travailler en Afrique je n’ai pas une bonne opinion des libanais qui y sévissent

Eva

Les Libanais n’ont pas non plus une bonne opinion de leurs compatriotes qui vivent en Afrique (majoritairement musulmans, d’ailleurs).

Melita

Merci pour ce témoignage très émouvant.

Jonathan Zaroff

Comme je vous comprends, Emmanuel ! Le Liban est encore une chose que nous perdue et laissée se perdre.

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